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LE
CREDO
Le Credo
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Symbole des Apôtres (DS 30)
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Credo
de Nicée-Constantinople (DS 150) |
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| Je
crois en Dieu, |
Je
crois en un seul Dieu, |
| le
Père Tout-Puissant, |
le
Père Tout-Puissant, |
| Créateur
du ciel et de la terre. |
Créateur
du ciel et de la terre |
|
de
l’univers visible et invisible. |
| Et
en Jésus-Christ, son Fils unique |
Je
crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ |
| notre
Seigneur, |
le
Fils unique de Dieu, |
|
né
du Père avant tous les siècles |
|
Il
est Dieu, né de Dieu, |
|
Lumière,
né de la Lumière, |
|
vrai
Dieu, né du vrai Dieu, |
|
engendré,
non pas créé, |
|
de
même nature que le Père, |
|
et
par Lui tout a été fait. |
|
Pour
nous les hommes, et pour notre salut, |
|
Il
descendit du ciel ; |
| qui
a été conçu du Saint-Esprit, |
par
l’Esprit Saint, |
| est
né de la Vierge Marie, |
Il
a pris chair de la Vierge Marie, |
|
et
S’est fait homme. |
| a
souffert sous Ponce Pilate, |
Crucifié
pour nous sous Ponce Pilate, |
| a
été crucifié, est mort |
Il
souffrit sa passion et fut mis au tombeau. |
| et
a été enseveli, |
|
| est
descendu aux enfers. |
|
| Le
troisième jour est ressuscité des morts, |
Il
ressuscita le troisième jour, |
|
conformément
aux Ecritures, |
| est
monté aux cieux, |
et
Il monta au ciel; |
| est
assis à la droite de Dieu le Père |
Il
est assis à la droite du Père. |
| Tout-Puissant, |
|
| d’où
Il viendra juger les vivants et les morts. |
Il
reviendra dans la gloire, |
|
pour
juger les vivants et les morts; |
|
et
son règne n’aura pas de fin. |
| Je
crois en l’Esprit Saint, |
Je
crois en l’Esprit Saint, |
|
qui
est Seigneur et qui donne la vie; |
|
Il
procède du Père et du Fils; |
|
avec
le Père et le Fils, |
|
Il
reçoit même adoration et même gloire; |
|
Il
a parlé par les prophètes. |
| à
la sainte Eglise catholique, |
Je
crois en l’Eglise, |
| à
la communion des saints, |
une,
sainte, catholique et apostolique. |
|
Je
reconnais un seul baptême |
| à
la rémission des péchés, |
pour
le pardon des péchés. |
| à
la résurrection de la chair, |
J’attends
la résurrection des morts, |
| à
la vie éternelle, |
et
la vie du monde à venir. |
| Amen. |
Amen. |
DEUXIÈME
SECTION
LA PROFESSION DE LA FOI CHRÉTIENNE
LES SYMBOLES DE LA FOI
185
Qui dit " Je crois ", dit " J’adhère à
ce que nous croyons ". La communion dans la foi a
besoin d’un langage commun de la foi, normatif pour tous et unissant
dans la même confession de foi.
186
Dès l’origine, l’Église apostolique a exprimé et transmis sa
propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9 ;
1 Co 15, 3-5 ; etc.). Mais très tôt déjà, l’Église a aussi
voulu recueillir l’essentiel de sa foi en des résumés organiques et
articulés, destinés surtout aux candidats au Baptême :
Cette
synthèse de la foi n’a pas été faite selon les opinions
humaines ; mais de toute l’Écriture a été recueilli ce
qu’il y a de plus important, pour donner au complet l’unique
enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient
dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même
ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la
connaissance de la vraie piété contenue dans l’Ancien et le
Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5, 12 :
PG 33, 521-524).
187
On appelle ces synthèses de la foi " professions de foi "
puisqu’elles résument la foi que professent les chrétiens. On les
appelle " Credo " en raison de ce qui en est
normalement la première parole : " Je crois ".
On les appelle également " Symboles de la foi ".
188 Le
mot grec symbolon signifiait la moitié d’un objet brisé (par
exemple un sceau) que l’on présentait comme un signe de
reconnaissance. Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier
l’identité du porteur. Le " symbole de la foi "
est donc un signe de reconnaissance et de communion entre les croyants. Symbolon
signifie ensuite recueil, collection ou sommaire. Le " symbole
de la foi " est le recueil des principales vérités de la
foi. D’où le fait qu’il sert de point de référence premier et
fondamental de la catéchèse.
189
La première " profession de foi " se fait lors du
Baptême. Le " symbole de la foi " est d’abord le
symbole baptismal. Puisque le Baptême est donné " au
nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit " (Mt 28, 19), les
vérités de foi professées lors du Baptême sont articulées selon
leur référence aux trois personnes de la Sainte Trinité.
190
Le Symbole est donc divisé en trois parties : " d’abord
il est question de la première Personne divine et de l’œuvre
admirable de la création ; ensuite, de la seconde Personne divine
et du mystère de la Rédemption des hommes ; enfin de la troisième
Personne divine, source et principe de notre sanctification "
(Catech. R. 1, 1, 3). Ce sont là " les trois chapitres de
notre sceau (baptismal) " (S. Irénée, dem. 100).
191
" Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre
elles. D’après une comparaison souvent employée par les Pères, nous
les appelons articles. De même, en effet, que dans nos membres,
il y a certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de
même, dans cette profession de foi, on a donné avec justesse et raison
le nom d’articles aux vérités que nous devons croire en particulier
et d’une manière distincte " (Catech. R. 1, 1, 4). Selon
une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi
coutume de compter douze articles du Credo, symbolisant par le
nombre des apôtres l’ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8 :
PL 17, 1158D).
192
Nombreux ont été, tout au long des siècles, en réponse aux besoins
des différentes époques, les professions ou symboles de la foi :
les symboles des différentes Églises apostoliques et anciennes (cf. DS
1-64), le Symbole " Quicumque ", dit de S. Athanase
(cf. DS 75-76), les professions de foi de certains Conciles (Tolède :
DS 525-541 ; Latran : DS 800-802 ; Lyon : DS 851-861 ;
Trente : DS 1862-1870) ou de certains papes, tels la " Fides
Damasi " (cf. DS 71-72) ou le " Credo du Peuple de
Dieu " [SPF] de Paul VI (1968).
193
Aucun des symboles des différentes étapes de la vie de l’Église ne
peut être considéré comme dépassé et inutile. Ils nous aident à
atteindre et à approfondir aujourd’hui la foi de toujours à travers
les divers résumés qui en ont été faits.
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place toute
particulière dans la vie de l’Église :
194
Le Symbole des apôtres, appelé ainsi parce qu’il est considéré
à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est
l’ancien symbole baptismal de l’Église de Rome. Sa grande autorité
lui vient de ce fait : " Il est le symbole que garde l’Église
romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il
a apporté la sentence commune " (S. Ambroise, symb. 7 :
PL 17, 1158D).
195
Le Symbole dit de Nicée-Constantinople tient sa grande autorité
du fait qu’il est issu des deux premiers Conciles œcuméniques (325
et 381). Il demeure commun, aujourd’hui encore, à toutes les grandes
Églises de l’Orient et de l’Occident.
196
Notre exposé de la foi suivra le Symbole des apôtres qui
constitue, pour ainsi dire, " le plus ancien catéchisme
romain ". L’exposé sera cependant complété par des références
constantes au Symbole de Nicée-Constantinople, souvent plus
explicite et plus détaillé.
197
Comme au jour de notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée
" à la règle de doctrine " (Rm 6, 17), accueillons
le Symbole de notre foi qui donne la vie. Réciter avec foi le Credo,
c’est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le
Saint-Esprit, c’est entrer aussi en communion avec l’Église toute
entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons :
Ce
Symbole est le sceau spirituel, il est la méditation de notre cœur
et la garde toujours présente, il est, à coup sûr, le trésor de
notre âme (S. Ambroise, symb. 1 : PL 17, 1155C).
CHAPITRE PREMIER
JE CROIS EN DIEU LE PÈRE
198
Notre profession de foi commence par Dieu, car Dieu est " Le
premier et Le dernier " (Is 44, 6), le Commencement et la Fin
de tout. Le Credo commence par Dieu le Père, parce que le Père
est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité ;
notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce
que la création est le commencement et le fondement de toutes les œuvres
de Dieu.
ARTICLE 1
" JE CROIS EN DIEU LE PÈRE TOUT-PUISSANT
CRÉATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE "
Paragraphe 1. Je crois en Dieu
199
" Je crois en Dieu " : cette première
affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout
le Symbole parle de Dieu, et s’il parle aussi de l’homme et du
monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent
tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier.
Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est
révélé progressivement aux hommes. " Les fidèles font
d’abord profession de croire en Dieu " (Catech. R. 1, 2, 2).
I. " Je crois en un seul Dieu "
200
C’est avec ces paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople.
La confession de l’Unicité de Dieu, qui a sa racine dans la Révélation
Divine dans l’Ancienne Alliance, est inséparable de celle de
l’existence de Dieu et tout aussi fondamentale. Dieu est Unique :
il n’y a qu’un seul Dieu : " La foi chrétienne
confesse qu’il y a un seul Dieu, par nature, par substance et par
essence " (Catech. R. 1, 2, 8).
201
A Israël, son élu, Dieu S’est révélé comme l’Unique :
" Écoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le
Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout
ton être, de toute ta force " (Dt 6, 4-5). Par les prophètes,
Dieu appelle Israël et toutes les nations à se tourner vers Lui,
l’Unique : " Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés,
tous les confins de la terre, car Je suis Dieu, il n’y en a pas
d’autre (...). Oui, devant Moi tout genou fléchira, par Moi jurera
toute langue en disant : en Dieu seul sont la justice et la force "
(Is 45, 22-24 ; cf. Ph 2, 10-11).
202
Jésus Lui-même confirme que Dieu est " l’unique Seigneur "
et qu’il faut L’aimer " de tout son cœur, de toute son âme,
de tout son esprit et de toutes ses forces " (cf. Mc 12,
29-30). Il laisse en même temps entendre qu’Il est Lui-même " le
Seigneur " (cf. Mc 12, 35-37). Confesser que " Jésus
est Seigneur " est le propre de la foi chrétienne. Cela
n’est pas contraire à la foi en Dieu l’Unique. Croire en l’Esprit
Saint " qui est Seigneur et qui donne la Vie "
n’introduit aucune division dans le Dieu unique :
Nous
croyons fermement et nous affirmons simplement, qu’il y a un seul
vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et
ineffable, Père et Fils et Saint Esprit : Trois Personnes,
mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple (Cc.
Latran IV : DS 800).
II. Dieu révèle son nom
203
A son peuple Israël Dieu s’est révélé en lui faisant connaître
son nom. Le nom exprime l’essence, l’identité de la personne et le
sens de sa vie. Dieu a un nom. Il n’est pas une force anonyme. Livrer
son nom, c’est se faire connaître aux autres ; c’est en
quelque sorte se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d’être
connu plus intimement et d’être appelé, personnellement.
204
Dieu s’est révélé progressivement et sous divers noms à son
peuple, mais c’est la révélation du nom divin faite à Moïse dans
la théophanie du buisson ardent, au seuil de l’Exode et de
l’alliance du Sinaï qui s’est avérée être la révélation
fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.
Le Dieu vivant
205
Dieu appelle Moïse du milieu d’un buisson qui brûle sans se
consumer. Dieu dit à Moïse : " Je suis le Dieu de tes pères,
le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob "
(Ex 3, 6). Dieu est le Dieu des pères, Celui qui avait appelé et guidé
les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et
compatissant qui se souvient d’eux et de Ses promesses ; Il vient
pour libérer leurs descendants de l’esclavage. Il est le Dieu qui par
delà l’espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute
Puissance en œuvre pour ce dessein.
" Je suis Celui qui suis "
Moïse
dit à Dieu : " Voici, je vais trouver les Israélites
et je leur dis : ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers
vous’. Mais s’ils me disent : ‘quel est son nom ?’,
que leur dirai-je ? " Dieu dit à Moïse : " Je
Suis Celui qui Suis ". Et il dit : " Voici ce
que tu diras aux Israélites : ‘Je suis’ m’a envoyé vers
vous. (...) C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on
m’invoquera de génération en génération " (Ex 3,
13-15).
206
En révélant Son nom mystérieux de YHWH, " Je Suis Celui qui
Est " ou " Je Suis Celui qui Suis " ou
aussi " Je Suis qui Je Suis ", Dieu dit Qui Il est
et de quel nom on doit L’appeler. Ce nom Divin est mystérieux comme
Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom révélé et comme le
refus d’un nom, et c’est par là même qu’il exprime le mieux Dieu
comme ce qu’Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons
comprendre ou dire : Il est le " Dieu caché "
(Is 45, 15), son nom est ineffable (cf. Jg 13, 18), et Il est le Dieu
qui Se fait proche des hommes :
207
En révélant son nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui
est de toujours et pour toujours, valable pour le passé (" Je
suis le Dieu de tes pères ", Ex 3, 6), comme pour l’avenir :
(" Je serai avec toi ", Ex 3,12). Dieu qui révèle
son nom comme " Je suis " se révèle comme le Dieu
qui est toujours là, présent auprès de son peuple pour le sauver.
208
Devant la présence attirante et mystérieuse de Dieu, l’homme découvre
sa petitesse. Devant le buisson ardent, Moïse ôte ses sandales et se
voile le visage (cf. Ex 3, 5-6) face à la Sainteté Divine. Devant la
gloire du Dieu trois fois saint, Isaïe s’écrie : " Malheur
à moi, je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures "
(Is 6, 5). Devant les signes divins que Jésus accomplit, Pierre s’écrie :
" Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur "
(Lc 5, 8). Mais parce que Dieu est saint, Il peut pardonner à l’homme
qui se découvre pécheur devant lui : " Je ne donnerai
pas cours à l’ardeur de ma colère (...) car je suis Dieu et non pas
homme, au milieu de toi je suis le Saint " (Os 10, 9). L’apôtre
Jean dira de même : " Devant Lui nous apaiseront notre cœur,
si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que
notre cœur, et Il connaît tout " (1 Jn 3, 19-20).
209 Par
respect pour sa sainteté, le peuple d’Israël ne prononce pas le nom
de Dieu. Dans la lecture de l’Écriture Sainte le nom révélé est
remplacé par le titre divin " Seigneur " (Adonaï,
en grec Kyrios). C’est sous ce titre que sera acclamée la
Divinité de Jésus : " Jésus est Seigneur ".
" Dieu de tendresse et de pitié "
210
Après le péché d’Israël, qui s’est détourné de Dieu pour
adorer le veau d’or (cf. Ex 32), Dieu écoute l’intercession de Moïse
et accepte de marcher au milieu d’un peuple infidèle, manifestant
ainsi son amour (cf. Ex 33, 12-17). A Moïse qui demande de voir Sa
gloire, Dieu répond : " Je ferai passer devant toi toute
ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH "
(Ex 33, 18-19). Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame :
" YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère,
riche en grâce et en fidélité " (Ex 34, 5-6). Moïse
confesse alors que le Seigneur est un Dieu qui pardonne (cf. Ex 34, 9).
211
Le nom divin " Je suis " ou " Il est "
exprime la fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité du péché
des hommes et du châtiment qu’il mérite, " garde sa grâce
à des milliers " (Ex 34, 7). Dieu révèle qu’Il est " riche
en miséricorde " (Ep 2, 4) en allant jusqu’à donner son
propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du péché, Jésus révélera
qu’Il porte Lui-même le nom divin : " quand vous aurez
élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que ‘Je suis’ "
(Jn 8, 28).
Dieu seul EST
212
Au cours des siècles, la foi d’Israël a pu déployer et approfondir
les richesses contenues dans la révélation du nom divin. Dieu est
unique, hormis Lui pas de dieux (cf. Is 44, 6). Il transcende le monde
et l’histoire. C’est Lui qui a fait le ciel et la terre :
" Eux périssent, Toi tu restes ; tous, comme un vêtement
ils s’usent (...) mais Toi, le même, sans fin sont tes années "
(Ps 102, 27-28). En Lui " n’existe aucun changement, ni
l’ombre d’une variation " (Jc 1, 17). Il est " Celui
qui est ", depuis toujours et pour toujours, et c’est ainsi
qu’Il demeure toujours fidèle à Lui-même et à ses promesses.
213
La révélation du nom ineffable " Je suis celui qui suis "
contient donc la vérité que Dieu seul EST. C’est en ce sens que déjà
la traduction des Septante et à sa suite la Tradition de l’Église,
ont compris le nom divin : Dieu est la plénitude de l’Être et
de toute perfection, sans origine et sans fin. Alors que toutes les créatures
ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même
et Il est de Lui-même tout ce qu’Il est.
III. Dieu , " Celui qui est ", est Vérité et
Amour
214
Dieu, " Celui qui est ", s’est révélé à Israël
comme Celui qui est " riche en grâce et en fidélité "
(Ex 34, 6). Ces deux termes expriment de façon condensée les richesses
du nom divin. Dans toutes ses œuvres Dieu montre sa bienveillance, sa
bonté, sa grâce, son amour ; mais aussi sa fiabilité, sa
constance, sa fidélité, sa vérité. " Je rends grâce à
ton nom pour ton amour et ta vérité " (Ps 138, 2 ; cf.
Ps 85, 11). Il est la Vérité, car " Dieu est Lumière, en
Lui point de ténèbres " (1 Jn 1, 5) ; Il est " Amour ",
comme l’apôtre Jean l’enseigne (1 Jn 4, 8).
Dieu est Vérité
215
" Vérité, le principe de ta parole ! Pour l’éternité,
tes justes jugements " (Ps 119, 160). " Oui,
Seigneur Dieu, c’est Toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité "
(2 S 7, 28) ; c’est pourquoi les promesses de Dieu se réalisent
toujours (cf. Dt 7, 9). Dieu est la Vérité même, ses paroles ne
peuvent tromper. C’est pourquoi on peut se livrer en toute confiance
à la vérité et à la fidélité de sa parole en toutes choses. Le
commencement du péché et de la chute de l’homme fut un mensonge du
tentateur qui induit à douter de la parole de Dieu, de sa bienveillance
et de sa fidélité.
216
La vérité de Dieu est sa sagesse qui commande tout l’ordre de la création
et du gouvernement du monde (cf. Sg 13, 1-9). Dieu qui, seul, a créé
le ciel et la terre (cf. Ps 115, 15), peut seul donner la connaissance véritable
de toute chose créée dans sa relation à Lui (cf. Sg 7, 17-21).
217
Dieu est vrai aussi quand Il se révèle : l’enseignement qui
vient de Dieu est " une doctrine de vérité " (Ml
2, 6). Quand Il enverra son Fils dans le monde ce sera " pour
rendre témoignage à la Vérité " (Jn 18, 37) : " Nous
savons que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné
l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable " (1
Jn 5, 20 ; cf. Jn 17, 3).
Dieu est Amour
218
Au cours de son histoire, Israël a pu découvrir que Dieu n’avait
qu’une raison de s’être révélé à lui et de l’avoir choisi
parmi tous les peuples pour être à lui : son amour gratuit (cf.
Dt 4, 37 ; 7, 8 ; 10, 15). Et Israël de comprendre, grâce à
ses prophètes, que c’est encore par amour que Dieu n’a cessé de le
sauver (cf. Is 43, 1-7) et de lui pardonner son infidélité et ses péchés
(cf. Os 2).
219
L’amour de Dieu pour Israël est comparé à l’amour d’un père
pour son fils (Os 11, 1). Cet amour est plus fort que l’amour d’une
mère pour ses enfants (cf. Is 49, 14-15). Dieu aime son Peuple plus
qu’un époux sa bien-aimée (cf. Is 62, 4-5) ; cet amour sera
vainqueur même des pires infidélités (cf. Ez 16 ; Os 11) ;
il ira jusqu’au don le plus précieux : " Dieu a tant
aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique " (Jn 3, 16).
220
L’amour de Dieu est " éternel " (Is 54, 8) :
" Car les montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler,
mais mon amour pour toi ne s’en ira pas " (Is 54, 10).
" D’un amour éternel, je t’ai aimé ; c’est
pourquoi je t’ai conservé ma faveur " (Jr 31, 3).
221
S. Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste : " Dieu
est Amour " (1 Jn 4, 8. 16) : l’Être même de Dieu est
Amour. En envoyant dans la plénitude des temps son Fils unique et
l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus intime (cf. 1 Co
2, 7-16 ; Ep 3, 9-12) : Il est Lui-même éternellement échange
d’amour : Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à
y avoir part.
IV. La portée de la foi en Dieu Unique
222
Croire en Dieu, l’Unique, et L’aimer de tout son être a des conséquences
immenses pour toute notre vie :
223 C’est connaître la grandeur et la majesté de Dieu :
" Oui, Dieu est si grand qu’Il dépasse notre science "
(Jb 36, 26). C’est pour cela que Dieu doit être " premier
servi " (Ste Jeanne d’Arc, dictum).
224 C’est vivre en action de grâce :
si Dieu est l’Unique, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons
vient de Lui : " Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? "
(1 Co 4, 7). " Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien
qu’Il m’a fait ? " (Ps 116, 12).
225 C’est connaître l’unité et la vraie dignité de tous les
hommes :
tous, ils sont faits " à l’image et à la ressemblance de
Dieu " (Gn 1, 26).
226 C’est bien user des choses créées :
la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui n’est pas
Lui dans la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en détacher
dans la mesure où cela nous détourne de Lui (cf. Mt 5, 29-30 ;
16, 24 ; 19, 23-24) :
Mon
Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi.
Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi.
Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner
tout à Toi (S. Nicolas de Flüe, prière).
227 C’est faire confiance à Dieu en toute circonstance,
même dans l’adversité. Une prière de Ste. Thérèse de Jésus
l’exprime admirablement :
Que
rien ne te trouble / Que rien ne t’effraie
Tout
passe / Dieu ne change pas
La
patience obtient tout / Celui qui a Dieu
Ne
manque de rien / Dieu seul suffit.
(Poes.
9)
En bref
228
" Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique
Seigneur... " (Dt 6, 4 ; Mc 12, 29). " Il
faut nécessairement que l’Être suprême soit unique, c’est-à-dire
sans égal. (...) Si Dieu n’est pas unique, il n’est pas Dieu "
(Tertullien, Marc. 1, 3).
229
La foi en Dieu nous amène à nous tourner vers Lui seul comme vers
notre première origine et notre fin ultime, et ne rien Lui préférer
ou Lui substituer.
230
Dieu, en se révélant, demeure mystère ineffable : " Si
tu Le comprenais, ce ne serait pas Dieu " (S. Augustin,
serm. 52, 6, 16 :
PL 38, 360).
231
Le Dieu de notre foi s’est révélé comme Celui
qui est ; Il s’est fait connaître comme " riche
en grâce et en fidélité " (Ex 34, 6). Son Être même
est Vérité et Amour.
Paragraphe 2. Le Père
I. " Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit "
232
Les chrétiens sont baptisés " au nom du Père et du Fils et
du Saint-Esprit " (Mt 28, 19). Auparavant ils répondent
" Je crois " à la triple interrogation qui leur
demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l’Esprit :
" La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité "
(S. Césaire d’Arles, symb. : CCL 103, 48).
233
Les chrétiens sont baptisés " au nom " du Père et
du Fils et du Saint-Esprit et non pas " aux noms "
de ceux-ci (cf. Profession de foi du pape Vigile en 552 : DS 415)
car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils
unique et l’Esprit Saint : la Très Sainte Trinité.
234
Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la
foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même.
Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi ; il
est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus
fondamental et essentiel dans la " hiérarchie des vérités
de foi " (DCG 43). " Toute l’histoire du salut
n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le
Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie
et s’unit les hommes qui se détournent du péché " (DCG
47).
235
Dans ce paragraphe, il sera exposé brièvement de quelle manière est révélé
le mystère de la Bienheureuse Trinité (I), comment l’Église a
formulé la doctrine de la foi sur ce mystère (II), et enfin, comment,
par les missions divines du Fils et de l’Esprit Saint, Dieu le Père réalise
son " dessein bienveillant " de création, de rédemption
et de sanctification (III).
236 Les
Pères de l’Église distinguent entre la Theologia et l’Oikonomia,
désignant par le premier terme le mystère de la vie intime du
Dieu-Trinité, par le second toutes les œuvres de Dieu par lesquelles
Il Se révèle et communique Sa vie. C’est par l’Oikonomia
que nous est révélée la Theologia ; mais inversement,
c’est la Theologia qui éclaire toute l’Oikonomia. Les
œuvres de Dieu révèlent qui Il est en Lui-même ; et
inversement, le mystère de Son Être intime illumine l’intelligence
de toutes Ses œuvres. Il en est ainsi, analogiquement, entre les
personnes humaines. La personne se montre dans son agir, et mieux nous
connaissons une personne, mieux nous comprenons son agir.
237
La Trinité est un mystère de foi au sens strict, un des " mystères
cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont révélés
d’en haut " (Cc. Vatican I : DS 3015). Dieu certes a
laissé des traces de son être trinitaire dans son œuvre de Création
et dans sa Révélation au cours de l’Ancien Testament. Mais
l’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère
inaccessible à la seule raison et même à la foi d’Israël avant
l’Incarnation du Fils de Dieu et la mission du Saint Esprit .
II. La révélation de Dieu comme Trinité
Le Père révélé par le Fils
238
L’invocation de Dieu comme " Père " est connue
dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme
" père des dieux et des hommes ". En Israël, Dieu
est appelé Père en tant que Créateur du monde (cf. Dt 32, 6 ; Ml
2, 10). Dieu est Père plus encore en raison de l’alliance et du don
de la Loi à Israël son " fils premier-né " (Ex 4,
22). Il est aussi appelé Père du roi d’Israël (cf. 2 S 7, 14). Il
est tout spécialement " le Père des pauvres ", de
l’orphelin et de la veuve qui sont sous sa protection aimante (cf. Ps
68, 6).
239 En
désignant Dieu du nom de " Père ", le langage de
la foi indique principalement deux aspects : que Dieu est origine
première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même
temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette
tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de
la maternité (cf. Is 66, 13 ; Ps 131, 2) qui indique davantage
l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le
langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents
qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu
pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains
sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité
et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende
la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est
Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf.
Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ;
Is 49, 15) : Personne n’est père comme l’est Dieu.
240
Jésus a révélé que Dieu est " Père " dans un
sens inouï : Il ne l’est pas seulement en tant que Créateur, Il
est éternellement Père en relation à son Fils unique, qui éternellement
n’est Fils qu’en relation au Père : " Nul ne connaît
le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce
n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien Le révéler "
(Mt 11, 27).
241
C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme " le
Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu "
(Jn 1, 1), comme " l’image du Dieu invisible "
(Col 1, 15), comme " le resplendissement de sa gloire et
l’effigie de sa substance " (He 1, 3).
242
A leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé
en 325 au premier Concile œcuménique de Nicée que le Fils est " consubstantiel "
au Père, c’est-à-dire un seul Dieu avec lui. Le deuxième Concile œcuménique,
réuni à Constantinople en 381, a gardé cette expression dans sa
formulation du Credo de Nicée et a confessé " le Fils unique
de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière,
vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père "
(DS 150).
Le Père et le Fils révélés par l’Esprit
243
Avant sa Pâque, Jésus annonce l’envoi d’un " autre
Paraclet " (Défenseur), l’Esprit Saint. A l’œuvre depuis
la création (cf. Gn 1, 2), ayant jadis " parlé par les prophètes "
(Symbole de Nicée-Constantinople), il sera maintenant auprès des
disciples et en eux (cf. Jn 14, 17), pour les enseigner (cf. Jn 14, 26)
et les conduire " vers la vérité tout entière "
(Jn 16, 13). L’Esprit Saint est ainsi révélé comme une autre
personne divine par rapport à Jésus et au Père.
244
L’origine éternelle de l’Esprit se révèle dans sa mission
temporelle. L’Esprit Saint est envoyé aux apôtres et à l’Église
aussi bien par le Père au nom du Fils, que par le Fils en personne, une
fois retourné auprès du Père (cf. Jn 14, 26 ; 15, 26 ; 16,
14). L’envoi de la personne de l’Esprit après la glorification de Jésus
(cf. Jn 7, 39) révèle en plénitude le mystère de la Sainte Trinité.
245
La foi apostolique concernant l’Esprit a été confessée par le deuxième
Concile œcuménique en 381 à Constantinople : " Nous
croyons dans l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père " (DS 150). L’Église reconnaît par là
le Père comme " la source et l’origine de toute la divinité "
(Cc. Tolède VI en 638 : DS 490). L’origine éternelle de
l’Esprit Saint n’est cependant pas sans lien avec celle du Fils :
" L’Esprit Saint qui est la Troisième Personne de la Trinité,
est Dieu, un et égale au Père et au Fils, de même substance et aussi
de même nature. (...) Cependant, on ne dit pas qu’il est seulement
l’Esprit du Père, mais à la fois l’Esprit du Père et du Fils "
(Cc. Tolède XI en 675 : DS 527). Le Credo du Concile de
Constantinople de l’Église confesse : " Avec le Père
et le Fils il reçoit même adoration et même gloire " (DS
150).
246
La tradition latine du Credo confesse que l’Esprit " procède
du Père et du Fils (filioque) ". Le Concile de
Florence, en 1438, explicite : " Le Saint Esprit tient
son essence et son être à la fois du Père et du Fils et Il procède
éternellement de l’Un comme de l’Autre comme d’un seul Principe
et par une seule spiration... Et parce que tout ce qui est au Père, le
Père Lui-même l’a donné à Son Fils unique en L’engendrant, à
l’exception de son être de Père, cette procession même du Saint
Esprit à partir du Fils, Il la tient éternellement de son Père qui
L’a engendré éternellement " (DS 1300-1301).
247
L’affirmation du filioque
ne
figurait pas dans le symbole confessé en 381 à Constantinople. Mais
sur la base d’une ancienne tradition latine et alexandrine, le Pape S.
Léon l’avait déjà confessée dogmatiquement en 447 (cf. DS 284)
avant même que Rome ne connût et ne reçût, en 451, au Concile de
Chalcédoine, le symbole de 381. L’usage de cette formule dans le
Credo a été peu à peu admis dans la liturgie latine (entre le VIIIe
et le XIe siècle). L’introduction du filioque dans
le Symbole de Nicée-Constantinople par la liturgie latine constitue
cependant, aujourd’hui encore, un différend avec les Églises
orthodoxes.
248
La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première
du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme
" issu du Père " (Jn 15, 26), elle affirme que
celui-ci est issu du Père par le Fils (cf. AG 2). La
tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle
entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et
du Fils (filioque). Elle le dit " de manière légitime
et raisonnable " (Cc. Florence en 1439 : DS 1302), car
l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion
consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de
l’Esprit en tant que " principe sans principe "
(DS 1331), mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit
avec Lui " l’unique principe d’où procède l’Esprit
Saint " (Cc. Lyon II en 1274 : DS 850). Cette légitime
complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas
l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.
III. La Sainte Trinité dans la doctrine de la foi
La formation du dogme trinitaire
249
La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines
à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen
du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi
baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière
de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits
apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie
eucharistique : " La grâce du Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous "
(2 Co 13, 13 ; cf. 1 Co 12, 4-6 ; Ep 4, 4-6).
250
Au cours des premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus
explicitement sa foi trinitaire tant pour approfondir sa propre
intelligence de la foi que pour la défendre contre des erreurs qui la déformaient.
Ce fut l’œuvre des Conciles anciens, aidés par le travail théologique
des Pères de l’Église et soutenus par le sens de la foi du peuple
chrétien.
251 Pour
la formulation du dogme de la Trinité, l’Église a dû développer
une terminologie propre à l’aide de notions d’origine philosophique :
" substance ", " personne " ou
" hypostase ", " relation ",
etc. Ce faisant, elle n’a pas soumis la foi à une sagesse humaine
mais a donné un sens nouveau, inouï à ces termes appelés à
signifier désormais aussi un mystère ineffable, " infiniment
au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine "
(SPF 9).
252
L’Église utilise le terme " substance " (rendu
aussi parfois par " essence " ou par " nature ")
pour désigner l’être divin dans son unité, le terme " personne "
ou " hypostase " pour désigner le Père, le Fils et
le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme " relation "
pour désigner le fait que leur distinction réside dans la référence
des uns aux autres.
Le dogme de la Sainte Trinité
253 La Trinité est Une.
Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes :
" la Trinité consubstantielle " (Cc. Constantinople
II en 553 : DS 421). Les personnes divines ne se partagent pas
l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier :
" Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même
qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le
Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature " (Cc.
Tolède XI en 675 : DS 530). " Chacune des trois
personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence
ou la nature divine " (Cc. Latran IV en 1215 : DS 804).
254 Les personnes divines sont réellement distinctes entre elles.
" Dieu est unique mais non pas solitaire " (Fides
Damasi : DS 71). " Père ", " Fils ",
" Esprit Saint " ne sont pas simplement des noms désignant
des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts
entre eux : " Celui qui est le Fils n’est pas le Père,
et celui qui est le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit
n’est celui qui est le Père ou le Fils " (Cc. Tolède XI en
675 : DS 530). Ils sont distincts entre eux par leurs relations
d’origine : " C’est le Père qui engendre, le Fils
qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède " (Cc. Latran
IV en 1215 : DS 804). L’Unité divine est Trine.
255 Les personnes divines sont relatives les unes aux autres.
Parce qu’elle ne divise pas l’unité divine, la distinction réelle
des personnes entre elles réside uniquement dans les relations qui les
réfèrent les unes aux autres : " Dans les noms relatifs
des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le
Saint-Esprit aux deux ; quand on parle de ces trois personnes en
considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou
substance " (Cc. Tolède XI en 675 : DS 528). En effet,
" tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas
l’opposition de relation " (Cc. Florence en 1442 : DS
1330). " A cause de cette unité, le Père est tout entier
dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Fils est tout
entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit ; le
Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils "
(Cc. Florence en 1442 : DS 1331).
256
Aux Catéchumènes de Constantinople, S. Grégoire de Nazianze, que
l’on appelle aussi " le Théologien ", confie ce résumé
de la foi trinitaire :
Avant
toutes choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je
combats, avec lequel je veux mourir, qui me fait supporter tous les
maux et mépriser tous les plaisirs : je veux dire la
profession de foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vous
la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à
l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la
donne pour compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne
une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et
contenant les Trois d’une manière distincte. Divinité sans
disparate de substance ou de nature, sans degré supérieur qui élève
ou degré inférieur qui abaisse. (...) C’est de trois infinis
l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en
soi-même (...), Dieu les Trois considérés ensemble (...). Je
n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me
baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la
Trinité que l’unité me ressaisit ... (or. 40, 41 : PG 36,
417).
IV. Les œuvres divines et les missions trinitaires
257
" O Trinité lumière bienheureuse, O primordiale unité "
(LH, hymne " O lux beata Trinitas " de vêpres) !
Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin.
Dieu est amour : Père, Fils et Esprit Saint. Librement Dieu veut
communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le " dessein
bienveillant " (Ep 1, 9) qu’il a conçu dès avant la création
du monde en son Fils bien-aimé, " nous prédestinant à
l’adoption filiale en celui-ci " (Ep 1, 4-5), c’est-à-dire
" à reproduire l’image de Son Fils " (Rm 8, 29)
grâce à " l’Esprit d’adoption filiale " (Rm 8,
15). Ce dessein est une " grâce donnée avant tous les siècles "
(2 Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l’amour trinitaire. Il se déploie
dans l’œuvre de la création, dans toute l’histoire du salut après
la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que prolonge la
mission de l’Église (cf. AG 2-9).
258
Toute l’économie divine est l’œuvre commune des trois personnes
divines. Car de même qu’elle n’a qu’une seule et même nature, la
Trinité n’a qu’une seule et même opération (cf. Cc Constantinople
II en 553 : DS 421). " Le Père, le Fils et le
Saint-Esprit ne sont pas trois principes des créatures mais un seul
principe " (Cc. Florence en 1442 : DS 1331). Cependant,
chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété
personnelle. Ainsi l’Église confesse à la suite du Nouveau Testament
(cf. 1 Co 8, 6) : " un Dieu et Père de qui sont toutes
choses, un Seigneur Jésus-Christ pour qui sont toutes choses, un Esprit
Saint en qui sont toutes choses " (Cc. Constantinople II :
DS 421). Ce sont surtout les missions divines de l’Incarnation du Fils
et du don du Saint-Esprit qui manifestent les propriétés des personnes
divines.
259
Œuvre à la fois commune et personnelle, toute l’économie divine
fait connaître et la propriété des personnes divines et leur unique
nature. Aussi, toute la vie chrétienne est communion avec chacune des
personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire
au Père le fait par le Fils dans l’Esprit Saint ; celui qui suit
le Christ, le fait parce que le Père l’attire (cf. Jn 6, 44) et que
l’Esprit le meut (cf. Rm 8, 14).
260
La fin ultime de toute l’économie divine, c’est l’entrée des créatures
dans l’unité parfaite de la Bienheureuse Trinité (cf. Jn 17, 21-23).
Mais dès maintenant nous sommes appelés à être habités par la Très
Sainte Trinité : " Si quelqu’un m’aime, dit le
Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous
viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure " (Jn
14, 23) :
O
mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement
pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon
âme était dans l’éternité ; que rien ne puisse troubler
ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque
minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère !
Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le
lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que
je sois là, toute entière, toute éveillée en ma foi, toute
adorante, toute livrée à votre action créatrice (Prière de la
Bienheureuse Élisabeth de la Trinité).
En bref
261
Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de
la foi et de la vie chrétienne. Dieu seul peut nous en donner la
connaissance en Se révélant comme Père, Fils et Saint-Esprit.
262
L’Incarnation du Fils de Dieu révèle que Dieu est le Père éternel,
et que le Fils est consubstantiel au Père, c’est-à-dire qu’il
est en lui et avec lui le même Dieu unique.
263
La mission du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils (cf.
Jn 14, 26) et par le Fils " d’auprès du Père "
(Jn 15, 26) révèle qu’il est avec eux le même Dieu unique.
" Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même
gloire ".
264
" Le Saint-Esprit procède du Père en tant que source
première et, par le don éternel de celui-ci au Fils, du Père et
du Fils en communion " (S. Augustin, Trin. 15, 26, 47).
265
Par la grâce du baptême " au nom du Père et du Fils et
du Saint-Esprit ", nous sommes appelés à partager la vie
de la Bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi,
et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle (cf. SPF 9).
266
" La foi catholique consiste en ceci : vénérer un
seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité, sans
confondre les personnes, sans diviser la substance : car autre
est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de
l’Esprit Saint ; mais du Père, du Fils et de l’Esprit
Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté "
(Symbolum " Quicumque " (DS
75).
267
Inséparables dans ce qu’elles sont, les personnes divines sont
aussi inséparables dans ce qu’elles font. Mais dans l’unique opération
divine chacune manifeste ce qui lui est propre dans la Trinité,
surtout dans les missions divines de l’Incarnation du Fils et du
don du Saint-Esprit.
Paragraphe 3. Le Tout-Puissant
268 De tous les attributs divins, seule la
Toute-Puissance de Dieu est nommée dans le Symbole : la confesser
est d’une grande portée pour notre vie. Nous croyons qu’elle est universelle,
car Dieu qui a tout créé (cf. Gn 1, 1 ; Jn 1, 3), régit tout et
peut tout ; aimante, car Dieu est notre Père (cf. Mt 6, 9) ;
mystérieuse, car seule la foi peut la discerner lorsqu’ " elle
se déploie dans la faiblesse " (2 Co 12, 9 ; cf. 1 Co 1,
18).
" Tout ce qu’Il veut, Il le fait "
(Ps 115, 3)
269 Les Saintes Écritures confessent à maintes
reprises la puissance universelle de Dieu. Il est appelé " Le
Puissant de Jacob " (Gn 49, 24 ; Is 1, 24 e.a.), " le
Seigneur des armées ", " le Fort, le Vaillant "
(Ps 24, 8-10). Si Dieu est Tout-Puissant " au ciel et sur la
terre " (Ps 135, 6), c’est qu’il les a faits. Rien ne lui
est donc impossible (cf. Jr 32, 17 ; Lc 1, 37) et il dispose à son
gré de son œuvre (cf. Jr 27, 5) ; il est le Seigneur de
l’univers dont il a établi l’ordre qui lui demeure entièrement
soumis et disponible ; il est le Maître de l’histoire : il
gouverne les cœurs et les événements selon son gré (cf. Est 4, 17b ;
Pr 21, 1 ; Tb 13, 2) : " Ta grande puissance est
toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras ? "
(Sg 11, 21).
" Tu as pitié de tous, parce que Tu peux
tout " (Sg 11, 23)
270 Dieu est le Père Tout-Puissant. Sa
paternité et sa puissance s’éclairent mutuellement. En effet, il
montre sa Toute-Puissance paternelle par la manière dont Il prend soin
de nos besoins (cf. Mt 6, 32) ; par l’adoption filiale qu’il
nous donne (" Je serai pour vous un père, et vous serez pour
moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant " :
2 Co 6, 18) ; enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’il montre
sa puissance au plus haut point en pardonnant librement les péchés.
271 La Toute-Puissance divine n’est nullement
arbitraire : " En Dieu la puissance et l’essence, la
volonté et l’intelligence, la sagesse et la justice sont une seule et
même chose, de sorte que rien ne peut être dans la puissance divine
qui ne puisse être dans la juste volonté de Dieu ou dans sa sage
intelligence " (S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 5, ad 1).
Le mystère de l’apparente impuissance de Dieu
272 La foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut-être
mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance.
Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal. Or,
Dieu le Père a révélé sa Toute-Puissance de la façon la plus mystérieuse
dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils,
par lesquels Il a vaincu le mal. Ainsi, le Christ crucifié est " puissance
de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage
que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les
hommes " (1 Co 1, 24-25). C’est dans la Résurrection et
dans l’exaltation du Christ que le Père a " déployé la
vigueur de sa force " et manifesté " quelle
extraordinaire grandeur revêt sa puissance pour nous les croyants "
(Ep 1, 19-22).
273 Seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses
de la Toute-Puissance de Dieu. Cette foi se glorifie de ses faiblesses
afin d’attirer sur elle la puissance du Christ (cf. 2 Co 12, 9 ;
Ph 4, 13). De cette foi, la Vierge Marie est le suprême modèle, elle
qui a cru que " rien n’est impossible à Dieu "
(Lc 1, 37) et qui a pu magnifier le Seigneur : " Le
Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom " (Lc
1, 49).
274 " Rien n’est donc plus propre à
affermir notre Foi et notre Espérance que la conviction profondément
gravée dans nos âmes que rien n’est impossible à Dieu. Car tout ce
que [le Credo] nous proposera ensuite à croire, les choses les plus
grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées
au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura
seulement l’idée de la Toute-Puissance divine, elle les admettra
facilement et sans hésitation aucune " (Catech. R. 1, 2, 13).
En bref
275 Avec Job, le juste, nous confessons :
" Je sais que Tu es Tout-Puissant : ce que Tu conçois,
Tu peux le réaliser " (Jb 42, 2).
276 Fidèle au témoignage de l’Écriture, l’Église
adresse souvent sa prière au " Dieu Tout-Puissant et éternel "
(" omnipotens sempiterne Deus... "), croyant
fermement que " rien n’est impossible à Dieu "
(Lc 1, 37 ; cf. Gn 18, 14 ; Mt 19, 26).
277 Dieu manifeste sa Toute-Puissance en nous
convertissant de nos péchés et en nous rétablissant dans son amitié
par la grâce : " Dieu, qui donnes la preuve suprême
de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié... " (MR,
collecte du 26e dimanche).
278 A moins de croire que l’amour de Dieu est
Tout-Puissant, comment croire que le Père a pu nous créer, le Fils
nous racheter, l’Esprit Saint nous sanctifier ?
Paragraphe 4. Le Créateur
279 " Au commencement, Dieu créa le
ciel et la terre " (Gn 1, 1). C’est avec ces paroles
solennelles que commence l’Écriture Sainte. Le Symbole de la foi
reprend ces paroles en confessant Dieu le Père Tout-puissant comme
" le Créateur du ciel et de la terre ", " de
l’univers visible et invisible ". Nous parlerons donc
d’abord du Créateur, ensuite de sa création, enfin de la chute du péché
dont Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est venu nous relever.
280 La création est le fondement de
" tous les desseins salvifiques de Dieu ", " le
commencement de l’histoire du salut " (DCG 51) qui culmine
dans le Christ. Inversement, le mystère du Christ est la lumière décisive
sur le mystère de la création ; il révèle la fin en vue de
laquelle, " au commencement, Dieu créa le ciel et la terre "
(Gn 1, 1) : dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la
nouvelle création dans le Christ (cf. Rm 8, 18-23).
281 C’est pour cela que les lectures de la Nuit
Pascale, célébration de la création nouvelle dans le Christ,
commencent par le récit de la création ; de même, dans la
liturgie byzantine, le récit de la création constitue toujours la
première lecture des vigiles des grandes fêtes du Seigneur. Selon le témoignage
des anciens, l’instruction des catéchumènes pour le baptême suit le
même chemin (cf. Ethérie, pereg. 46 : PLS 1, 1089-1090 ; S.
Augustin, catech. 3, 5).
I. La catéchèse sur la Création
282 La catéchèse sur la
Création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes
de la vie humaine et chrétienne : car elle explicite la réponse
de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de
tous les temps se sont posée : " D’où venons-nous ? "
" Où allons-nous ? " " Quelle est
notre origine ? " " Quelle est notre fin ? "
" D’où vient et où va tout ce qui existe ? "
Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables.
Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de
notre agir.
283 La question des origines du monde et de
l’homme fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques qui ont
magnifiquement enrichi nos connaissances sur l’âge et les dimensions
du cosmos, le devenir des formes vivantes, l’apparition de l’homme.
Ces découvertes nous invitent à admirer d’autant plus la grandeur du
Créateur, de lui rendre grâce pour toutes ses œuvres et pour
l’intelligence et la sagesse qu’il donne aux savants et aux
chercheurs. Avec Salomon, ceux-ci peuvent dire : " C’est
Lui qui m’a donné la science vraie de ce qui est, qui m’a fait
connaître la structure du monde et les propriétés des éléments
(...) car c’est l’ouvrière de toutes choses qui m’a instruit, la
Sagesse " (Sg 7, 17-21).
284 Le grand intérêt réservé à ces
recherches est fortement stimulé par une question d’un autre ordre,
et qui dépasse le domaine propre des sciences naturelles. Il ne
s’agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement
le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de découvrir
quel est le sens d’une telle origine : si elle est gouvernée par
le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être
transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu. Et si le monde provient
de la sagesse et de la bonté de Dieu, pourquoi le mal ? D’où
vient-il ? Qui en est responsable ? Et y en a-t-il une libération ?
285 Depuis ses débuts, la foi chrétienne a été
confrontée à des réponses différentes de la sienne sur la question
des origines. Ainsi, on trouve dans les religions et les cultures
anciennes de nombreux mythes concernant les origines. Certains
philosophes ont dit que tout est Dieu, que le monde est Dieu, ou que le
devenir du monde est le devenir de Dieu (panthéisme) ; d’autres
ont dit que le monde est une émanation nécessaire de Dieu, s’écoulant
de cette source et retournant vers elle ; d’autres encore ont
affirmé l’existence de deux principes éternels, le Bien et le Mal,
la Lumière et les Ténèbres, en lutte permanente (dualisme, manichéisme) ;
selon certaines de ces conceptions, le monde (au moins le monde matériel)
serait mauvais, produit d’une déchéance, et donc à rejeter ou à dépasser
(gnose) ; d’autres admettent que le monde ait été fait par
Dieu, mais à la manière d’un horloger qui l’aurait, une fois fait,
abandonné à lui-même (déisme) ; d’autres enfin n’acceptent
aucune origine transcendante du monde, mais y voient le pur jeu d’une
matière qui aurait toujours existé (matérialisme). Toutes ces
tentatives témoignent de la permanence et de l’universalité de la
question des origines. Cette quête est propre à l’homme.
286 L’intelligence humaine peut, certes, déjà
trouver une réponse à la question des origines. En effet,
l’existence de Dieu le Créateur peut être connue avec certitude par
ses œuvres grâce à la lumière de la raison humaine (cf. DS 3026), même
si cette connaissance est souvent obscurcie et défigurée par
l’erreur. C’est pourquoi la foi vient confirmer et éclairer la
raison dans la juste intelligence de cette vérité : " Par
la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole
de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas
apparent " (He 11, 3).
287 La vérité de la création est si importante
pour toute la vie humaine que Dieu, dans sa tendresse, a voulu révéler
à son Peuple tout ce qui est salutaire à connaître à ce sujet.
Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du Créateur
(cf. Ac 17, 24-29 ; Rm 1, 19-20), Dieu a progressivement révélé
à Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les
patriarches, qui a fait sortir Israël d’Égypte, et qui, en élisant
Israël, l’a créé et formé (cf. Is 43, 1), il se révèle comme
celui à qui appartiennent tous les peuples de la terre, et la terre
entière, comme celui qui, seul, " a fait le ciel et la terre "
(Ps 115, 15 ; 124, 8 ; 134, 3).
288 Ainsi, la révélation de la création est
inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de
Dieu, l’Unique, avec son Peuple. La création est révélée comme le
premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage
de l’amour Tout-Puissant de Dieu (cf. Gn 15, 5 ; Jr 33, 19-26).
Aussi, la vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur
croissante dans le message des prophètes (cf. Is 44, 24), dans la prière
des psaumes (cf. Ps 104) et de la liturgie, dans la réflexion de la
sagesse (cf. Pr 8, 22-31) du Peuple élu.
289 Parmi toutes les paroles de l’Écriture
Sainte sur la création, les trois premiers chapitres de la Genèse
tiennent une place unique. Du point de vue littéraire ces textes
peuvent avoir diverses sources. Les auteurs inspirés les ont placés au
commencement de l’Écriture de sorte qu’ils expriment, dans leur
langage solennel, les vérités de la création, de son origine et de sa
fin en Dieu, de son ordre et de sa bonté, de la vocation de l’homme,
enfin du drame du péché et de l’espérance du salut. Lues à la lumière
du Christ, dans l’unité de l’Écriture Sainte et dans la Tradition
vivante de l’Église, ces paroles demeurent la source principale pour
la catéchèse des mystères du " commencement " :
création, chute, promesse du salut.
II. La création – œuvre de la Sainte Trinité
290 " Au commencement, Dieu créa le
ciel et la terre " (Gn 1, 1) : trois choses sont affirmées
dans ces premières paroles de l’Écriture : le Dieu éternel a
posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul
est créateur (le verbe " créer " – en hébreu bara
– a toujours pour sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé
par la formule " le ciel et la terre ") dépend de
Celui qui lui donne d’être.
291 " Au commencement était le Verbe
(...) et le Verbe était Dieu. (...) Tout a été fait par lui et sans
lui rien n’a été fait " (Jn 1, 1-3). Le Nouveau Testament
révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé.
C’est en lui " qu’ont été créées toutes choses, dans
les cieux et sur la terre (...) tout a été créé par lui et pour lui.
Il est avant toute chose et tout subsiste en lui " (Col 1,
16-17). La foi de l’Église affirme de même l’action créatrice de
l’Esprit Saint : il est le " donateur de vie "
(Symbole de Nicée-Constantinople), " l’Esprit Créateur "
(" Veni, Creator Spiritus "), la " Source
de tout bien " (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de
Pentecôte).
292 Insinuée dans l’Ancien Testament (cf. Ps
33, 6 ; 104, 30 ; Gn 1, 2-3), révélée dans la Nouvelle
Alliance, l’action créatrice du Fils et de l’Esprit, inséparablement
une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi
de l’Église : " Il n’existe qu’un seul Dieu (...) :
il est le Père, il est Dieu, il est le Créateur, il est l’Auteur, il
est l’Ordonnateur. Il a fait toutes choses par lui-même,
c’est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse " (S. Irénée,
hær. 2, 30, 9), " par le Fils et l’Esprit " qui
sont comme " ses mains " (ibid., 4, 20, 1). La création
est l’œuvre commune de la Sainte Trinité.
III. " Le monde a été créé pour la
gloire de Dieu "
293 C’est une vérité fondamentale que l’Écriture
et la Tradition ne cessent d’enseigner et de célébrer : " Le
monde a été créé pour la gloire de Dieu " (Cc. Vatican I :
DS 3025). Dieu a créé toutes choses, explique S. Bonaventure, " non
pour accroître la Gloire, mais pour manifester et communiquer cette
gloire " (sent. 2, 1, 2, 2, 1). Car Dieu n’a pas d’autre
raison pour créer que son amour et sa bonté : " C’est
la clef de l’amour qui a ouvert sa main pour produire les créatures "
(S. Thomas d’A., sent. 2, prol.) Et le premier Concile du Vatican
explique :
Dans sa bonté et par sa force toute-puissante,
non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection,
mais pour la manifester par les biens qu’il accorde à ses créatures,
ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès
le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature,
la spirituelle et la corporelle (DS 3002).
294 La gloire de Dieu c’est que se réalise
cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue
desquelles le monde a été créé. Faire de nous " des fils
adoptifs par Jésus-Christ : tel fut le dessein bienveillant de Sa
volonté à la louange de gloire de sa grâce " (Ep 1,
5-6) : " Car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant,
et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu : si déjà la révélation
de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent
sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe
procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu " (S. Irénée,
hær. 4, 20, 7). La fin ultime de la création, c’est que Dieu, " qui
est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin ‘tout en tous’
(1 Co 15, 28), en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude "
(AG 2).
IV. Le mystère de la création
Dieu crée par sagesse et par amour
295 Nous croyons que Dieu a créé le monde selon
sa sagesse (cf. Sg 9, 9). Il n’est pas le produit d’une nécessité
quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il
procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les
créatures à son être, sa sagesse et sa bonté : " Car
c’est toi qui créas toutes choses ; tu as voulu qu’elles
soient, et elles furent créées " (Ap 4, 11). " Que
tes œuvres sont nombreuses, Seigneur ! Toutes avec sagesse tu les
fis " (Ps 104, 24). " Le Seigneur est bonté envers
tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres " (Ps 145, 9).
Dieu crée " de rien "
296 Nous croyons que Dieu n’a besoin de rien de
préexistant ni d’aucune aide pour créer (cf. Cc. Vatican I : DS
3022). La création n’est pas non plus une émanation nécessaire de
la substance divine (cf. Cc. Vatican I : DS 3023-3024). Dieu crée
librement " de rien " (DS 800 ; 3025) :
Quoi d’extraordinaire si Dieu avait tiré le
monde d’une matière préexistante ? Un artisan humain, quand
on lui donne un matériau, en fait tout ce qu’il veut. Tandis que
la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant
pour faire tout ce qu’il veut (S. Théophile d’Antioche, Autol.
2, 4 : PG 6, 1052).
297 La foi en la création " de rien "
est attestée dans l’Écriture comme une vérité pleine de promesse
et d’espérance. Ainsi la mère des sept fils les encourage au martyre :
Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes
entrailles ; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de
l’esprit et de la vie ; ce n’est pas moi qui ai organisé
les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur
du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de
toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit
et la vie, parce que vous vous méprisez maintenant vous-mêmes pour
l’amour de ses lois (...). Mon enfant, regarde le ciel et la terre
et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu les a faits de
rien et que la race des hommes est faite de la même manière (2 M
7, 22-23. 28).
298 Puisque Dieu peut créer de rien, il peut,
par l’Esprit Saint, donner la vie de l’âme à des pécheurs en créant
en eux un cœur pur (cf. Ps 51, 12), et la vie du corps aux défunts par
la Résurrection, Lui " qui donne la vie aux morts et appelle
le néant à l’existence " (Rm 4, 17). Et puisque, par sa
Parole, il a pu faire resplendir la lumière des ténèbres (cf. Gn 1,
3), il peut aussi donner la lumière de la foi à ceux qui l’ignorent
(cf. 2 Co 4, 6).
Dieu crée un monde ordonné et bon
299 Puisque Dieu crée avec sagesse, la création
est ordonnée : " Tu as tout disposé avec mesure, nombre
et poids " (Sg 11, 20). Créée dans et par le Verbe éternel,
" image du Dieu invisible " (Col 1, 15), elle est
destinée, adressée à l’homme, image de Dieu (cf. Gn 1, 26), appelé
à une relation personnelle avec Dieu. Notre intelligence, participant
à la lumière de l’Intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous
dit par sa création (cf. Ps 19, 2-5), certes non sans grand effort et
dans un esprit d’humilité et de respect devant le Créateur et son œuvre
(cf. Jb 42, 3). Issue de la bonté divine, la création participe à
cette bonté (" Et Dieu vit que cela était bon (...) très
bon " : Gn 1, 4. 10. 12. 18. 21. 31). Car la création
est voulue par Dieu comme un don adressé à l’homme, comme un héritage
qui lui est destiné et confié . L’Église a dû, à maintes
reprises, défendre la bonté de la création, y compris du monde matériel
(cf. DS 286 ; 455-463 ; 800 ; 1333 ; 3002).
Dieu transcende la création et lui est présent
300 Dieu est infiniment plus grand que toutes ses
œuvres (cf. Si 43, 28) : " Sa majesté est plus haute
que les cieux " (Ps 8, 2), " à sa grandeur point de
mesure " (Ps 145, 3). Mais parce qu’Il est le Créateur
souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent
au plus intime de ses créatures : " En Lui nous avons la
vie, le mouvement et l’être " (Ac 17, 28). Selon les
paroles de S. Augustin, Il est " plus haut que le plus haut de
moi, plus intime que le plus intime " (Conf. 3, 6, 11).
Dieu maintient et porte la création
301 Avec la création, Dieu n’abandonne pas sa
créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d’être et
d’exister, il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne
d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète
par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de
joie et de confiance :
Oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de
dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï
quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose
aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment
ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ?
Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la
vie (Sg 11, 24-26).
V. Dieu réalise son dessein : la divine
providence
302 La création a sa bonté et sa perfection
propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des mains du Créateur.
Elle est créée dans un état de cheminement (" in statu
viæ ") vers une perfection ultime encore à atteindre, à
laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les
dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette
perfection :
Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce
qu’Il a créé, " atteignant avec force d’une extrémité
à l’autre et disposant tout avec douceur " (Sg 8, 1).
Car " toutes choses sont à nu et à découvert devant ses
yeux " (He 4, 13), même celles que l’action libre des
créatures produira (Cc. Vatican I : DS 3003).
303 Le témoignage de l’Écriture est unanime :
la sollicitude de la divine providence est concrète et immédiate,
elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands
événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints
affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements :
" Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît,
Il le fait " (Ps 115, 3) ; et du Christ il est dit :
" S’Il ouvre, nul ne fermera, et s’Il ferme, nul
n’ouvrira " (Ap 3, 7) ; " Il y a beaucoup de
pensées dans le cœur de l’homme, seul le dessein de Dieu se réalisera "
(Pr 19, 21).
304 Ainsi voit-on l’Esprit Saint, auteur
principal de l’Écriture Sainte, attribuer souvent des actions à
Dieu, sans mentionner des causes secondes. Ce n’est pas là " une
façon de parler " primitive, mais une manière profonde de
rappeler la primauté de Dieu et sa Seigneurie absolue sur l’histoire
et le monde (cf. Is 10, 5-15 ; 45, 5-7 ; Dt 32, 39 ; Si
11, 14) et d’éduquer ainsi à la confiance en Lui. La prière des
Psaumes est la grande école de cette confiance (cf. Ps 22 ; 32 ;
35 ; 103 ; 138 ; e.a.).
305 Jésus demande un abandon filial à la
providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de sens
enfants : " Ne vous inquiétez donc pas en disant :
qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? (...) Votre
Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez
d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par
surcroît " (Mt 6, 31-33 ; cf. 10, 29-31).
La providence et les causes secondes
306 Dieu est le Maître souverain de son dessein.
Mais pour sa réalisation, Il se sert aussi du concours des créatures.
Ceci n’est pas un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la
bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures
d’exister, il leur donne aussi la dignité d’agir elles-mêmes, d’être
causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à
l’accomplissement de son dessein.
307 Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir
participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité
de " soumettre " la terre et de la dominer (cf. Gn
1, 26-28). Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et
libres pour compléter l’œuvre de la Création, en parfaire
l’harmonie pour leur bien et celui de leur prochains. Coopérateurs
souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément
dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi
par leurs souffrances (cf. Col 1, 24). Ils deviennent alors pleinement
" collaborateurs de Dieu " (1 Co 3, 9 ; 1 Th 3,
2) et de son Royaume (cf. Col 4, 11).
308 C’est une vérité inséparable de la foi
en Dieu le Créateur : Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il
est la cause première qui opère dans et par les causes secondes :
" Car c’est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et
l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins "
(Ph 2, 13 ; cf. 1 Co 12, 6). Loin de diminuer la dignité de la créature,
cette vérité la rehausse. Tirée du néant par la puissance, la
sagesse et la bonté de Dieu, elle ne peut rien si elle est coupée de
son origine, car " la créature sans le Créateur s’évanouit "
(GS 36, § 3) ; encore moins peut-elle atteindre sa fin ultime sans
l’aide de la grâce (cf. Mt 19, 26 ; Jn 15, 5 ; Ph 4, 13).
La providence et le scandale du mal
309 Si Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du
monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses créatures, pourquoi le
mal existe-t-il ? A cette question aussi pressante qu’inévitable,
aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne saura
suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse
à cette question : la bonté de la création, le drame du péché,
l’amour patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses
alliances, par l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de
l’Esprit, par le rassemblement de l’Église, par la force des
sacrements, par l’appel à une vie bienheureuse à laquelle les créatures
libres sont invitées d’avance à consentir, mais à laquelle elles
peuvent aussi d’avance, par un mystère terrible, se dérober. Il
n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit pour une part une
réponse à la question du mal.
310 Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un
monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister ? Selon sa
puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque chose de
meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa
sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde
" en état de voie " vers sa perfection ultime. Ce
devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de
certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi
le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les
destructions. Avec le bien physique existe donc aussi le mal physique,
aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection (cf. S.
Thomas d’A., s. gent. 3, 71).
311 Les anges et les hommes, créatures
intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par
choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En
fait, ils ont péché. C’est ainsi que le mal moral est entré
dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu
n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du
mal moral (cf. S. Augustin, lib. 1, 1, 1 : PL 32, 1221-1223 ;
S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 79, 1). Il le permet cependant, respectant
la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le
bien :
Car le Dieu Tout-puissant (...), puisqu’il est
souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister
dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire
sortir le bien du mal lui-même (S. Augustin, enchir. 11, 3).
312 Ainsi, avec le temps, on peut découvrir que
Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences
d’un mal, même moral, causé par ses créatures : " Ce
n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui m’avez envoyé ici,
c’est Dieu ; (...) le mal que vous aviez dessein de me faire, le
dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de (...) sauver la vie d’un
peuple nombreux " (Gn 45, 8 ; 50, 20 ; cf. Tb 2,
12-18 vulg.). Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le
rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les
hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce (cf. Rm 5, 20), a tiré
le plus grand des biens : la glorification du Christ et notre Rédemption.
Le mal n’en devient pas pour autant un bien.
313 " Tout concourt au bien de ceux qui
aiment Dieu " (Rm 8, 28). Le témoignage des saints ne cesse
de confirmer cette vérité :
Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à " ceux
qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive " :
" Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut
de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but " (dial.
4, 138).
Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console
sa fille : " Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait
voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous
paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous "
(Margarita Roper, Epistula ad Aliciam Alington (mense augusti
1534).
Et Lady Julian of Norwich : " J’appris
donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement
à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses
seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront bonnes ".
" Thou shalt see thyself that all MANNER of thing shall
be well " (rev. 13, 32).
314 Nous croyons fermement que Dieu est le Maître
du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont
souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre
connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu " face à
face " (1 Co 13, 12), que les voies nous seront pleinement
connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché,
Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce Sabbat (cf.
Gn 2, 2) définitif, en vue duquel Il a créé le ciel et la terre.
En bref
315 Dans la création du monde et de l’homme,
Dieu a posé le premier et universel témoignage de son amour
tout-puissant et de sa sagesse, la première annonce de son " dessein
bienveillant " qui trouve sa fin dans la nouvelle création
dans le Christ.
316 Bien que l’œuvre de la création soit
particulièrement attribuée au Père, c’est également vérité de
foi que le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont l’unique et
indivisible principe de la création.
317 Dieu seul a créé l’univers librement,
directement, sans aucune aide.
318 Aucune créature n’a le pouvoir infini qui
est nécessaire pour " créer " au sens propre du
mot, c’est-à-dire de produire et de donner l’être à ce qui ne
l’avait aucunement (appeler à l’existence ex nihilo) (cf.
DS 3624).
319 Dieu a créé le monde pour manifester et pour
communiquer sa gloire. Que ses créatures aient part à Sa vérité,
à Sa bonté et à Sa beauté, voilà la gloire pour laquelle Dieu les
a créées.
320 Dieu qui a créé l’univers le maintient dans
l’existence par son Verbe, " ce Fils qui soutient
l’univers par sa parole puissante " (He 1, 3) et par son
Esprit Créateur qui donne la vie.
321 La divine Providence, ce sont les dispositions
par lesquelles Dieu conduit avec sagesse et amour toutes les créatures
jusqu’à leur fin ultime.
322 Le Christ nous invite à l’abandon filial à
la Providence de notre Père céleste (cf. Mt 6, 26-34), et l’apôtre
S. Pierre reprend : " De toute votre inquiétude, déchargez-vous
sur lui, car il prend soin de vous " (1 P 5, 7 ; cf. Ps
55, 23).
323 La providence divine agit aussi par l’agir
des créatures. Aux êtres humains, Dieu donne de coopérer librement
à ses desseins.
324 La permission divine du mal physique et du mal
moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils, Jésus-Christ,
mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la
certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne faisait pas
sortir le bien du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons
pleinement que dans la vie éternelle.
Paragraphe 5. Le ciel et la terre
325 Le Symbole des apôtres professe que Dieu est
" le Créateur du ciel et de la terre ", et le
Symbole de Nicée-Constantinople explicite : " ... de
l’univers visible et invisible ".
326 Dans l’Écriture Sainte, l’expression
" ciel et terre " signifie : tout ce qui
existe, la création toute entière. Elle indique aussi le lien, à
l’intérieur de la création, qui à la fois unit et distingue ciel et
terre : " La terre ", c’est le monde des
hommes (cf. Ps 115, 16) " Le ciel " ou " les
cieux " peut désigner le firmament (cf. Ps 19, 2), mais aussi
le " lieu " propre de Dieu : " notre
Père aux cieux " (Mt 5, 16 ; cf. Ps 115, 16) et, par
conséquent, aussi le " ciel " qui est la gloire
eschatologique. Enfin, le mot " ciel " indique le
" lieu " des créatures spirituelles – les anges
– qui entourent Dieu.
327 La profession de foi du quatrième Concile du
Latran affirme que Dieu " a tout ensemble, dès le
commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la
spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde
terrestre ; puis la créature humaine qui tient des deux, composée
qu’elle est d’esprit et de corps " (DS 800 ; cf. DS
3002 et SPF 8).
I. Les Anges
L’existence des anges – une vérité de foi
328 L’existence des êtres spirituels, non
corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une
vérité de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que
l’unanimité de la Tradition.
Qui sont-ils ?
329 S. Augustin dit à leur sujet : " ‘Ange’
désigne la fonction, non pas la nature. Tu demandes comment s’appelle
cette nature ? – Esprit. Tu demandes la fonction ? – Ange ;
d’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce qu’il
fait, c’est un ange " (Psal. 103, 1, 15). De tout leur être,
les anges sont serviteurs et messagers de Dieu. Parce qu’ils
contemplent " constamment la face de mon Père qui est aux
cieux " (Mt 18, 10), ils sont " les ouvriers de sa
parole, attentifs au son de sa parole " (Ps 103, 20).
330 En tant que créatures purement spirituelles,
ils ont intelligence et volonté : ils sont des créatures
personnelles (cf. Pie XII : DS 3801) et immortelles (cf. Lc 20,
36). Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles. L’éclat
de leur gloire en témoigne (cf. Dn 10, 9-12).
Le Christ " avec tous ses anges "
331 Le Christ est le centre du monde angélique.
Ce sont ses anges à Lui : " Quand le Fils de l’homme
viendra dans sa gloire avec tous ses anges ... " (Mt 25, 31).
Ils sont à Lui parce que créés par et pour lui :
" Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses,
dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles : trônes,
seigneuries, principautés, puissances ; tout a été créé par
lui et pour lui " (Col 1, 16). Ils sont à Lui plus encore
parce qu’Il les a faits messagers de son dessein de salut :
" Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un
ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut ? "
(He 1, 14).
332 Ils sont là, dès la création (cf. Jb 38,
7, où les anges sont appelés " fils de Dieu ") et
tout au long de l’histoire du salut, annonçant de loin ou de près ce
salut et servant le dessein divin de sa réalisation : ils ferment
le paradis terrestre (cf. Gn 3, 24), protègent Lot (cf. Gn 19), sauvent
Agar et son enfant (cf. Gn 21, 17), arrêtent la main d’Abraham (cf.
Gn 22, 11), la loi est communiquée par leur ministère (cf. Ac 7, 53),
ils conduisent le Peuple de Dieu (cf. Ex 23, 20-23), ils annoncent
naissances (cf. Jg 13) et vocations (cf. Jg 6, 11-24 ; Is 6, 6),
ils assistent les prophètes (cf. 1 R 19, 5), pour ne citer que quelques
exemples. Enfin, c’est l’ange Gabriel qui annonce la naissance du Précurseur
et celle de Jésus lui-même (cf. Lc 1, 11. 26).
333 De l’Incarnation à l’Ascension, la vie
du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des
anges. Lorsque Dieu " introduit le Premier-né dans le monde,
il dit : ‘Que tous les anges de Dieu l’adorent’ "
(He 1, 6). Leur chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé
de résonner dans la louange de l’Église : " Gloire à
Dieu ... " (Lc 2, 14). Ils protègent l’enfance de Jésus
(cf. Mt 1, 20 ; 2, 13. 19), servent Jésus au désert (cf. Mc 1, 12 ;
Mt 4, 11), le réconfortent dans l’agonie (cf. Lc 22, 43), alors
qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis (cf. Mt
26, 53) comme jadis Israël (cf. 2 M 10, 29-30 ; 11, 8). Ce sont
encore les anges qui " évangélisent " (Lc 2, 10)
en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Incarnation (cf. Lc 2, 8-14), et
de la Résurrection (cf. Mc 16, 5-7) du Christ. Ils seront là au retour
du Christ qu’ils annoncent (cf. Ac 1, 10-11), au service de son
jugement (cf. Mt 13, 41 ; 24, 31 ; Lc 12, 8-9).
Les anges dans la vie de l’Église
334 D’ici là toute la vie de l’Église bénéficie
de l’aide mystérieuse et puissante des anges (cf. Ac 5, 18-20 ;
8, 26-29 ; 10, 3-8 ; 12, 6-11 ; 27, 23-25).
335 Dans sa liturgie, l’Église se joint aux
anges pour adorer le Dieu trois fois saint ; elle invoque leur
assistance (ainsi dans In Paradisum deducant te angeli... de la
Liturgie des défunts [OEx 50], ou encore dans l’" Hymne chérubinique "
de la Liturgie byzantine [(Liturgie de S. Jean Chrysostome]), elle fête
plus particulièrement la mémoire de certains anges (S. Michel, S.
Gabriel, S. Raphaël, les anges gardiens).
336 Du début (de l’existence) (cf. Mt 18, 10)
au trépas (cf. Lc 16, 22), la vie humaine est entourée de leur garde
(cf. Ps 34, 8 ; 91, 10-13) et de leur intercession (cf. Jb 33,
23-24 ; Za 1, 12 ; Tb 12, 12). " Chaque fidèle a à
ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la
vie " (S. Basile, Eun. 3, 1 : PG 29, 656B). Dès
ici-bas, la vie chrétienne participe, dans la foi, à la société
bienheureuse des anges et des hommes, unis en Dieu.
II. Le Monde visible
337 C’est Dieu lui-même qui a créé le monde
visible dans toute sa richesse, sa diversité et son ordre. L’Écriture
présente l’œuvre du Créateur symboliquement comme une suite de six
jours " de travail " divin qui s’achèvent sur le
" repos " du septième jour (Gn 1, 1 – 2, 4). Le
texte sacré enseigne, au sujet de la création, des vérités révélées
par Dieu pour notre salut (cf. DV 11) qui permettent de " reconnaître
la nature profonde de la création, sa valeur et sa finalité qui est la
gloire de Dieu " (LG 36) :
338 Il n’existe rien qui ne doive son existence à
Dieu créateur. Le monde a commencé quand il a été tiré du néant
par la parole de Dieu ; tous les êtres existants, toute la nature,
toute l’histoire humaine s’enracinent en cet événement primordial :
c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et le
temps commencé (cf. S. Augustin, Gen. Man. 1, 2, 4 : PL 35, 175).
339 Chaque créature possède sa bonté et sa
perfection propres. Pour chacune des œuvres des " six
jours " il est dit : " Et Dieu vit que cela était
bon ". " C’est en vertu de la création même que
toutes les choses sont établies selon leur consistance, leur vérité,
leur excellence propre avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques "
(GS 36, § 2). Les différentes créatures, voulues en leur être
propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de
la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit
respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné
des choses, qui méprise le Créateur et entraîne des conséquences néfastes
pour les hommes et pour leur ambiance.
340 L’interdépendance des créatures
est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur,
l’aigle et le moineau : les innombrables diversités et inégalités
signifient qu’aucune créature ne se suffit à elle-même, qu’elles
n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter
mutuellement, au service les unes des autres.
341 La beauté de l’univers : L’ordre
et l’harmonie du monde créé résultent de la diversité des êtres
et des relations qui existent entre eux. L’homme les découvre
progressivement comme lois de la nature. Ils font l’admiration des
savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du Créateur.
Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de
l’homme et de sa volonté.
342 La hiérarchie des créatures est
exprimée par l’ordre des " six jours ", qui va du
moins parfait au plus parfait. Dieu aime toutes ses créatures (cf. Ps
145, 9), il prend soin de chacune, même des passereaux. Néanmoins, Jésus
dit : " Vous valez mieux qu’une multitude de passereaux "
(Lc 12, 6-7), ou encore : " Un homme vaut plus qu’une
brebis " (Mt 12, 12).
343 L’homme est le sommet de l’œuvre de la
création. Le récit inspiré l’exprime en distinguant nettement la création
de l’homme de celle des autres créatures (cf. Gn 1, 26).
344 Il existe une solidarité entre toutes les
créatures du fait qu’elles ont toutes le même Créateur, et que
toutes sont ordonnées à sa gloire :
Loué sois-tu, Seigneur, dans toutes tes créatures,
spécialement messire le frère Soleil,
par qui tu nous donnes le jour la lumière ;
il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,
et de toi, le Très-Haut, il nous offre le
symbole. ...
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau,
qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste. ...
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère
la Terre
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits
avec les fleurs diaprées et les herbes. ...
Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le
en toute humilité.
(S. François d’Assise, cant.)
345 Le Sabbat – fin de l’œuvre des " six
jours ". Le texte sacré dit que " Dieu
conclut au septième jour l’ouvrage qu’Il avait fait "
et qu’ainsi " le ciel et la terre furent achevés ",
et que Dieu, au septième jour, " chôma " et
qu’Il sanctifia et bénit ce jour (Gn 2, 1-3). Ces paroles inspirées
sont riches en enseignements salutaires :
346 Dans la création Dieu a posé un fondement
et des lois qui demeurent stables (cf. He 4, 3-4), sur lesquels le
croyant pourra s’appuyer avec confiance, et qui lui seront le signe et
le gage de la fidélité inébranlable de l’alliance de Dieu (cf. Jr
31, 35-37 ; 33, 19-26). De son côté, l’homme devra rester fidèle
à ce fondement et respecter les lois que le Créateur y a inscrites.
347 La création est faite en vue du Sabbat et
donc du culte et de l’adoration de Dieu. Le culte est inscrit dans
l’ordre de la création (cf. Gn 1, 14). " Ne rien préférer
au culte de Dieu ", dit la règle de S. Benoît (reg. 43, 3),
indiquant ainsi le juste ordre des préoccupations humaines.
348 Le Sabbat est au cœur de la loi d’Israël.
Garder les commandements, c’est correspondre à la sagesse et à la
volonté de Dieu exprimées dans son œuvre de création.
349 Le huitième jour. Mais pour nous, un
jour nouveau s’est levé : le jour de la Résurrection du Christ.
Le septième jour achève la première création. Le huitième jour
commence la nouvelle création. Ainsi, l’œuvre de la création
culmine en l’œuvre plus grande de la rédemption. La première création
trouve son sens et son sommet dans la nouvelle création dans le
Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première (cf. MR, Vigile
Pascale 24 : prière après la première lecture).
En bref
350 Les anges sont des créatures spirituelles qui
glorifient Dieu sans cesse et qui servent ses desseins salvifiques
envers les autres créatures : " Les anges concourent
à tout ce qui est bon pour nous " (S. Thomas d’A., s. th.
1, 114, 3, ad 3).
351 Les anges entourent le Christ, leur Seigneur.
Ils le servent particulièrement dans l’accomplissement de sa
mission salvifique envers les hommes.
352 L’Église vénère les anges qui l’aident
dans son pèlerinage terrestre. et qui protègent tout être humain.
353 Dieu a voulu la diversité de ses créatures et
leur bonté propre, leur interdépendance et leur ordre. Il a destiné
toutes les créatures matérielles au bien du genre humain. L’homme,
et toute la création à travers lui, est destiné à la gloire de
Dieu.
354 Respecter les lois inscrites dans la création
et les rapports qui dérivent de la nature des choses, est un principe
de sagesse et un fondement de la morale.
Paragraphe 6. L’homme
355 " Dieu créa l’homme à son
image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa "
(Gn 1, 27). L’homme tient une place unique dans la création : il
est " à l’image de Dieu " (I) ; dans sa
propre nature il unit le monde spirituel et le monde matériel (II) ;
il est créé " homme et femme " (III) ; Dieu
l’a établi dans son amitié (IV).
I. " A l’image de Dieu "
356 De toutes les créatures visibles, seul
l’homme est " capable de connaître et d’aimer son Créateur "
(GS 12, § 3) ; il est " la seule créature sur terre que
Dieu a voulue pour elle-même " (GS 24, § 3) ;lui seul
est appelé à partager, par la connaissance et l’amour, la vie de
Dieu. C’est à cette fin qu’il a été créé, et c’est là la
raison fondamentale de sa dignité :
Quelle raison T’a fait constituer l’homme en
si grande dignité ? L’amour inestimable par lequel Tu as
regardé en Toi-même Ta créature, et Tu T’es épris d’elle ;
car c’est par amour que Tu l’as créée, c’est par amour que
Tu lui as donné un être capable de goûter Ton Bien éternel (Ste.
Catherine de Sienne, dial. 4, 13 : ed. G. Cavallini [Roma 1995]
p. 43).
357 Parce qu’il est à l’image de Dieu
l’individu humain a la dignité de personne : il n’est
pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se
connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en
communion avec d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à
une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et
d’amour que nul autre ne peut donner à sa place.
358 Dieu a tout créé pour l’homme (cf. GS 12,
§ 1 ; 24, § 3 ; 39, § 1), mais l’homme a été créé
pour servir et aimer Dieu et pour Lui offrir toute la création :
Quel est donc l’être qui va venir à
l’existence entouré d’une telle considération ? C’est
l’homme, grande et admirable figure vivante, plus précieux aux
yeux de Dieu que la création toute entière : c’est
l’homme, c’est pour lui qu’existent le ciel et la terre et la
mer et la totalité de la création, et c’est à son salut que
Dieu a attaché tant d’importance qu’il n’a même pas épargné
son Fils unique pour lui. Car Dieu n’a pas eu de cesse de tout
mettre en œuvre pour faire monter l’homme jusqu’à lui et le
faire asseoir à sa droite (S. Jean Chrysostome, serm. in Gen. 2, 1 :
PG 54, 587D-588A).
359 " En réalité, c’est seulement
dans le mystère du Verbe incarné que s’éclaire véritablement le
mystère de l’homme " (GS 22, § 1) :
Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à
l’origine du genre humain : Adam et le Christ ... Le premier
Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la
vie ; le dernier est un être spirituel qui donne la vie. Le
premier a été créé par le dernier, de qui il a reçu l’âme
qui le fait vivre ... Le second Adam a établi son image dans le
premier Adam alors qu’il le modelait. De là vient qu’il en a
endossé le rôle et reçu le nom, afin de ne pas laisser perdre ce
qu’il avait fait à son image. Premier Adam, dernier Adam :
le premier a commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est
véritablement le premier, comme il l’a dit lui-même :
" Je suis le Premier et le Dernier " (S. Pierre
Chrysologue, serm. 117, 1-2 : PL 52, 520B).
360 Grâce à la communauté d’origine le
genre humain forme une unité. Car Dieu " a fait
sortir d’une souche unique toute la descendance des hommes "
(Ac 17, 26 ; cf. Tb 8, 6) :
Merveilleuse vision qui nous fait contempler le
genre humain dans l’unité de son origine en Dieu (...) ;
dans l’unité de sa nature, composée pareillement chez tous
d’un corps matériel et d’une âme spirituelle ; dans
l’unité de sa fin immédiate et de sa mission dans le monde ;
dans l’unité de son habitation : la terre, des biens de
laquelle tous les hommes, par droit de nature, peuvent user pour
soutenir et développer la vie ; unité de sa fin surnaturelle :
Dieu même, à qui tous doivent tendre ; dans l’unité des
moyens pour atteindre cette fin ; (...) dans l’unité de son
rachat opéré pour tous par le Christ (Pie XII, enc. " Summi
pontificatus "; cf. NA 1).
361 " Cette loi de solidarité humaine
et de charité " (Ibid.), sans exclure la riche variété
des personnes, des cultures et des peuples, nous assure que tous les
hommes sont vraiment frères.
II. " Un de corps et d’âme "
362 La personne humaine, créée à l’image de
Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel. Le récit biblique
exprime cette réalité avec un langage symbolique, lorsqu’il affirme
que " Dieu modela l’homme avec la glaise du sol ; il
insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être
vivant " (Gn 2, 7). L’homme tout entier est donc voulu
par Dieu.
363 Souvent, le terme âme désigne dans
l’Écriture Sainte la vie humaine (cf. Mt 16, 25-26 ; Jn
15, 13) ou toute la personne humaine (cf. Ac 2, 41). Mais il désigne
aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme (cf. Mt 26, 38 ;
Jn 12, 27) et de plus grande valeur en lui (cf. Mt 10, 28 ; 2 M 6,
30), ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu :
" âme " signifie le principe spirituel en
l’homme.
364 Le corps de l’homme participe à la
dignité de l’" image de Dieu " : il est
corps humain précisément parce qu’il est animé par l’âme
spirituelle, et c’est la personne humaine toute entière qui est
destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit
(cf. 1 Co 6, 19-20 ; 15, 44-45) :
Corps et âme, mais vraiment un, l’homme, dans
sa condition corporelle, rassemble en lui-même les éléments du
monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent
librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de
dédaigner la vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et
respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit
ressusciter au dernier jour (GS 14, § 1).
365 L’unité de l’âme et du corps est si
profonde que l’on doit considérer l’âme comme la " forme "
du corps (cf. Cc. Vienne en 1312 : DS 902) ; c’est-à-dire,
c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière
est un corps humain et vivant ; l’esprit et la matière, dans
l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une
unique nature.
366 L’Église enseigne que chaque âme
spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc.
" Humani generis ", 1950 : DS 3896 ; SPF
8) – elle n’est pas " produite " par les parents
– ; elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V
en 1513 : DS 1440) : elle ne périt pas lors de sa séparation
du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection
finale.
367 Parfois il se trouve que l’âme soit
distinguée de l’esprit. Ainsi S. Paul prie pour que notre " être
tout entier, l’esprit, l’âme et le corps " soit gardé
sans reproche à l’Avènement du Seigneur (1 Th 5, 23). L’Église
enseigne que cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme
(Cc. Constantinople IV en 870 : DS 657). " Esprit "
signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin
surnaturelle (Cc. Vatican I : DS 3005 ; cf. GS 22, § 5), et
que son âme est capable d’être surélevée gratuitement à la
communion avec Dieu (cf. Pie XII, Enc. " Humani generis ",
1950 : DS 3891).
368 La tradition spirituelle de l’Église
insiste aussi sur le cœur, au sens biblique de " fond
de l’être " (Jr 31, 33) où la personne se décide ou non
pour Dieu (cf. Dt 6, 5 ; 29, 3 ; Is 29, 13 ; Ez 36, 26 ;
Mt 6, 21 ; Lc 8, 15 ; Rm 5, 5).
III. " Homme et femme il les créa "
Égalité et différence voulues par Dieu
369 L’homme et la femme sont créés,
c’est-à-dire ils sont voulus par Dieu : dans une parfaite
égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre
part dans leur être respectif d’homme et de femme. " Être
homme ", " être femme " est une réalité
bonne et voulue par Dieu : l’homme et la femme ont une dignité
inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur (cf. Gn
2, 7. 22). L’homme et la femme sont, avec une même dignité, " à
l’image de Dieu ". Dans leur " être-homme "
et leur " être-femme ", ils reflètent la sagesse
et la bonté du Créateur.
370 Dieu n’est aucunement à l’image de
l’homme. Il n’est ni homme ni femme. Dieu est pur esprit en lequel
il n’y a pas place pour la différence des sexes. Mais les " perfections "
de l’homme et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie
perfection de Dieu : celles d’une mère (cf. Is 49, 14-15 ;
66, 13 ; Ps 130, 2-3) et celles d’un père et époux (cf. Os 11,
1-4 ; Jr 3, 4-19).
" L’un pour l’autre " –
" une unité à deux "
371 Créés ensemble, l’homme et la
femme sont voulus par Dieu l’un pour l’autre. La Parole de
Dieu nous le fait entendre par divers traits du texte sacré. " Il
n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une
aide qui lui soit assortie " (Gn 2, 18). Aucun des animaux ne
peut être ce " vis-à-vis " de l’homme (Gn 2,
19-20). La femme que Dieu " façonne " de la côte
tirée de l’homme et qu’il amène à l’homme, provoque de la part
de l’homme un cri d’admiration, une exclamation d’amour et de
communion : " C’est l’os de mes os et la chair de ma
chair " (Gn 2, 23). L’homme découvre la femme comme un
autre " moi ", de la même humanité.
372 L’homme et la femme sont faits " l’un
pour l’autre " : non pas que Dieu ne les aurait faits
qu’" à moitié " et " incomplets " ;
Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun
peut être " aide " pour l’autre parce qu’ils
sont à la fois égaux en tant que personnes (" os de mes
os... ") et complémentaires en tant que masculin et féminin
(MD 7). Dans le mariage, Dieu les unit de manière que, en formant
" une seule chair " (Gn 2, 24), ils puissent
transmettre la vie humaine : " Soyez féconds,
multipliez, emplissez la terre " (Gn 1, 28). En transmettant
à leur descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux
et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur
(cf. GS 50, § 1).
373 Dans le dessein de Dieu, l’homme et la
femme ont la vocation de " soumettre " la terre (cf.
Gn 1, 28) comme " intendants " de Dieu. Cette
souveraineté ne doit pas être une domination arbitraire et
destructrice. A l’image du Créateur " qui aime tout ce qui
existe " (Sg 11, 24), l’homme et la femme sont appelés à
participer à la Providence divine envers les autres créatures. De là,
leur responsabilité pour le monde que Dieu leur a confié.
IV. L’homme au Paradis
374 Le premier homme n’a pas seulement été créé
bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et
une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles
qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création
dans le Christ.
375 L’Église, en interprétant de manière
authentique le symbolisme du langage biblique à la lumière du Nouveau
Testament et de la Tradition, enseigne que nos premiers parents Adam et
Eve ont été constitué dans un état " de sainteté et de
justice originelle " (Cc. Trente : DS 1511). Cette grâce
de la sainteté originelle était une " participation à la
vie divine " (LG 2).
376 Par le rayonnement de cette grâce toutes les
dimensions de la vie de l’homme étaient confortées. Tant qu’il
demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir (cf.
Gn 2, 17 ; 3, 19), ni souffrir (cf. Gn 3, 16). L’harmonie intérieure
de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme (cf. Gn
2, 25), enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création
constituait l’état appelé " justice originelle ".
377 La " maîtrise " du monde
que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait
avant tout chez l’homme lui-même comme maîtrise de soi.
L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre
de la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs
des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de
soi contre les impératifs de la raison.
378 Le signe de la familiarité avec Dieu,
c’est que Dieu le place dans le jardin (cf. Gn 2, 8). Il y vit " pour
cultiver le sol et le garder " (Gn 2, 15) : le travail
n’est pas une peine (cf. Gn 3, 17-19), mais la collaboration de
l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création
visible.
379 C’est toute cette harmonie de la justice
originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera
perdu par le péché de nos premiers parents.
En bref
380 " Dieu, Tu as fait l’homme à ton
image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en Te servant, toi,
son Créateur, il règne sur la création " (MR, prière
eucharistique IV, 118).
381 L’homme est prédestiné à reproduire
l’image du Fils de Dieu fait homme – " image du Dieu
invisible " (Col 1, 15) – afin que le Christ soit le
premier-né d’une multitude de frères et de sœurs (cf. Ep 1, 3-6 ;
Rm 8, 29).
382 L’homme est " un de corps et d’âme "
(GS 14, § 1). La doctrine de la foi affirme que l’âme spirituelle
et immortelle est créée immédiatement par Dieu.
383 " Dieu n’a pas créé l’homme
solitaire : dès l’origine, ‘il les créa homme et femme’
(Gn 1, 27) ; leur société réalise la première forme de
communion entre personnes " (GS 12, § 4).
384 La révélation nous fait connaître l’état
de sainteté et de justice originelles de l’homme et de la femme
avant le péché : de leur amitié avec Dieu découlait la félicité
de leur existence au paradis.
Paragraphe 7. La Chute
385 Dieu est infiniment bon et toutes ses œuvres
sont bonnes. Cependant, personne n’échappe à l’expérience de la
souffrance, des maux dans la nature – qui apparaissent comme liés aux
limites propres des créatures –, et surtout à la question du mal
moral. D’où vient le mal ? " Je cherchais d’où
vient le mal et je ne trouvais pas de solution " dit S.
Augustin (conf. 7, 7, 11), et sa propre quête douloureuse ne trouvera
d’issue que dans sa conversion au Dieu vivant. Car " le mystère
de l’iniquité " (2 Th 2, 7) ne s’éclaire qu’à la lumière
du mystère de la piété (cf. 1 Tm 3, 16). La révélation de l’amour
divin dans le Christ a manifesté à la fois l’étendue du mal et la
surabondance de la grâce (cf. Rm 5, 20). Nous devons donc considérer
la question de l’origine du mal en fixant le regard de notre foi sur
Celui qui, seul, en est le Vainqueur (cf. Lc 11, 21-22 ; Jn 16, 11 ;
1 Jn 3, 8).
I. La où le péché a abondé, la grâce a
surabondé
La réalité du péché
386 Le péché est présent dans l’histoire de
l’homme : il serait vain de tenter de l’ignorer ou de donner à
cette obscure réalité d’autres noms. Pour essayer de comprendre ce
qu’est le péché, il faut d’abord reconnaître le lien profond
de l’homme avec Dieu, car en dehors de ce rapport, le mal du péché
n’est pas démasqué dans sa véritable identité de refus et
d’opposition face à Dieu, tout en continuant à peser sur la vie de
l’homme et sur l’histoire.
387 La réalité du péché, et plus particulièrement
du péché des origines, ne s’éclaire qu’à la lumière de la Révélation
divine. Sans la connaissance qu’elle nous donne de Dieu on ne peut
clairement reconnaître le péché, et on est tenté de l’expliquer
uniquement comme un défaut de croissance, comme une faiblesse
psychologique, une erreur, la conséquence nécessaire d’une structure
sociale inadéquate, etc. C’est seulement dans la connaissance du
dessein de Dieu sur l’homme que l’on comprend que le péché est un
abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour
qu’elles puissent l’aimer et s’aimer mutuellement.
Le péché originel – une vérité essentielle de
la foi
388 Avec la progression de la Révélation est éclairée
aussi la réalité du péché. Bien que le Peuple de Dieu de l’Ancien
Testament ait connu d’une certaine manière la condition humaine à la
lumière de l’histoire de la chute narrée dans la Genèse, il ne
pouvait pas atteindre la signification ultime de cette histoire, qui se
manifeste seulement à la lumière de la Mort et de la Résurrection de
Jésus-Christ (cf. Rm 5, 12-21). Il faut connaître le Christ comme
source de la grâce pour connaître Adam comme source du péché.
C’est l’Esprit-Paraclet, envoyé par le Christ ressuscité, qui est
venu " confondre le monde en matière de péché "
(Jn 16, 8) en révélant Celui qui en est le Rédempteur.
389 La doctrine du péché originel est pour
ainsi dire " le revers " de la Bonne Nouvelle que Jésus
est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du salut et que
le salut est offert à tous grâce au Christ. L’Église qui a le sens
du Christ (cf. 1 Co 2, 16) sait bien qu’on ne peut pas toucher à la révélation
du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ.
Pour lire le récit de la chute
390 Le récit de la chute (Gn 3) utilise un
langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a
eu lieu au commencement de l’histoire de l’homme (cf. GS 13,
§ 1). La Révélation nous donne la certitude de foi que toute
l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement
commise par nos premiers parents (cf. Cc. Trente : DS 1513 ;
Pie XII : DS 3897 ; Paul VI, discours 11 juillet 1966).
II. La chute des anges
391 Derrière le choix désobéissant de nos
premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (cf. Gn
3, 4-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort (cf. Sg 2, 24).
L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange
déchu, appelé Satan ou diable (cf. Jn 8, 44 ; Ap 12, 9). L’Église
enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. " Le
diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu
naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais "
(Cc. Latran IV en 1215 : DS 800).
392 L’Écriture parle d’un péché de
ces anges (cf. 2 P 2, 4). Cette " chute " consiste
dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement
refusé Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion
dans les paroles du tentateur à nos premiers parents : " Vous
deviendrez comme Dieu " (Gn 3, 5). Le diable est " pécheur
dès l’origine " (1 Jn 3, 8), " père du mensonge "
(Jn 8, 44).
393 C’est le caractère irrévocable de
leur choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui
fait que le péché des anges ne peut être pardonné. " Il
n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas
de repentir pour les hommes après la mort " (S. Jean Damascène,
f. o. 2, 4 : PG 94, 877C).
394 L’Écriture atteste l’influence néfaste
de celui que Jésus appelle " l’homicide dès l’origine "
(Jn 8, 44), et qui a même tenté de détourner Jésus de la mission reçue
du Père (cf. Mt 4, 1-11). " C’est pour détruire les œuvres
du diable que le Fils de Dieu est apparu " (1 Jn 3, 8). La
plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère
qui a induit l’homme à désobéir à Dieu.
395 La puissance de Satan n’est cependant pas
infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est
pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher l’édification
du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre
Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de
graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de
nature physique – pour chaque homme et pour la société, cette action
est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige
l’histoire de l’homme et du monde. La permission divine de
l’activité diabolique est un grand mystère, mais " nous
savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment "
(Rm 8, 28).
III. Le péché originel
L’épreuve de la liberté
396 Dieu a créé l’homme à son image et l’a
constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut
vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu.
C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de
l’arbre de la connaissance du bien et du mal, " car du jour
où tu en mangeras, tu mourras " (Gn 2, 17). " L’arbre
de la connaissance du bien et du mal " (Gn 2, 17) évoque
symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature,
doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend
du Créateur, il est soumis aux lois de la création et aux normes
morales qui règlent l’usage de la liberté.
Le premier péché de l’homme
397 L’homme, tenté par le diable, a laissé
mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf. Gn 3, 1-11)
et, en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de
Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme
(cf. Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à
Dieu et un manque de confiance en sa bonté.
398 Dans ce péché, l’homme s’est préféré
lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu : il a
fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de son état
de créature et dès lors contre son propre bien. Constitué dans un état
de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement " divinisé "
par Dieu dans la gloire. Par la séduction du diable, il a voulu " être
comme Dieu " (cf. Gn 3, 5), mais " sans Dieu, et
avant Dieu, et non pas selon Dieu " (S. Maxime le Confesseur,
ambig. : PG 91, 1156C).
399 L’Écriture montre les conséquences
dramatiques de cette première désobéissance. Adam et Eve perdent immédiatement
la grâce de la sainteté originelle (cf. Rm 3, 23). Ils ont peur de ce
Dieu (cf. Gn 3, 9-10) dont ils ont conçu une fausse image, celle d’un
Dieu jaloux de ses prérogatives (cf. Gn 3, 5).
400 L’harmonie dans laquelle ils étaient, établie
grâce à la justice originelle, est détruite ; la maîtrise des
facultés spirituelles de l’âme sur le corps est brisée (cf. Gn 3,
7) ; l’union de l’homme et de la femme est soumise à des
tensions (cf. Gn 3, 11-13) ; leurs rapports seront marqués par la
convoitise et la domination (cf. Gn 3, 16). L’harmonie avec la création
est rompue : la création visible est devenue pour l’homme étrangère
et hostile (cf. Gn 3, 17. 19). A cause de l’homme, la création est
soumise " à la servitude de la corruption " (Rm 8,
20). Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance
(cf. Gn 2, 17) se réalisera : l’homme " retournera à
la poussière de laquelle il est formé " (Gn 3, 19). La
mort fait son entrée dans l’histoire de l’humanité (cf. Rm 5,
12).
401 Depuis ce premier péché, une véritable
" invasion " du péché inonde le monde : le
fratricide commis par Caïn sur Abel (cf. Gn 4, 3-15) ; la
corruption universelle à la suite du péché (cf. Gn 6, 5. 12 ; Rm
1, 18-32) ; de même, dans l’histoire d’Israël, le péché se
manifeste fréquemment, surtout comme une infidélité au Dieu de
l’alliance et comme transgression de la Loi de Moïse ; après la
Rédemption du Christ aussi, parmi les chrétiens, le péché se
manifeste de nombreuses manières (cf. 1 Co 1-6 ; Ap 2-3). L’Écriture
et la Tradition de l’Église ne cessent de rappeler la présence et l’universalité
du péché dans l’histoire de l’homme :
Ce que la révélation divine nous découvre,
notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde
au-dedans de son cœur, se découvre également enclin au mal,
submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur,
qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son
principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui
l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu
toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux
autres hommes et à toute la création (GS 13, § 1).
Conséquences du péché d’Adam pour l’humanité
402 Tous les hommes sont impliqués dans le péché
d’Adam. S. Paul l’affirme : " Par la désobéissance
d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a été
constituée pécheresse " (Rm 5, 19) : " De même
que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché
la mort, et qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait
que tous ont péché... " (Rm 5, 12). A l’universalité du péché
et de la mort l’apôtre oppose l’universalité du salut dans le
Christ : " Comme la faute d’un seul a entraîné sur
tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un
seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la
vie " (Rm 5, 18).
403 A la suite de S. Paul l’Église a toujours
enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur
inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur
lien avec le péché d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché
dont nous naissons tous affectés et qui est " mort de l’âme "
(cf. Cc. Trente : DS 1512). En raison de cette certitude de foi,
l’Église donne le Baptême pour la rémission des péchés même aux
petits enfants qui n’ont pas commis de péché personnel (cf. Cc.
Trente : DS 1514).
404 Comment le péché d’Adam est-il devenu le
péché de tous ses descendants ? Tout le genre humain est en Adam
" comme l’unique corps d’un homme unique " (S.
Thomas d’A., mal. 4, 1) Par cette " unité du genre humain "
tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous
sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du
péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre
pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu
la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour
toute la nature humaine : en cédant au tentateur, Adam et Eve
commettent un péché personnel, mais ce péché affecte la nature
humaine qu’ils vont transmettre dans un état déchu (cf.
Cc. Trente : DS 1511-1512). C’est un péché qui sera transmis
par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la
transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la
justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé
" péché " de façon analogique : c’est un péché
" contracté " et non pas " commis ",
un état et non pas un acte.
405 Quoique propre à chacun (cf. Cc. Trente :
DS 1513), le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un
caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et
de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas totalement
corrompue : elle est blessée dans ses propres forces naturelles,
soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort,
et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée " concupiscence ").
Le Baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché
originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la
nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et
l’appellent au combat spirituel.
406 La doctrine de l’Église sur la
transmission du péché originel s’est précisée surtout au cinquième
siècle, en particulier sous l’impulsion de la réflexion de S.
Augustin contre le pélagianisme, et au seizième siècle, en opposition
à la Réforme protestante. Pélage tenait que l’homme pouvait, par la
force naturelle de sa volonté libre, sans l’aide nécessaire de la grâce
de Dieu, mener une vie moralement bonne ; il réduisait ainsi
l’influence de la faute d’Adam à celle d’un mauvais exemple. Les
premiers réformateurs protestants, au contraire, enseignaient que
l’homme était radicalement perverti et sa liberté annulée par le péché
des origines ; ils identifiaient le péché hérité par chaque
homme avec la tendance au mal (concupiscentia), qui serait
insurmontable. L’Église s’est spécialement prononcée sur le sens
du donné révélé concernant le péché originel au deuxième Concile
d’Orange en 529 (cf. DS 371-372) et au Concile de Trente en 1546 (cf.
DS 1510-1516).
Un dur combat...
407 La doctrine sur le péché originel – liée
à celle de la Rédemption par le Christ – donne un regard de
discernement lucide sur la situation de l’homme et de son agir dans le
monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une
certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le
péché originel entraîne " la servitude sous le pouvoir de
celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable "
(Cc. Trente : DS 1511 ; cf. He 2, 14). Ignorer que l’homme a
une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs
dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action
sociale (cf. CA 25) et des mœurs.
408 Les conséquences du péché originel et de
tous les péchés personnels des hommes confèrent au monde dans son
ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par
l’expression de Saint Jean : " le péché du monde "
(Jn 1, 29). Par cette expression on signifie aussi l’influence négative
qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les
structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes (cf. RP
16).
409 Cette situation dramatique du monde qui
" tout entier gît au pouvoir du mauvais " (1 Jn 5,
19 ; cf. 1 P 5, 8) fait de la vie de l’homme un combat :
Un dur combat contre les puissances des ténèbres
passe à travers toute l’histoire des hommes ; commencé dès
les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au
dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse
combattre pour s’attacher au bien ; et non sans grands
efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité
intérieure (GS 37, § 2).
IV. " Tu ne l’as pas abandonné au
pouvoir de la mort "
410 Après sa chute, l’homme n’a pas été
abandonné par Dieu. Au contraire, Dieu l’appelle (cf. Gn 3, 9) et lui
annonce de façon mystérieuse la victoire sur le mal et le relèvement
de sa chute (cf. Gn 3, 15). Ce passage de la Genèse a été appelé
" Protévangile ", étant la première annonce du
Messie rédempteur, celle d’un combat entre le serpent et la Femme et
de la victoire finale d’un descendant de celle-ci.
411 La tradition chrétienne voit dans ce passage
une annonce du " nouvel Adam " (cf. 1 Co 15, 21-22.
45) qui, par son " obéissance jusqu’à la mort de la Croix "
(Ph 2, 8) répare en surabondance la désobéissance d’Adam (cf. Rm 5,
19-20). Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l’Église
voient dans la femme annoncée dans le " protévangile "
la mère du Christ, Marie, comme " nouvelle Eve ".
Elle a été celle qui, la première et d’une manière unique, a bénéficié
de la victoire sur le péché remportée par le Christ : elle a été
préservée de toute souillure du péché originel (cf. Pie IX : DS
2803) et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de
Dieu, elle n’a commis aucune sorte de péché (cf. Cc. Trente :
DS 1573).
412 Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché
le premier homme de pécher ? S. Léon le Grand répond :
" La grâce ineffable du Christ nous a donné des biens
meilleurs que ceux que l’envie du démon nous avait ôtés "
(serm. 73, 4 : PL 54, 396). Et S. Thomas d’Aquin : " Rien
ne s’oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin
plus haute après le péché. Dieu permet, en effet, que les maux se
fassent pour en tirer un plus grand bien. D’où le mot de S. Paul :
‘Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé’ (Rm 5, 20).
Et le chant de l’‘Exultet’ : ‘O heureuse faute qui a mérité
un tel et un si grand Rédempteur’ " (S. Thomas d’A., s.
th. 3, 1, 3, ad 3 ; l’Exsultet chante ces paroles de saint
Thomas).
En bref
413 " Dieu n’a pas fait la mort, il ne
se réjouit pas de la perte des vivants (...). C’est par l’envie
du diable que la mort est entrée dans le monde " (Sg 1, 13 ;
2, 24).
414 Satan ou le diable et les autres démons sont
des anges déchus pour avoir librement refusé de servir Dieu et son
dessein. Leur choix contre Dieu est définitif. Ils tentent
d’associer l’homme à leur révolte contre Dieu.
415 " Établi par Dieu dans un état de
sainteté, l’homme séduit par le Malin, dès le début de
l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et
en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu " (GS 13, §
1).
416 Par son péché, Adam, en tant que premier
homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu’il avait reçues
de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains.
417 A leur descendance, Adam et Eve ont transmis la
nature humaine blessée par leur premier péché, donc privée de la
sainteté et la justice originelles. Cette privation est appelée
" péché originel ".
418 En conséquence du péché originel, la nature
humaine est affaiblie dans ses forces, soumise à l’ignorance, à la
souffrance et à la domination de la mort, et inclinée au péché
(inclination appelée " concupiscence ").
419 " Nous tenons donc, avec le Concile
de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature
humaine, ‘non par imitation, mais par propagation’, et qu’il est
ainsi ‘propre à chacun’ " (SPF 16).
420 La victoire sur le péché remportée par le
Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché nous
avait ôtés : " La où le péché a abondé, la grâce
a surabondé " (Rm 5, 20).
421 " Pour la foi des chrétiens, ce
monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du créateur ;
il est tombé, certes, sous l’esclavage du péché, mais le Christ,
par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et
l’a libéré... " (GS 2, § 2).
CHAPITRE DEUXIÈME
JE CROIS EN JÉSUS-CHRIST, LE FILS UNIQUE DE DIEU
La Bonne Nouvelle : Dieu a envoyé son Fils
422 " Mais quand vint la plénitude du
temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi,
afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption
filiale " (Ga 4, 4-5). Voici " la Bonne Nouvelle
touchant Jésus-Christ, Fils de Dieu " (Mc 1, 1) : Dieu a
visité son peuple (cf. Lc 1, 68), il a accompli les promesses faites à
Abraham et à sa descendance (cf. Lc 1, 55) ; il l’a fait
au-delà de toute attente : Il a envoyé son " Fils
bien-aimé " (Mc 1, 11).
423 Nous croyons et confessons que Jésus de
Nazareth, né juif d’une fille d’Israël, à Bethléem, au temps du
roi Hérode le Grand et de l’empereur César Auguste ; de son
métier charpentier, mort crucifié à Jérusalem, sous le procureur
Ponce Pilate, pendant le règne de l’empereur Tibère, est le Fils
éternel de Dieu fait homme, qu’il est " sorti de
Dieu " (Jn 13, 3), " descendu du ciel "
(Jn 3, 13 ; 6, 33), " venu dans la chair " (1
Jn 4, 2), car " le Verbe s’est fait chair et il a habité
parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son
Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité (...). Oui, de
sa plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce "
(Jn 1, 14. 16).
424 Mûs par la grâce de l’Esprit Saint et
attirés par le Père nous croyons et nous confessons au sujet de
Jésus : " Tu es le Christ, le Fils du Dieu
Vivant " (Mt 16, 16). C’est sur le roc de cette foi,
confessée par S. Pierre, que le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16,
18 ; S. Léon le Grand, serm. 4, 3 : PL 54, 151 ; 51,
1 : PL 54, 309B ; 62, 2 : PL 350C-351A ; 83,
3 : PL 54, 432A).
" Annoncer l’insondable richesse du
Christ " (Ep 3, 8)
425 La transmission de la foi chrétienne, c’est
d’abord l’annonce de Jésus-Christ, pour conduire à la foi en Lui.
Dès le commencement, les premiers disciples ont brûlé du désir d’annoncer
le Christ : " Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas
publier ce que nous avons vu et entendu " (Ac 4, 20). Et ils
invitent les hommes de tous les temps à entrer dans la joie de leur
communion avec le Christ :
Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu
de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont
touché du Verbe de vie ; – car la vie s’est
manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage
et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était auprès du
Père et qui nous est apparue ; – ce que nous avons vu et
entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en
communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le
Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons
pour que notre joie soit complète (1 Jn 1, 1-4).
Au cœur de la catéchèse : le Christ
426 " Au cœur de la catéchèse nous
trouvons essentiellement une Personne, celle de Jésus de Nazareth, Fils
unique du Père (...), qui a souffert et qui est mort pour nous et qui
maintenant, ressuscité, vit avec nous pour toujours (...). Catéchiser
(...), c’est dévoiler dans la Personne du Christ tout le dessein
éternel de Dieu. C’est chercher à comprendre la signification des
gestes et des paroles du Christ, des signes réalisés par
lui " (CT 5). Le but de la catéchèse :
" Mettre en communion avec Jésus-Christ : lui seul peut
conduire à l’amour du Père dans l’Esprit et nous faire participer
à la vie de la Trinité Sainte " (ibid.).
427 " Dans la catéchèse, c’est le
Christ, Verbe incarné et Fils de Dieu, qui est enseigné – tout le
reste l’est en référence à lui ; et seul le Christ enseigne,
tout autre le fait dans la mesure où il est son porte-parole,
permettant au Christ d’enseigner par sa bouche (...). Tout catéchiste
devrait pouvoir s’appliquer à lui-même la mystérieuse parole de
Jésus : ‘Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a
envoyé’ (Jn 7, 16) " (ibid., 6).
428 Celui qui est appelé à
" enseigner le Christ ", doit donc d’abord
chercher " ce gain suréminent qu’est la connaissance du
Christ " ; il faut " accepter de tout perdre
(...) afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui ",
et de " le connaître, lui, avec la puissance de sa
résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme
dans la mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les
morts " (Ph 3, 8-11).
429 C’est de cette connaissance amoureuse du
Christ que jaillit le désir de L’annoncer, d’" évangéliser ",
et de conduire d’autres au " oui " de la foi en
Jésus-Christ. Mais en même temps se fait sentir le besoin de toujours
mieux connaître cette foi. A cette fin, en suivant l’ordre du Symbole
de la foi, seront d’abord présentés les principaux titres de
Jésus : le Christ, le Fils de Dieu, le Seigneur (article 2).
Le Symbole confesse ensuite les principaux mystères de la vie du
Christ : ceux de son Incarnation (article 3), ceux de sa
Pâque (articles
4 et 5), enfin ceux de sa glorification (articles 6 et 7).
ARTICLE 2
" ET EN JÉSUS-CHRIST, SON FILS UNIQUE,
NOTRE SEIGNEUR "
I. Jésus
430 Jésus veut dire en hébreu :
" Dieu sauve ". Lors de l’Annonciation, l’ange
Gabriel lui donne comme nom propre le nom de Jésus qui exprime à la
fois son identité et sa mission (cf. Lc 1, 31). Puisque
" Dieu seul peut remettre les péchés " (Mc 2, 7),
c’est lui qui, en Jésus, son Fils éternel fait homme
" sauvera son peuple de ses péchés " (Mt 1, 21).
En Jésus, Dieu récapitule ainsi toute son histoire de salut en faveur
des hommes.
431 Dans l’histoire du salut, Dieu ne s’est
pas contenté de délivrer Israël de " la maison de
servitude " (Dt 5, 6) en le faisant sortir d’Égypte. Il le
sauve encore de son péché. Parce que le péché est toujours une
offense faite à Dieu (cf. Ps 51, 6), c’est Lui seul qui peut l’absoudre
(cf. Ps 51, 12). C’est pourquoi Israël, en prenant de plus en plus
conscience de l’universalité du péché, ne pourra plus chercher le
salut que dans l’invocation du nom du Dieu Rédempteur (cf. Ps 79, 9).
432 Le nom de Jésus signifie que le nom même de
Dieu est présent en la personne de son Fils (cf. Ac 5, 41 ; 3 Jn
7) fait homme pour la rédemption universelle et définitive des
péchés. Il est le nom divin qui seul apporte le salut (cf. Jn 3,
5 ; Ac 2, 21) et il peut désormais être invoqué de tous car il s’est
uni à tous les hommes par l’Incarnation (cf. Rm 10, 6-13) de telle
sorte qu’" il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné
aux hommes par lequel nous puissions être sauvés " (Ac 4,
12 ; cf. Ac 9, 14 ; Jc 2, 7).
433 Le nom du Dieu Sauveur était invoqué une
seule fois par an par le grand prêtre pour l’expiation des péchés d’Israël,
quand il avait aspergé le propitiatoire du Saint des Saints avec le
sang du sacrifice (cf. Lv 16, 15-16 ; Si 50, 20 ; He 9, 7). Le
propitiatoire était le lieu de la présence de Dieu (cf. Ex 25,
22 ; Lv 16, 2 ; Nb 7, 89 ; He 9, 5). Quand S. Paul dit de
Jésus que " Dieu l’a destiné à être propitiatoire par
son propre sang " (Rm 3, 25), il signifie que dans l’humanité
de celui-ci, " c’était Dieu qui dans le Christ se
réconciliait le monde " (2 Co 5, 19).
434 La Résurrection de Jésus glorifie le nom du
Dieu Sauveur (cf. Jn 12, 28) car désormais, c’est le nom de Jésus
qui manifeste en plénitude la puissance suprême du " nom
au-dessus de tout nom " (Ph 2, 9-10). Les esprits mauvais
craignent son nom (cf. Ac 16, 16-18 ; 19, 13-16) et c’est en son
nom que les disciples de Jésus font des miracles (cf. Mc 16, 17), car
tout ce qu’ils demandent au Père en son nom, celui-ci le leur accorde
(Jn 15, 16).
435 Le nom de Jésus est au cœur de la prière
chrétienne. Toutes les oraisons liturgiques se concluent par la formule
" par notre Seigneur Jésus-Christ ". Le
" Je vous salue, Marie " culmine dans " et
Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni ". La prière du
cœur orientale appelée " prière à Jésus "
dit : " Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur prend
pitié de moi pécheur ". De nombreux chrétiens meurent en
ayant, comme Ste Jeanne d’Arc, le seul mot de
" Jésus " aux lèvres (cf. P. Doncoeur et Y.
Lanhers, La réhabilitation de Jeanne la Pucelle, p. 39. 45. 56).
II. Christ
436 Christ vient de la traduction grecque du
terme hébreu " Messie " qui veut dire
" oint ". Il ne devient le nom propre de Jésus que
parce que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu’il
signifie. En effet en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui
étaient consacrés pour une mission venant de lui. C’était le cas
des rois (cf. 1 S 9, 16 ; 10, 1 ; 16, 1. 12-13 ; 1 R 1,
39), des prêtres (cf. Ex 29, 7 ; Lv 8, 12) et, en de rares cas,
des prophètes (cf. 1 R 19, 16). Ce devait être par excellence le cas
du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement son Royaume
(cf. Ps 2, 2 ; Ac 4, 26-27). Le Messie devait être oint par l’Esprit
du Seigneur (cf. Is 11, 2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4,
14 ; 6, 13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61, 1 ; Lc 4,
16-21). Jésus a accompli l’espérance messianique d’Israël dans sa
triple fonction de prêtre, de prophète et de roi .
437 L’ange a annoncé aux bergers la naissance
de Jésus comme celle du Messie promis à Israël :
" Aujourd’hui, dans la ville de David vous est né un
Sauveur qui est le Christ Seigneur " (Lc 2, 11). Dès l’origine
il est " celui que le Père a consacré et envoyé dans le
monde " (Jn 10, 36), conçu comme
" saint " (Lc 1, 35) dans le sein virginal de Marie.
Joseph a été appelé par Dieu à " prendre chez lui Marie
son épouse " enceinte de " ce qui a été engendré
en elle par l’Esprit Saint " (Mt 1, 21) afin que Jésus
" que l’on appelle Christ " naisse de l’épouse
de Joseph dans la descendance messianique de David (Mt 1, 16 ; cf.
Rm 1, 3 ; 2 Tm 2, 8 ; Ap 22, 16).
438 La consécration messianique de Jésus
manifeste sa mission divine. " C’est d’ailleurs ce qu’indique
son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu Celui qui
a oint, Celui qui a été oint et l’Onction même dont il a été
oint : Celui qui a oint, c’est le Père, Celui qui a été oint,
c’est le Fils, et il l’a été dans l’Esprit qui est l’Onction "
(S. Irénée, hær. 3, 18, 3). Sa consécration messianique éternelle s’est
révélée dans le temps de sa vie terrestre lors de son baptême par
Jean quand " Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de
puissance " (Ac 10, 38) " pour qu’il fût
manifesté à Israël " (Jn 1, 31) comme son Messie. Ses
œuvres et ses paroles le feront connaître comme " le saint
de Dieu " (Mc 1, 24 ; Jn 6, 69 ; Ac 3, 14).
439 De nombreux juifs et même certains païens
qui partageaient leur espérance ont reconnu en Jésus les traits
fondamentaux du " fils de David " messianique promis
par Dieu à Israël (cf. Mt 2, 2 ; 9, 27 ; 12, 23 ; 15,
22 ; 20, 30 ; 21, 9. 15). Jésus a accepté le titre de Messie
auquel il avait droit (cf. Jn 4, 25-26 ; 11, 27), mais non sans
réserve parce que celui-ci était compris par une partie de ses
contemporains selon une conception trop humaine (cf. Mt 22, 41-46),
essentiellement politique (cf. Jn 6, 15 ; Lc 24, 21).
440 Jésus a accueilli la profession de foi de
Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en annonçant la passion
prochaine du Fils de l’Homme (cf. Mt 16, 16-23). Il a dévoilé le
contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans l’identité
transcendante du Fils de l’Homme " qui est descendu du
ciel " (Jn 3, 13 ; cf. Jn 6, 62 ; Dn 7, 13) et dans
sa mission rédemptrice comme Serviteur souffrant : " Le
Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et
donner sa vie en rançon pour la multitude " (Mt 20, 28 ;
cf. Is 53, 10-12). C’est pourquoi le vrai sens de sa royauté n’est
manifesté que du haut de la Croix (cf. Jn 19, 19-22 ; Lc 23,
39-43). C’est seulement après sa Résurrection que sa royauté
messianique pourra être proclamée par Pierre devant le Peuple de
Dieu : " Que toute la maison d’Israël le sache avec
certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous,
vous avez crucifié " (Ac 2, 36).
III. Fils unique de Dieu
441 Fils de Dieu, dans l’Ancien Testament, est
un titre donné aux anges (cf. Dt 32, 8 ; Jb 1, 6), au peuple de l’Élection
(cf. Ex 4, 22 ; Os 11, 1 ; Jr 3, 19 ; Si 36, 11 ; Sg
18, 13), aux enfants d’Israël (cf. Dt 14, 1 ; Os 2, 1) et à
leurs rois (cf. 2 S 7, 14 ; Ps 82, 6). Il signifie alors une
filiation adoptive qui établit entre Dieu et sa créature des relations
d’une intimité particulière. Quand le Roi-Messie promis est dit
" fils de Dieu " (cf. 1 Ch 17, 13 ; Ps 2, 7),
cela n’implique pas nécessairement, selon le sens littéral de ces
textes, qu’il soit plus qu’humain. Ceux qui ont désigné ainsi
Jésus en tant que Messie d’Israël (cf. Mt 27, 54) n’ont peut-être
pas voulu dire davantage (cf. Lc 23, 47).
442 Il n’en va pas de même pour Pierre quand
il confesse Jésus comme " le Christ, le Fils du Dieu
vivant " (Mt 16, 16) car celui-ci lui répond avec
solennité : " Cette
révélation ne t’est pas venue de la chair et du sang mais de
mon Père qui est dans les cieux " (Mt 16, 17).
Parallèlement Paul dira à propos de sa conversion sur le chemin de
Damas : " Quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis
à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour
que je l’annonce parmi les païens... " (Ga 1, 15-16).
" Aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues,
proclamant qu’il est le Fils de Dieu " (Ac 9, 20). Ce sera
dès le début (cf. 1 Th 1, 10) le centre de la foi apostolique (cf. Jn
20, 31) professée d’abord par Pierre comme fondement de l’Église
(cf. Mt 16, 18).
443 Si Pierre a pu reconnaître le caractère
transcendant de la filiation divine de Jésus Messie, c’est que
celui-ci l’a nettement laissé entendre. Devant le Sanhédrin, à la
demande de ses accusateurs : " Tu es donc le Fils de
Dieu ", Jésus a répondu : " Vous le dites
bien, je le suis " (Lc 22, 70 ; cf. Mt 26, 64 ; Mc
14, 61). Bien avant déjà, Il s’est désigné comme " le
Fils " qui connaît le Père (cf. Mt 11, 27 ; 21, 37-38),
qui est distinct des " serviteurs " que Dieu a
auparavant envoyés à son peuple (cf. Mt 21, 34-36), supérieur aux
anges eux-mêmes (cf. Mt 24, 36). Il a distingué sa filiation de celle
de ses disciples en ne disant jamais " notre Père "
(cf. Mt 5, 48 ; 6, 8 ; 7, 21 ; Lc 11, 13) sauf pour leur
ordonner " vous donc priez ainsi : Notre
Père " (Mt 6, 9) ; et il a souligné cette
distinction : " Mon Père et votre Père " (Jn
20, 17).
444 Les Évangiles rapportent en deux moments
solennels, le Baptême et la transfiguration du Christ, la voix du Père
qui Le désigne comme son " Fils bien-aimé " (cf.
Mt 3, 17 ; 17, 5). Jésus se désigne Lui-même comme
" le Fils Unique de Dieu " (Jn 3, 16) et affirme par
ce titre sa préexistence éternelle (cf. Jn 10, 36). Il demande la foi
" au nom du Fils unique de Dieu " (Jn 3, 18). Cette
confession chrétienne apparaît déjà dans l’exclamation du
centurion face à Jésus en croix : " Vraiment cet homme
était Fils de Dieu " (Mc 15, 39). Dans le mystère pascal
seulement le croyant peut donner sa portée ultime au titre de
" Fils de Dieu ".
445 C’est après sa Résurrection que sa
filiation divine apparaît dans la puissance de son humanité
glorifiée : " Selon l’Esprit qui sanctifie, par sa
Résurrection d’entre les morts, il a été établi comme Fils de Dieu
dans sa puissance " (Rm 1, 4 ; cf. Ac 13, 33). Les
apôtres pourront confesser : " Nous avons vu sa gloire,
gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et
de vérité " (Jn 1, 14).
IV. Seigneur
446 Dans la traduction grecque des livres de l’Ancien
Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s’est révélé à Moïse
(cf. Ex 3, 14), YHWH, est rendu par Kyrios
(" Seigneur ").
Seigneur devient dès lors le nom le plus habituel pour
désigner la divinité même du Dieu d’Israël. C’est dans ce sens
fort que le Nouveau Testament utilise le titre de
" Seigneur " à la fois pour le Père, mais aussi,
et c’est là la nouveauté, pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu
lui-même (cf. 1 Co 2, 8).
447 Jésus lui-même s’attribue de façon
voilée ce titre lorsqu’il discute avec les Pharisiens sur le sens du
Psaume 109 (cf. Mt 22, 41-46 ; cf. aussi Ac 2, 34-36 ; He 1,
13), mais aussi de manière explicite en s’adressant à ses apôtres
(cf. Jn 13, 13). Tout au long de sa vie publique ses gestes de
domination sur la nature, sur les maladies, sur les démons, sur la mort
et le péché, démontraient sa souveraineté divine.
448 Très souvent, dans les Évangiles, des
personnes s’adressent à Jésus en l’appelant
" Seigneur ". Ce titre exprime le respect et la
confiance de ceux qui s’approchent de Jésus et qui attendent de lui
secours et guérison (cf. Mt 8, 2 ; 14, 30 ; 15, 22 ;
e.a.). Sous la motion de l’Esprit Saint, il exprime la reconnaissance
du mystère divin de Jésus (cf. Lc 1, 43 ; 2, 11). Dans la
rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration :
" Mon Seigneur et mon Dieu ! " (Jn 20, 28). Il
prend alors une connotation d’amour et d’affection qui va rester le
propre de la tradition chrétienne : " C’est le
Seigneur ! " (Jn 21, 7).
449 En attribuant à Jésus le titre divin de
Seigneur, les premières confessions de foi de l’Église affirment,
dès l’origine (cf. Ac 2, 34-36), que le pouvoir, l’honneur et la
gloire dus à Dieu le Père conviennent aussi à Jésus (cf. Rm 9,
5 ; Tt 2, 13 ; Ap 5, 13) parce qu’il est de
" condition divine " (Ph 2, 6) et que le Père a
manifesté cette souveraineté de Jésus en le ressuscitant des morts et
en l’exaltant dans sa gloire (cf. Rm 10, 9 ; 1 Co 12, 3 ; Ph
2, 11).
450 Dès le commencement de l’histoire
chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et
sur l’histoire (cf. Ap 11, 15) signifie aussi la reconnaissance que l’homme
ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun
pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur
Jésus-Christ : César n’est pas " le
Seigneur " (cf. Mc 12, 17 ; Ac 5, 29). " L’Église
croit (...) que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine
se trouve en son Seigneur et Maître " (GS 10, § 2 ; cf.
45, § 2).
451 La prière chrétienne est marquée par le
titre " Seigneur ", que ce soit l’invitation à la
prière " le Seigneur soit avec vous ", ou la
conclusion de la prière " par Jésus-Christ notre
Seigneur " ou encore le cri plein de confiance et d’espérance :
" Maran
atha " (" le Seigneur vient ! ")
ou " Marana tha " (" Viens,
Seigneur ! ") (1 Co 16, 22) : " Amen,
viens, Seigneur Jésus ! " (Ap 22, 20).
En bref
452 Le nom de Jésus signifie " Dieu
qui sauve ". L’enfant né de la Vierge Marie est appelé
" Jésus " " car c’est Lui qui
sauvera son peuple de ses péchés " (Mt 1, 21) :
" Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux
hommes par lequel il nous faille être sauvés " (Ac 4,
12).
453 Le nom de Christ signifie
" oint ", " Messie ". Jésus
est le Christ car " Dieu L’a oint de l’Esprit Saint et
de puissance " (Ac 10, 38). Il était " celui
qui doit venir " (Lc 7, 19), l’objet de " l’espérance
d’Israël " (Ac 28, 20).
454 Le nom de Fils de Dieu signifie la relation
unique et éternelle de Jésus-Christ à Dieu son Père : Il
est le Fils unique du Père (cf. Jn 1, 14. 18 ; 3, 16. 18) et
Dieu lui-même (cf. Jn 1, 1). Croire que Jésus-Christ est le Fils
de Dieu est nécessaire pour être chrétien (cf. Ac 8, 37 ; 1
Jn 2, 23).
455 Le nom de Seigneur signifie la souveraineté
divine. Confesser ou invoquer Jésus comme Seigneur, c’est croire
en sa divinité. " Nul ne peut dire ‘Jésus est Seigneur’
s’il n’est avec l’Esprit Saint " (1 Co 12, 3).
ARTICLE 3
" JÉSUS-CHRIST A ÉTÉ CONÇU DU SAINT-ESPRIT, IL EST NÉ DE
LA VIERGE MARIE "
Paragraphe 1. Le Fils de Dieu s’est fait homme
I. Pourquoi le Verbe s’est-il fait chair
456 Avec le Credo de Nicée-Constantinople, nous
répondons en confessant : " Pour nous les hommes et
pour notre salut Il descendit du ciel ; par l’Esprit Saint,
Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ".
457 Le Verbe s’est fait chair pour nous
sauver en nous réconciliant avec Dieu : " C’est
Dieu qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de
propitiation pour nos péchés " (1 Jn 4, 10). " Le
Père a envoyé son Fils, le sauveur du monde " (1 Jn 4, 14).
" Celui-là a paru pour ôter les péchés " (1 Jn
3, 5) :
Malade, notre nature demandait à être
guérie ; déchue, à être relevée ; morte, à être
ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait
nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous
porter la lumière ; captifs, nous attendions un sauveur ;
prisonniers, un secours ; esclaves, un libérateur. Ces
raisons-là étaient-elles sans importance ? Ne
méritaient-elles pas d’émouvoir Dieu au point de le faire
descendre jusqu’à notre nature humaine pour la visiter, puisque l’humanité
se trouvait dans un état si misérable et si malheureux ? (S.
Grégoire de Nysse, or. catech. 15 : PG 45, 48B).
458 Le Verbe s’est fait chair pour que nous
connaissions ainsi l’amour de Dieu : " En ceci s’est
manifesté l’amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils
unique dans le monde afin que nous vivions par lui " (1 Jn 4,
9). " Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils
unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie
éternelle " (Jn 3, 16).
459 Le Verbe s’est fait chair pour être
notre modèle de sainteté : " Prenez sur vous mon
joug et apprenez de moi... " (Mt 11, 29). " Je suis
la voie, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père sans passer
par moi " (Jn 14, 6). Et le Père, sur la montagne de la
Transfiguration, ordonne : " Écoutez-le " (Mc
9, 7 ; cf. Dt 6, 4-5). Il est en effet le modèle des Béatitudes
et la norme de la Loi nouvelle : " Aimez-vous les uns les
autres comme je vous ai aimés " (Jn 15, 12). Cet amour
implique l’offrande effective de soi-même à sa suite (cf. Mc 8, 34).
460 Le Verbe s’est fait chair pour nous
rendre " participants de la nature divine " (2 P
1, 4) : " Car telle est la raison pour laquelle le Verbe
s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est
pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant
ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu " (S.
Irénée, hær. 3, 19, 1). " Car le Fils de Dieu s’est fait
homme pour nous faire Dieu " (S. Athanase, inc. 54, 3 :
PG 25, 192B). " Le Fils unique de Dieu, voulant que nous
participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait
homme, fit les hommes Dieu " (S. Thomas d’A., opusc. 57 in
festo Corp. Chr. 1).
II. L’Incarnation
461 Reprenant l’expression de S. Jean
(" Le Verbe s’est fait chair " : Jn 1, 14), l’Église
appelle " Incarnation " le fait que le Fils de Dieu
ait assumé une nature humaine pour accomplir en elle notre salut. Dans
une hymne attestée par S. Paul, l’Église chante le mystère de l’Incarnation :
" Ayez entre vous les mêmes sentiments
qui furent dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne
retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit
lui-même prenant condition d’esclave et devenant semblable aux
hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus
encore, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la
Croix ! " (Ph 2, 5-8 ; cf. LH, cantique des
Vêpres du samedi).
462 L’épître aux Hébreux parle du même
mystère :
C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le
Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ;
mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocauste
ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : Voici, je
viens (...) pour faire ta volonté (He 10, 5-7, citant Ps 40, 7-9
LXX).
463 La foi en l’Incarnation véritable du Fils
de Dieu est le signe distinctif de la foi chrétienne :
" A ceci reconnaissez l’esprit de Dieu : Tout esprit
qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu " (1
Jn 4, 2). C’est là la joyeuse conviction de l’Église dès son
commencement, lorsqu’elle chante " le grand mystère de la
piété " : " Il a été manifesté dans la
chair " (1 Tm 3, 16).
III. Vrai Dieu et vrai homme
464 L’événement unique et tout à fait
singulier de l’Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que
Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu’il soit le
résultat du mélange confus entre le divin et l’humain. Il s’est
fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai
Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l’Église a dû la
défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des
hérésies qui la falsifiaient.
465 Les premières hérésies ont moins nié la
divinité du Christ que son humanité vraie (docétisme gnostique). Dès
les temps apostolique la foi chrétienne a insisté sur la vraie
incarnation du Fils de Dieu, " venu dans la chair "
(cf. 1 Jn 4, 2-3 ; 2 Jn 7). Mais dès le troisième siècle, l’Église
a dû affirmer contre Paul de Samosate, dans un Concile réuni à
Antioche, que Jésus-Christ est Fils de Dieu par nature et non par
adoption. Le premier Concile œcuménique de Nicée, en 325, confessa
dans son Credo que le Fils de Dieu est " engendré, non pas
créé, de la même substance (homousios – DS 125) que le
Père " et condamna Arius qui affirmait que " le
Fils de Dieu est sorti du néant " (DS 130) et qu’il serait
" d’une autre substance que le Père " (DS 126).
466 L’hérésie nestorienne voyait dans le
Christ une personne humaine conjointe à la personne divine du Fils de
Dieu. Face à elle S. Cyrille d’Alexandrie et le troisième Concile
œcuménique réuni à Ephèse en 431 ont confessé que " le
Verbe, en s’unissant dans sa personne une chair animée par une âme
rationnelle, est devenu homme " (DS 250). L’humanité du
Christ n’a d’autre sujet que la personne divine du Fils de Dieu qui
l’a assumée et faite sienne dès sa conception. Pour cela le Concile
d’Ephèse a proclamé en 431 que Marie est devenue en toute vérité
Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu dans son
sein : " Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a
tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’il
tient le corps sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa
personne le Verbe est dit naître selon la chair " (DS 251).
467 Les monophysites affirmaient que la nature
humaine avait cessé d’exister comme telle dans le Christ en étant
assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. Confronté à cette
hérésie, le quatrième Concile œcuménique, à Chalcédoine, a
confessé en 451 :
A la suite des saints Pères, nous enseignons
unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur
Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en
humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d’une
âme rationnelle et d’un corps, consubstantiel au Père selon la
divinité, consubstantiel à nous selon l’humanité,
" semblable à nous en tout, à l’exception du
péché " (He 4, 15) ; engendré du Père avant tout
les siècles selon la divinité, et en ces derniers jours, pour nous
et pour notre salut, né de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l’humanité.
Un seul et même Christ, Seigneur, Fils unique,
que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans
changement, sans division, sans séparation. La différence des
natures n’est nullement supprimée par leur union, mais plutôt
les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une
seule personne et une seule hypostase (DS 301-302).
468 Après le Concile de Chalcédoine, certains
firent de la nature humaine du Christ une sorte de sujet personnel.
Contre eux, le cinquième Concile œcuménique, à Constantinople en
553, a confessé à propos du Christ : " Il n’y a qu’une
seule hypostase [ou personne], qui est notre Seigneur Jésus-Christ,
un de la Trinité " (DS 424). Tout dans l’humanité
du Christ doit donc être attribué à sa personne divine comme à son
sujet propre (cf. déjà Cc. Ephèse : DS 255), non seulement les
miracles mais aussi les souffrances (cf. DS 424) et même la mort :
" Celui qui a été crucifié dans la chair, notre Seigneur
Jésus-Christ, est vrai Dieu, Seigneur de la gloire et Un de la sainte
Trinité " (DS 432).
469 L’Église confesse ainsi que Jésus est
inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de
Dieu qui s’est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d’être
Dieu, notre Seigneur :
" Il resta ce qu’Il était, Il assuma
ce qu’il n’était pas ", chante la liturgie romaine
(LH, In Solemnitate Sanctae Dei Genetricis Mariae, antiphona ad
" Benedictus "; cf. S. Léon le Grand, serm. 21,
2 : PL 54, 192A). Et la liturgie de S. Jean Chrysostome
proclame et chante : " O Fils unique et Verbe de
Dieu, étant immortel, tu as daigné pour notre salut t’incarner
de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, qui sans
changement es devenu homme, et qui as été crucifié, O Christ
Dieu, qui, par ta mort as écrasé la mort, qui es Un de la Sainte
Trinité, glorifié avec le Père et le Saint-Esprit,
sauve-nous ! " (Tropaire " O
monoghenis ").
IV. Comment le Fils de Dieu est-il homme ?
470 Parce que dans l’union mystérieuse de l’Incarnation
" la nature humaine a été assumée, non
absorbée " (GS 22, § 2), l’Église a été amenée au
cours des siècles à confesser la pleine réalité de l’âme humaine,
avec ses opérations d’intelligence et de volonté, et du corps humain
du Christ. Mais parallèlement, elle a eu à rappeler à chaque fois que
la nature humaine du Christ appartient en propre à la personne divine
du Fils de Dieu qui l’a assumée. Tout ce qu’il est et ce qu’il
fait en elle relève " d’Un de la Trinité ". Le
Fils de Dieu communique donc à son humanité son propre mode d’exister
personnel dans la Trinité. Ainsi, dans son âme comme dans son corps,
le Christ exprime humainement les mœurs divines de la Trinité (cf. Jn
14, 9-10) :
Le Fils de Dieu a travaillé avec des mains d’homme,
il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une
volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la
Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout
semblable à nous, hormis le péché (GS 22, § 2).
L’âme et la connaissance humaine du Christ
471 Apollinaire de Laodicée affirmait que dans
le Christ le Verbe avait remplacé l’âme ou l’esprit. Contre cette
erreur l’Église a confessé que le Fils éternel a assumé aussi une
âme raisonnable humaine (cf. DS 149).
472 Cette âme humaine que le Fils de Dieu a
assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En tant que
telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée : elle était
exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace
et le temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant
homme " croître en sagesse, en taille et en
grâce " (Lc 2, 52) et de même avoir à s’enquérir sur ce
que dans la condition humaine on doit apprendre de manière
expérimentale (cf. Mc 6, 38 ; Mc 8, 27 ; Jn 11, 34 ;
etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire
dans " la condition d’esclave " (Ph 2,7).
473 Mais en même temps, cette connaissance
vraiment humaine du Fils de Dieu exprimait la vie divine de sa personne
(cf. S. Grégoire le Grand, ep. 10, 39 : DS 475 : PL 77,
1097B). " La nature humaine du Fils de Dieu, non par elle-même
mais par son union au Verbe, connaissait et manifestait en elle tout
ce qui convient à Dieu " (S. Maxime le Confesseur, qu. dub.
66 : PG 90, 840A). C’est en premier le cas de la connaissance
intime et immédiate que le Fils de Dieu fait homme a de son Père (cf.
Mc 14, 36 ; Mt 11, 27 ; Jn 1, 18 ; 8, 55 ; etc.). Le
Fils montrait aussi dans sa connaissance humaine la pénétration divine
qu’il avait des pensées secrètes du cœur des hommes (cf. Mc 2, 8 ;
Jn 2, 25 ; 6, 61 ; etc.).
474 De par son union à la Sagesse divine en la
personne du Verbe incarné, la connaissance humaine du Christ jouissait
en plénitude de la science des desseins éternels qu’il était venu
révéler (cf. Mc 8, 31 ; 9, 31 ; 10, 33-34 ; 14, 18-20.
26-30). Ce qu’il reconnaît ignorer dans ce domaine (cf. Mc 13, 32),
il déclare ailleurs n’avoir pas mission de le révéler (cf. Ac 1,
7).
La volonté humaine du Christ
475 De manière parallèle, l’Église a
confessé au sixième Concile œcuménique (Cc. Constantinople III en
681) que le Christ possède deux volontés et deux opérations
naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes,
de sorte que le Verbe fait chair a voulu humainement dans l’obéissance
à son Père tout ce qu’il a décidé divinement avec le Père et le
Saint-Esprit pour notre salut (cf. DS 556-559). La volonté humaine du
Christ " suit sa volonté divine, sans être en résistance ni
en opposition vis-à-vis d’elle, mais bien plutôt en étant
subordonnée à cette volonté toute-puissante " (DS 556).
Le vrai corps du Christ
476 Puisque le Verbe s’est fait chair en
assumant une vraie humanité, le corps du Christ était délimité (cf.
Cc. Latran en 649 : DS 504). A cause de cela, le visage humain de
Jésus peut être " dépeint " (Ga 3, 2). Au
sixième Concile œcuménique (Cc. Nicée II en 787 : DS 600-603) l’Église
a reconnu comme légitime qu’il soit représenté sur des images
saintes.
477 En même temps l’Église a toujours reconnu
que, dans le corps de Jésus, " Dieu qui est par nature
invisible est devenu visible à nos yeux " (MR, Préface de
Noël). En effet, les particularités individuelles du corps du Christ
expriment la personne divine du Fils de Dieu. Celui-ci a fait siens les
traits de son corps humain au point que, dépeints sur une image sainte,
ils peuvent être vénérés car le croyant qui vénère son image,
" vénère en elle la personne qui y est dépeinte "
(Cc. Nicée II : DS 601).
Le Cœur du Verbe incarné
478 Jésus nous a tous et chacun connus et aimés
durant sa vie, son agonie et sa passion et il s’est livré pour chacun
de nous : " Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré
pour moi " (Ga 2, 20). Il nous a tous aimés d’un cœur
humain. Pour cette raison, le Cœur sacré de Jésus, transpercé par
nos péchés et pour notre salut (cf. Jn 19, 34), " est
considéré comme le signe et le symbole éminents... de cet amour que
le divin Rédempteur porte sans cesse au père éternel et à tous les
hommes sans exception " (Pie XII, Enc. " Haurietis
aquas " : DS 3924 ; cf. DS 3812).
En bref
479 Au temps établi par Dieu, le Fils unique du
Père, la Parole éternelle, c’est-à-dire le Verbe et l’Image
substantielle du Père, s’est incarné : sans perdre la nature
divine il a assumé la nature humaine.
480 Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, dans
l’unité de sa Personne divine ; pour cette raison il est l’unique
Médiateur entre Dieu et les hommes.
481 Jésus-Christ possède deux natures, la divine
et l’humaine, non confondues, mais unies dans l’unique Personne du
Fils de Dieu.
482 Le Christ, étant vrai Dieu et vrai homme, a
une intelligence et une volonté humaines, parfaitement accordées et
soumises à son intelligence et sa volonté divines, qu’il a en
commun avec le Père et le Saint-Esprit.
483 L’Incarnation est donc le mystère de l’admirable
union de la nature divine et de la nature humaine dans l’unique
Personne du Verbe.
Paragraphe 2. " ... Conçu du
Saint-Esprit, né de la Vierge Marie "
I. Conçu du Saint-Esprit...
484 L’Annonciation à Marie inaugure la
" plénitude des temps " (Ga 4, 4), c’est-à-dire
l’accomplissement des promesses et des préparations. Marie est
invitée à concevoir Celui en qui habitera " corporellement
la plénitude de la divinité " (Col 2, 9). La réponse divine
à son " comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais
point d’homme ? " (Lc 1, 34) est donnée par la
puissance de l’Esprit : " L’Esprit Saint viendra sur
toi " (Lc 1, 35).
485 La mission de l’Esprit Saint est toujours
conjointe et ordonnée à celle du Fils (cf. Jn 16, 14-15). L’Esprit
Saint est envoyé pour sanctifier le sein de la Vierge Marie et la
féconder divinement, lui qui est " le Seigneur qui donne la
Vie ", en faisant qu’elle conçoive le Fils éternel du
Père dans une humanité tirée de la sienne.
486 Le Fils unique du Père en étant conçu
comme homme dans le sein de la Vierge Marie est
" Christ ", c’est-à-dire oint par l’Esprit
Saint (cf. Mt 1, 20 ; Lc 1, 35), dès le début de son existence
humaine, même si sa manifestation n’a lieu que progressivement :
aux bergers (cf. Lc 2, 8-20), aux mages (cf. Mt 2, 1-12), à
Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 31-34), aux disciples (cf. Jn 2, 11). Toute la
vie de Jésus-Christ manifestera donc " comment Dieu l’a
oint d’Esprit et de puissance " (Ac 10, 38).
II. ... Né de la Vierge Marie
487 Ce que la foi catholique croit au sujet de
Marie se fonde sur ce qu’elle croit au sujet du Christ, mais ce qu’elle
enseigne sur Marie éclaire à son tour sa foi au Christ.
La prédestination de Marie
488 " Dieu a envoyé son
Fils " (Ga 4, 4), mais pour lui " façonner un
corps " (cf. He 10, 5) il a voulu la libre coopération d’une
créature. Pour cela, de toute éternité, Dieu a choisi, pour être la
Mère de Son Fils, une fille d’Israël, une jeune juive de Nazareth en
Galilée, " une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph,
de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie "
(Lc 1, 26-27) :
Le Père des miséricordes a voulu que l’Incarnation
fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère
prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l’œuvre de
mort, de même une femme contribuât aussi à la vie (LG 56 ; cf.
61).
489 Tout au long de l’Ancienne Alliance, la
mission de Marie a été préparée par celle de saintes femmes.
Tout au commencement, il y a Eve : malgré sa désobéissance, elle
reçoit la promesse d’une descendance qui sera victorieuse du Malin
(cf. Gn 3, 15) et celle d’être la mère de tous les vivants (cf. Gn
3, 20). En vertu de cette promesse, Sara conçoit un fils malgré son
grand âge (cf. Gn 18, 10-14 ; 21, 1-2). Contre toute attente
humaine, Dieu choisit ce qui était tenu pour impuissant et faible (cf.
1 Co 1, 27) pour montrer sa fidélité à sa promesse : Anne, la
mère de Samuel (cf. 1 S 1), Débora, Ruth, Judith et Esther, et
beaucoup d’autres femmes. Marie " occupe la première place
parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent
le salut de lui avec confiance. Avec elle, la fille de Sion par
excellence, après la longue attente de la promesse, s’accomplissent
les temps et s’instaure l’économie nouvelle " (LG 55).
L’Immaculée Conception
490 Pour être la Mère du Sauveur, Marie
" fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d’une si grande
tâche " (LG 56). L’ange Gabriel, au moment de l’Annonciation
la salue comme " pleine de grâce " (Lc 1, 28). En
effet, pour pouvoir donner l’assentiment libre de sa foi à l’annonce
de sa vocation, il fallait qu’elle soit toute portée par la grâce de
Dieu.
491 Au long des siècles l’Église a pris
conscience que Marie, " comblée de grâce " par
Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C’est ce
que confesse le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854
par le pape Pie IX :
La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier
instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière
du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur
du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché
originel (DS 2803).
492 Cette " sainteté éclatante
absolument unique " dont elle est " enrichie dès le
premier instant de sa conception " (LG 56) lui vient tout
entière du Christ : elle est " rachetée de façon
éminente en considération des mérites de son Fils " (LG
53). Plus que toute autre personne créée, le Père l’a
" bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux
cieux, dans le Christ " (Ep 1, 3). Il l’a " élue
en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être sainte et
immaculée en sa présence, dans l’amour " (cf. Ep 1, 4).
493 Les Pères de la tradition orientale
appellent la Mère de Dieu " la Toute Sainte " (Panaghia),
ils la célèbrent comme " indemne de toute tache de péché,
ayant été pétrie par l’Esprit Saint, et formée comme une nouvelle
créature " (LG 56). Par la grâce de Dieu, Marie est restée
pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.
" Qu’il me soit fait selon ta
parole... "
494 A l’annonce qu’elle enfantera
" le Fils du Très Haut " sans connaître d’homme,
par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 28-37), Marie a répondu par
" l’obéissance de la foi " (Rm 1, 5), certaine
que " rien n’est impossible à Dieu " :
" Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne
selon ta parole " (Lc 1, 37-38). Ainsi, donnant à la parole
de Dieu son consentement, Marie devint Mère de Jésus et, épousant à
plein cœur, sans que nul péché la retienne, la volonté divine de
salut, se livra elle-même intégralement à la personne et à l’œuvre
de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce
de Dieu, au mystère de la Rédemption (cf. LG 56) :
Comme dit S. Irénée, " par son
obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre
humain, cause de salut " (Hær. 3, 22, 4). Aussi, avec
lui, bon nombre d’anciens Pères disent : " Le nœud
dû à la désobéissance d’Eve, s’est dénoué par l’obéissance
de Marie ; ce que la vierge Eve avait noué par son
incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi "
(cf. ibid.) ; comparant Marie avec Eve, ils appellent
Marie " la Mère des vivants " et déclarent
souvent : " par Eve la mort, par Marie la
vie " (LG 56).
La maternité divine de Marie
495 Appelée dans les Évangiles " la
mère de Jésus " (Jn 2, 1 ; 19, 25 ; cf. Mt 13,
55), Marie est acclamée, sous l’impulsion de l’Esprit, dès avant
la naissance de son fils, comme " la mère de mon
Seigneur " (Lc 1, 43). En effet, Celui qu’elle a conçu
comme homme du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils selon la
chair, n’est autre que le Fils éternel du Père, la deuxième
Personne de la Sainte Trinité. L’Église confesse que Marie est
vraiment Mère de Dieu
(Theotokos) (cf. DS 251).
La virginité de Marie
496 Dès les premières formulations de la foi
(cf. DS 10-64), l’Église a confessé que Jésus a été conçu par la
seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie,
affirmant aussi l’aspect corporel de cet événement : Jésus a
été conçu " de l’Esprit Saint sans semence
virile " (Cc. Latran en 649 : DS 503). Les Pères voient
dans la conception virginale le signe que c’est vraiment le Fils de
Dieu qui est venu dans une humanité comme la nôtre :
Ainsi, S. Ignace d’Antioche (début IIe
siècle) : " Vous êtes fermement convaincus au sujet
de notre Seigneur qui est véritablement de la race de David selon
la chair (cf. Rm 1, 3), Fils de Dieu selon la volonté et la
puissance de Dieu (cf. Jn 1, 13), véritablement né d’une vierge,
(...) il a été véritablement cloué pour nous dans sa chair sous
Ponce Pilate (...) il a véritablement souffert, comme il est aussi
véritablement ressuscité " (Smyrn. 1-2).
497 Les récits évangéliques (cf. Mt 1,
18-25 ; Lc 1, 26-38) comprennent la conception virginale comme une
œuvre divine qui dépasse toute compréhension et toute possibilité
humaines (cf. Lc 1, 34) : " Ce qui a été engendré en
elle vient de l’Esprit Saint ", dit l’ange à Joseph au
sujet de Marie, sa fiancée (Mt 1, 20). L’Église y voit l’accomplissement
de la promesse divine donnée par le prophète Isaïe :
" Voici que la vierge concevra et enfantera un
fils " (Is 7, 14, d’après la traduction grecque de Mt 1,
23).
498 On a été parfois troublé par le silence de
l’Évangile de S. Marc et des Épîtres du Nouveau Testament sur la
conception virginale de Marie. On a aussi pu se demander s’il ne s’agissait
pas ici de légendes ou de constructions théologiques sans prétentions
historiques. A quoi il faut répondre : La foi en la conception
virginale de Jésus a rencontré vive opposition, moqueries ou
incompréhension de la part des non-croyants, juifs et païens (cf. S.
Justin, dial. 66, 67 ; Origène, Cels. 1, 32. 69 ;
e.a.) : elle n’était pas motivée par la mythologie païenne ou
par quelque adaptation aux idées du temps. Le sens de cet événement n’est
accessible qu’à la foi qui le voit dans ce " lien qui relie
les mystères entre eux " (DS 3016), dans l’ensemble des
mystères du Christ, de son Incarnation à sa Pâque. S. Ignace d’Antioche
témoigne déjà de ce lien : " Le prince de ce monde a
ignoré la virginité de Marie et son enfantement, de même que la mort
du Seigneur : trois mystères retentissants qui furent accomplis
dans le silence de Dieu " (Eph. 19, 1 ; cf. 1 Co 2, 8).
Marie – " toujours Vierge "
499 L’approfondissement de sa foi en la
maternité virginale a conduit l’Église à confesser la virginité
réelle et perpétuelle de Marie (cf. DS 427) même dans l’enfantement
du Fils de Dieu fait homme (cf. DS 291 ; 294 ; 442 ;
503 ; 571 ; 1880). En effet la naissance du Christ
" n’a pas diminué, mais consacré l’intégrité
virginale " de sa mère (LG 57). La liturgie de l’Église
célèbre Marie comme la Aeiparthenos, " toujours
vierge " (cf. LG 52).
500 A cela on objecte parfois que l’Écriture
mentionne des frères et sœurs de Jésus (cf. Mc 3, 31-35 ; 6,
3 ; 1 Co 9, 5 ; Ga 1, 19). L’Église a toujours compris ces
passages comme ne désignant pas d’autres enfants de la Vierge
Marie : en effet Jacques et Joseph, " frères de
Jésus " (Mt 13, 55), sont les fils d’une Marie disciple du
Christ (cf. Mt 27, 56) qui est désignée de manière significative
comme " l’autre Marie " (Mt 28, 1). Il s’agit de
proches parents de Jésus, selon une expression connue de l’Ancien
Testament (cf. Gn 13, 8 ; 14, 16 ; 29, 15 ; etc.).
501 Jésus est le Fils unique de Marie. Mais la
maternité spirituelle de Marie (cf. Jn 19, 26-27 ; Ap 12, 17) s’étend
à tous les hommes qu’il est venu sauver : " Elle
engendra son Fils, dont Dieu a fait ‘l’aîné d’une multitude de
frères’ (Rm 8, 29), c’est-à-dire de croyants, à la naissance et
à l’éducation desquels elle apporte la coopération de son amour
maternel " (LG 63).
La maternité virginale de Marie dans le dessein de
Dieu
502 Le regard de la foi peut découvrir, en lien
avec l’ensemble de la Révélation, les raisons mystérieuses pour
lesquelles Dieu, dans son dessein salvifique, a voulu que son Fils
naisse d’une vierge. Ces raisons touchent aussi bien la personne et la
mission rédemptrice du Christ que l’accueil de cette mission par
Marie pour tous les hommes :
503 La virginité de Marie manifeste l’initiative
absolue de Dieu dans l’Incarnation. Jésus n’a que Dieu comme Père
(cf. Lc 2, 48-49). " La nature humaine qu’il a prise ne l’a
jamais éloigné du Père (...) ; naturellement Fils de son Père
par sa divinité, naturellement fils de sa mère par son humanité, mais
proprement Fils de Dieu dans ses deux natures " (Cc. Frioul en
796 : DS 619).
504 Jésus est conçu du Saint-Esprit dans le
sein de la Vierge Marie parce qu’il est le Nouvel Adam (cf. 1
Co 15, 45) qui inaugure la création nouvelle : " Le
premier homme, issu du sol, est terrestre ; le second homme, lui,
vient du ciel " (1 Co 15, 47). L’humanité du Christ est,
dès sa conception, remplie de l’Esprit Saint car Dieu " lui
donne l’Esprit sans mesure " (Jn 3, 34). C’est de
" sa plénitude " à lui, tête de l’humanité
rachetée (cf. Col 1, 18), que " nous avons reçu grâce sur
grâce " (Jn 1, 16).
505 Jésus, le Nouvel Adam, inaugure par sa
conception virginale la nouvelle naissance des enfants d’adoption
dans l’Esprit Saint par la foi. " Comment cela se
fera-t-il ? " (Lc 1, 34 ; cf. Jn 3, 9). La
participation à la vie divine ne vient pas " du sang, ni du
vouloir de chair, ni du vouloir d’homme, mais de Dieu " (Jn
1, 13). L’accueil de cette vie est virginal car celle-ci est
entièrement donnée par l’Esprit à l’homme. Le sens sponsal de la
vocation humaine par rapport à Dieu (cf. 2 Co 11, 2) est accompli
parfaitement dans la maternité virginale de Marie.
506 Marie est vierge parce que sa virginité est le
signe de sa foi " que nul doute n’altère "
(LG 63) et de sa donation sans partage à la volonté de Dieu (cf. 1 Co
7, 34-35). C’est sa foi qui lui donne de devenir la mère du
Sauveur : " Bienheureuse Marie, plus encore parce qu’elle
a reçu la foi du Christ que parce qu’Elle a conçu la chair du
Christ " (S. Augustin, virg. 3 : PL 40, 398).
507 Marie est à la fois vierge et mère car elle
est la figure et la plus parfaite réalisation de l’Église (cf. LG
63) : " L’Église devient à son tour une Mère, grâce
à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi : par la
prédication en effet, et par le Baptême elle engendre, à une vie
nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de
Dieu. Elle est aussi vierge, ayant donné à son Époux sa foi, qu’elle
garde intègre et pure " (LG 64).
En bref
508 Dans la descendance d’Eve, Dieu a choisi la
Vierge Marie pour être la Mère de son Fils. " Pleine de
grâce ", elle est " le fruit le plus excellent de
la Rédemption " (SC 103) : dès le premier instant de
sa conception, elle est totalement préservée de la tache du péché
originel et elle est restée pure de tout péché personnel tout au
long de sa vie.
509 Marie est vraiment " Mère de
Dieu " puisqu’elle est la mère du Fils éternel de Dieu
fait homme, qui est Dieu lui-même.
510 Marie " est restée Vierge en
concevant son Fils, Vierge en l’enfantant, Vierge en le portant,
Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours " (S.
Augustin, serm. 186, 1 : PL 38, 999) : de tout son être
elle est " la servante du Seigneur " (Lc 1, 38).
511 La Vierge Marie a " coopéré au
salut des hommes avec sa foi et son obéissance libres " (LG
56). Elle a prononcé son oui " au nom de toute la nature
humaine " (S. Thomas d’A., s. th. 3, 30, 1) : Par son
obéissance, elle est devenue la nouvelle Eve, mère des vivants.
Paragraphe 3. Les mystères de la Vie du Christ
512 Le Symbole de la foi ne parle, concernant la
vie du Christ, que des mystères de l’Incarnation (conception et
naissance) et de la Pâque (passion, crucifixion, mort, sépulture,
descente aux enfers, résurrection, ascension). Il ne dit rien,
explicitement, des mystères de la vie cachée et publique de Jésus,
mais les articles de la foi concernant l’Incarnation et la Pâque de
Jésus éclairent toute la vie terrestre du Christ.
" Tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le
commencement jusqu’au jour où (...) Il fut enlevé au
ciel " (Ac 1, 1-2) est à voir à la lumière des mystères de
Noël et de Pâques.
513 La Catéchèse, selon les circonstances,
déploiera toute la richesse des mystères de Jésus. Ici il suffit d’indiquer
quelques éléments communs à tous les mystères de la vie du Christ
(I), pour esquisser ensuite les principaux mystères de la vie cachée
(II) et publique (III) de Jésus.
I. Toute la vie du Christ est mystère
514 Beaucoup de choses qui intéressent la
curiosité humaine au sujet de Jésus ne figurent pas dans les
Évangiles. Presque rien n’est dit sur sa vie à Nazareth, et même
une grande part de sa vie publique n’est pas relatée (cf. Jn 20, 30).
Ce qui a été écrit dans les Évangiles, l’a été " pour
que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en
croyant vous ayez la vie en son nom " (Jn 20, 31).
515 Les Évangiles sont écrits par des hommes
qui ont été parmi les premiers à avoir la foi (cf. Mc 1, 1 ; Jn
21, 24) et qui veulent la faire partager à d’autres. Ayant connu dans
la foi qui est Jésus, ils ont pu voir et faire voir les traces
de son mystère dans toute sa vie terrestre. Des langes de sa
nativité (cf. Lc 2, 7) jusqu’au vinaigre de sa passion (cf. Mt 27,
48) et au suaire de sa Résurrection (cf. Jn 20, 7), tout dans la vie de
Jésus est signe de son mystère. A travers ses gestes, ses miracles,
ses paroles, il a été révélé qu’" en Lui habite
corporellement toute la plénitude de la divinité " (Col 2,
9). Son humanité apparaît ainsi comme le
" sacrement ", c’est-à-dire le signe et l’instrument
de sa divinité et du salut qu’il apporte : ce qu’il y avait de
visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa
filiation divine et de sa mission rédemptrice.
Les traits communs des mystères de Jésus
516 Toute la vie du Christ est Révélation
du Père : ses paroles et ses actes, ses silences et ses
souffrances, sa manière d’être et de parler. Jésus peut dire :
" Qui me voit, voit le Père " (Jn 14, 9), et le
Père : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé ;
écoutez-le " (Lc 9, 35). Notre Seigneur s’étant fait homme
pour accomplir la volonté du Père (cf. He 10, 5-7), les moindres
traits de ses mystères nous manifestent " l’amour de Dieu
pour nous " (1 Jn 4, 9).
517 Toute la vie du Christ est mystère de Rédemption.
La Rédemption nous vient avant tout par le sang de la Croix (cf. Ep 1,
7 ; Col 1, 13-14 ; 1 P 1, 18-19), mais ce mystère est à l’œuvre
dans toute la vie du Christ : dans son Incarnation déjà, par
laquelle, en se faisant pauvre, il nous enrichit par sa pauvreté (cf. 2
Co 8, 9) ; dans sa vie cachée qui, par sa soumission (cf. Lc 2,
51), répare notre insoumission ; dans sa parole qui purifie ses
auditeurs (cf. Jn 15, 3) ; dans ses guérisons et ses exorcismes,
par lesquels " il a pris nos infirmités et s’est chargé de
nos maladies " (Mt 8, 17 ; cf. Is 53, 4) ; dans sa
Résurrection, par laquelle il nous justifie (cf. Rm 4, 25).
518 Toute la vie du Christ est mystère de Récapitulation.
Tout ce que Jésus a fait, dit et souffert, avait pour but de rétablir
l’homme déchu dans sa vocation première :
Lorsqu’il s’est incarné et s’est fait
homme, il a récapitulé en lui-même la longue histoire des hommes
et nous a procuré le salut en raccourci, de sorte que ce que nous
avions perdu en Adam, c’est-à-dire d’être à l’image et à
la ressemblance de Dieu, nous le recouvrions dans le Christ Jésus
(S. Irénée, hær. 3, 18, 1). C’est d’ailleurs pourquoi le
Christ est passé par tous les âges de la vie, rendant par là à
tous les hommes la communion avec Dieu (ibid. 3, 18, 7 ; cf. 2,
22, 4).
Notre communion aux mystères de Jésus
519 Toute la richesse du Christ " est
destinée à tout homme et constitue le bien de chacun " (RH
11). Le Christ n’a pas vécu sa vie pour lui-même, mais pour nous,
de son Incarnation " pour nous les hommes et pour notre
salut " jusqu’à sa mort " pour nos
péchés " (1 Co 15, 3) et à sa Résurrection
" pour notre justification " (Rm 4, 25). Maintenant
encore, il est " notre avocat auprès du Père " (1
Jn 2, 1), " étant toujours vivant pour intercéder en notre
faveur " (He 7, 25). Avec tout ce qu’il a vécu et souffert
pour nous une fois pour toutes, il reste présent pour toujours
" devant la face de Dieu en notre faveur " (He 9,
24).
520 En toute sa vie, Jésus se montre comme notre
modèle (cf. Rm 15, 5 ; Ph 2, 5) : il est " l’homme
parfait " (GS 38) qui nous invite à devenir ses disciples et
à le suivre : par son abaissement, il nous a donné un exemple à
imiter (cf. Jn 13, 15), par sa prière, il attire à la prière (cf. Lc
11, 1), par sa pauvreté, il appelle à accepter librement le dénuement
et les persécutions (cf. Mt 5, 11-12).
521 Tout ce que le Christ a vécu, il fait que
nous puissions le vivre en Lui et qu’il le vive en nous.
" Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque
sorte uni lui-même à tout homme " (GS 22, § 2). Nous sommes
appelés à ne faire plus qu’un avec lui ; ce qu’il a vécu
dans sa chair pour nous et comme notre modèle, il nous y fait communier
comme les membres de son Corps :
Nous devons continuer et accomplir en nous les
états et mystères de Jésus, et le prier souvent qu’il les
consomme et accomplisse en nous et en toute son Église (...). Car
le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire
comme une extension et continuation de ses mystères en nous et en
toute son Église, par les grâces qu’il veut nous communiquer, et
par les effets qu’il veut opérer en nous par ces mystères. Et
par ce moyen il veut les accomplir en nous (S. Jean Eudes, Le royaume de
Jésus, 3, 4 : Oeuvres complètes, v. 1 [Vannes
1905] p. 310-311).
II. Les mystères de l’enfance et de la vie
cachée de Jésus
Les préparations
522 La venue du Fils de Dieu sur la terre est un
événement si immense que Dieu a voulu le préparer pendant des
siècles. Rites et sacrifices, figures et symboles de la Première
alliance (cf. He 9, 15), Il fait tout converger vers le Christ ; Il
l’annonce par la bouche des prophètes qui se succèdent en Israël.
Il éveille par ailleurs dans le cœur des païens l’obscure attente
de cette venue.
523 Saint Jean le Baptiste est le précurseur
(cf. Ac 13, 24) immédiat du Seigneur, envoyé pour Lui préparer le
chemin (cf. Mt 3, 3). " Prophète du Très-Haut "
(Lc 1, 76), il dépasse tous les prophètes (cf. Lc 7, 26), il en est le
dernier (cf. Mt 11,13), il inaugure l’Évangile (cf. Ac 1, 22 ;
Lc 16, 16) ; il salue la venue du Christ dès le sein de sa mère
(cf. Lc 1, 41) et il trouve sa joie à être " l’ami de l’époux "
(Jn 3, 29) qu’il désigne comme " l’Agneau de Dieu qui
ôte le péché du monde " (Jn 1, 29). Précédant Jésus
" avec l’esprit et la puissance d’Elie " (Lc 1,
17), il lui rend témoignage par sa prédication, son baptême de
conversion et finalement son martyre (cf. Mc 6, 17-29).
524 En célébrant chaque année la liturgie
de l’Avent, l’Église actualise cette attente du Messie :
en communiant à la longue préparation de la première venue du
Sauveur, les fidèles renouvellent l’ardent désir de son second
Avènement (cf. Ap 22, 17). Par la célébration de la nativité et du
martyre du Précurseur, l’Église s’unit à son désir :
" Il faut que Lui grandisse et que moi je
décroisse " (Jn 3, 30).
Le mystère de Noël
525 Jésus est né dans l’humilité d’une
étable, dans une famille pauvre (cf. Lc 2, 6-7) ; de simples
bergers sont les premiers témoins de l’événement. C’est dans
cette pauvreté que se manifeste la gloire du ciel (cf. Lc 2, 8-20). L’Église
ne se lasse pas de chanter la gloire de cette nuit :
La Vierge aujourd’hui met au monde l’Éternel
Et la terre offre une grotte à l’Inaccessible.
Les anges et les pasteurs le louent
Et les mages avec l’étoile s’avancent,
Car Tu es né pour nous,
Petit Enfant, Dieu éternel !
(Kontakion de Romanos le Mélode)
526 " Devenir enfant " par
rapport à Dieu est la condition pour entrer dans le Royaume (cf. Mt 18,
3-4) ; pour cela il faut s’abaisser (cf. Mt 23, 12), devenir
petit ; plus encore : il faut " naître d’en
haut " (Jn 3, 7), " naître de Dieu " (Jn
1, 13) pour " devenir enfants de Dieu " (Jn 1, 12).
Le mystère de Noël s’accomplit en nous lorsque le Christ
" prend forme " en nous (Ga 4, 19). Noël est le
mystère de cet " admirable échange " :
O admirable échange ! Le créateur du genre
humain, assumant un corps et une âme, a daigné naître d’une
vierge et, devenu homme sans l’intervention de l’homme, Il nous
a fait don de sa divinité (LH, antienne de l’octave de Noël).
Les mystères de l’enfance de Jésus
527 La circoncision de Jésus, le
huitième jour après sa naissance (cf. Lc 2, 21), est signe de son
insertion dans la descendance d’Abraham, dans le peuple de l’alliance,
de sa soumission à la loi (cf. Ga 4, 4), et de sa députation au culte
d’Israël auquel Il participera pendant toute sa vie. Ce signe
préfigure " la circoncision du Christ " qu’est le
Baptême (cf. Col 2, 11-13).
528 L’Épiphanie est la manifestation de
Jésus comme Messie d’Israël, Fils de Dieu et Sauveur du monde. Avec
le Baptême de Jésus au Jourdain et les noces de Cana (cf. LH, antienne
du Magnificat des secondes vêpres de l’Épiphanie), elle célèbre l’adoration
de Jésus par des " mages " venus d’Orient (Mt 2,
1). Dans ces " mages ", représentants des religions
païennes environnantes, l’Évangile voit les prémices des nations
qui accueillent la Bonne Nouvelle du salut par l’Incarnation. La venue
des mages à Jérusalem pour " rendre hommage au roi des
Juifs " (Mt 2, 2) montre qu’ils cherchent en Israël, à la
lumière messianique de l’étoile de David (cf. Nb 24, 17 ; Ap
22, 16), celui qui sera le roi des nations (cf. Nb 24, 17-19). Leur
venue signifie que les païens ne peuvent découvrir Jésus et l’adorer
comme Fils de Dieu et Sauveur du monde qu’en se tournant vers les
juifs (cf. Jn 4, 22) et en recevant d’eux leur promesse messianique
telle qu’elle est contenue dans l’Ancien Testament (cf. Mt 2, 4-6).
L’Épiphanie manifeste que " la plénitude des païens entre
dans la famille des patriarches " (S. Léon le Grand, serm.
33, 3 : PL 54, 242) et acquiert la Israelitica
dignitas (MR, Vigile Pascale 26 : prière après la troisième
lecture).
529 La présentation de Jésus au Temple (cf.
Lc 2, 22-39) Le montre comme le Premier-Né appartenant au Seigneur (cf.
Ex 13, 12-13). Avec Siméon et Anne c’est toute l’attente d’Israël
qui vient à la rencontre de son Sauveur (la tradition byzantine
appelle ainsi cet événement). Jésus est reconnu comme le Messie tant
attendu, " lumière des nations " et
" gloire d’Israël ", mais aussi " signe
de contradiction ". Le glaive de douleur prédit à Marie
annonce cette autre oblation, parfaite et unique, de la Croix qui
donnera le salut que Dieu a " préparé à la face de tous les
peuples ".
530 La fuite en Égypte et le massacre
des innocents (cf. Mt 2, 13-18) manifestent l’opposition des
ténèbres à la lumière : " Il est venu chez lui et les
siens ne l’ont pas reçu " (Jn 1, 11). Toute la vie du
Christ sera sous le signe de la persécution. Les siens la partagent
avec lui (cf. Jn 15, 20). Sa montée d’Égypte (cf. Mt 2, 15) rappelle
l’Exode (cf. Os 11, 1) et présente Jésus comme le libérateur
définitif.
Les mystères de la vie cachée de Jésus
531 Pendant la plus grande partie de sa vie,
Jésus a partagé la condition de l’immense majorité des
hommes : une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de
travail manuel, vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu (cf. Ga
4, 4), vie dans la communauté. De toute cette période il nous est
révélé que Jésus était " soumis " à ses
parents et qu’" il croissait en sagesse, en taille et en
grâce devant Dieu et devant les hommes " (Lc 2, 51-52).
532 La soumission de Jésus à sa mère et son
père légal accomplit parfaitement le quatrième commandement. Elle est
l’image temporelle de son obéissance filiale à son Père céleste.
La soumission de tous les jours de Jésus à Joseph et à Marie
annonçait et anticipait la soumission du Jeudi Saint :
" Non pas ma volonté... " (Lc 22, 42). L’obéissance
du Christ dans le quotidien de la vie cachée inaugurait déjà l’œuvre
de rétablissement de ce que la désobéissance d’Adam avait détruit
(cf. Rm 5, 19).
533 La vie cachée de Nazareth permet à tout
homme de communier à Jésus par les voies les plus quotidiennes de
la vie :
Nazareth est l’école où l’on commence à
comprendre la vie de Jésus : l’école de l’Évangile
(...). Une leçon de silence d’abord. Que naisse en nous l’estime
du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit
(...). Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous
enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son
austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable
(...). Une leçon de travail. Nazareth, ô maison du
" Fils du Charpentier ", c’est ici que nous
voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice
du labeur humain (...) ; comme nous voudrions enfin saluer ici
tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand
modèle, leur frère divin (Paul VI, discours 5 janvier 1964 à
Nazareth).
534 Le recouvrement de Jésus au Temple (cf.
Lc 2, 41-52) est le seul événement qui rompt le silence des Évangiles
sur les années cachées de Jésus. Jésus y laisse entrevoir le
mystère de sa consécration totale à une mission découlant de sa
filiation divine : " Ne saviez-vous pas que je me dois
aux affaires de mon Père ? " Marie et Joseph
" ne comprirent pas " cette parole, mais ils l’accueillirent
dans la foi, et Marie " gardait fidèlement tous ces souvenirs
en son cœur ", tout au long des années où Jésus restait
enfoui dans le silence d’une vie ordinaire.
III. Les mystères de la vie publique de Jésus
Le Baptême de Jésus
535 Le commencement (cf. Lc 3, 23) de la vie
publique de Jésus est son Baptême par Jean dans le Jourdain (cf. Ac 1,
22). Jean proclamait " un baptême de repentir pour la
rémission des péchés " (Lc 3, 3). Une foule de pécheurs,
publicains et soldats (cf. Lc 3, 10-14), Pharisiens et Sadducéens (cf.
Mt 3, 7) et prostituées (cf. Mt 21, 32) vient se faire baptiser par
lui. " Alors paraît Jésus ". Le Baptiste hésite,
Jésus insiste : il reçoit le Baptême. Alors l’Esprit Saint,
sous forme de colombe, vient sur Jésus, et la voix du ciel
proclame : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé "
(Mt 3, 13-17). C’est la manifestation
(" Épiphanie ") de Jésus comme Messie d’Israël
et Fils de Dieu.
536 Le Baptême de Jésus, c’est, de sa part, l’acceptation
et l’inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse
compter parmi les pécheurs (cf. Is 53, 12) ; il est déjà
" l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde "
(Jn 1, 29) ; déjà, il anticipe le
" baptême " de sa mort sanglante (cf. Mc 10,
38 ; Lc 12, 50). Il vient déjà " accomplir toute
justice " (Mt 3, 15), c’est-à-dire qu’il se soumet tout
entier à la volonté de son Père : il accepte par amour le
baptême de mort pour la rémission de nos péchés (cf. Mt 26, 39). A
cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa complaisance
en son Fils (cf. Lc 3, 22 ; Is 42, 1). L’Esprit que Jésus
possède en plénitude dès sa conception, vient
" reposer " sur lui (Jn 1, 32-33 ; cf. Is 11,
2). Il en sera la source pour toute l’humanité. A son Baptême,
" les cieux s’ouvrirent " (Mt 3, 16) que le
péché d’Adam avait fermés ; et les eaux sont sanctifiées par
la descente de Jésus et de l’Esprit, prélude de la création
nouvelle.
537 Par le Baptême, le chrétien est
sacramentellement assimilé à Jésus qui anticipe en son baptême sa
mort et sa résurrection ; il doit entrer dans ce mystère d’abaissement
humble et de repentance, descendre dans l’eau avec Jésus, pour
remonter avec lui, renaître de l’eau et de l’Esprit pour devenir,
dans le Fils, fils bien-aimé du Père et " vivre dans une vie
nouvelle " (Rm 6, 4) :
Ensevelissons-nous avec le Christ par le Baptême,
pour ressusciter avec lui ; descendons avec lui, pour être élevés
avec lui ; remontons avec lui, pour être glorifiés en lui (S.
Grégoire de Naz., or. 40, 9 : PG 36, 369B).
Tout ce qui s’est passé dans le Christ nous
fait connaître qu’après le bain d’eau, l’Esprit Saint vole
sur nous du haut du ciel et qu’adoptés par la Voix du Père, nous
devenons fils de Dieu (S. Hilaire, Mat. 2 : PL 9, 927).
La Tentation de Jésus
538 Les Évangiles parlent d’un temps de
solitude de Jésus au désert immédiatement après son baptême par
Jean : " Poussé par l’Esprit " au désert,
Jésus y demeure quarante jours sans manger ; il vit avec les
bêtes sauvages et les anges le servent (cf. Mc 1, 12-13). A la fin de
ce temps, Satan le tente par trois fois cherchant à mettre en cause son
attitude filiale envers Dieu. Jésus repousse ces attaques qui
récapitulent les tentations d’Adam au Paradis et d’Israël au
désert, et le diable s’éloigne de lui " pour revenir au
temps marqué " (Lc 4, 13).
539 Les Évangélistes indiquent le sens
salvifique de cet événement mystérieux. Jésus est le nouvel Adam,
resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation. Jésus
accomplit parfaitement la vocation d’Israël : contrairement à
ceux qui provoquèrent jadis Dieu pendant quarante ans au désert (cf.
Ps 95, 10), le Christ se révèle comme le Serviteur de Dieu totalement
obéissant à la volonté divine. En cela, Jésus est vainqueur du
diable : il a " ligoté l’homme fort " pour
lui reprendre son butin (Mc 3, 27). La victoire de Jésus sur le
tentateur au désert anticipe la victoire de la passion, obéissance
suprême de son amour filial du Père.
540 La tentation de Jésus manifeste la manière
qu’a le Fils de Dieu d’être Messie, à l’opposé de celle que lui
propose Satan et que les hommes (cf. Mt 16, 21-23) désirent lui
attribuer. C’est pourquoi le Christ a vaincu le Tentateur pour nous :
" Car nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à
compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une
manière semblable, à l’exception du péché " (He 4, 15).
L’Église s’unit chaque année par les quarante jours du Grand
Carême au mystère de Jésus au désert.
" Le Royaume de Dieu est tout proche "
541 " Après que Jean eut été livré,
Jésus se rendit en Galilée. Il y proclamait en ces termes la Bonne
Nouvelle venue de Dieu : ‘Les temps sont accomplis et le Royaume
de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à la Bonne
Nouvelle’ " (Mc 1, 15). " Pour accomplir la
volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la
terre " (LG 3). Or, la volonté du Père, c’est d’" élever
les hommes à la communion de la vie divine " (LG 2). Il le
fait en rassemblant les hommes autour de son Fils, Jésus-Christ. Ce
rassemblement est l’Église, qui est sur terre " le germe et
le commencement du Royaume de Dieu " (LG 5).
542 Le Christ est au cœur de ce rassemblement
des hommes dans la " famille de Dieu ". Il les
convoque autour de lui par sa parole, par ses signes qui manifestent le
règne de Dieu, par l’envoi de ses disciples. Il réalisera la venue
de son Royaume surtout par le grand mystère de sa Pâque : sa mort
sur la Croix et sa Résurrection. " Et moi, élevé de terre,
j’attirerai tous les hommes à moi " (Jn 12, 32). A cette
union avec le Christ tous les hommes sont appelés (cf. LG 3).
L’annonce du Royaume de Dieu
543 Tous les hommes sont appelés à entrer dans
le Royaume. Annoncé d’abord aux enfants d’Israël (cf. Mt 10, 5-7),
ce Royaume messianique est destiné à accueillir les hommes de toutes
les nations (cf. Mt 8, 11 ; 28, 19). Pour y accéder, il faut
accueillir la parole de Jésus :
La parole du Seigneur est en effet comparée à
une semence qu’on sème dans un champ : ceux qui l’écoutent
avec foi et sont agrégés au petit troupeau du Christ ont accueilli
son royaume lui-même ; puis, par sa propre vertu, la semence
croît jusqu’au temps de la moisson (LG 5).
544 Le Royaume appartient aux pauvres et aux
petits, c’est-à-dire à ceux qui l’ont accueilli avec un cœur
humble. Jésus est envoyé pour " porter la bonne nouvelle aux
pauvres " (Lc 4, 18 ; cf. 7, 22). Il les déclare
bienheureux car " le Royaume des cieux est à eux "
(Mt 5, 3) ; c’est aux " petits " que le Père
a daigné révéler ce qui reste caché aux sages et aux habiles (cf. Mt
11, 25). Jésus partage la vie des pauvres, de la crèche à la
croix ; il connaît la faim (cf. Mc 2, 23-26 ; Mt 21, 18), la
soif (cf. Jn 4, 6-7 ; 19, 28) et le dénuement (cf. Lc 9, 58). Plus
encore : il s’identifie aux pauvres de toutes sortes et fait de l’amour
actif envers eux la condition de l’entrée dans son Royaume (cf. Mt
25, 31-46).
545 Jésus invite les pécheurs à la
table du Royaume : " Je ne suis pas venu appeler les
justes, mais les pécheurs " (Mc 2, 17 ; cf. 1 Tm 1, 15).
Il les invite à la conversion sans laquelle on ne peut entrer dans le
Royaume, mais il leur montre en parole et en acte la miséricorde sans
bornes de son Père pour eux (cf. Lc 15, 11-32) et l’immense
" joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se
repent " (Lc 15, 7). La preuve suprême de cet amour sera le
sacrifice de sa propre vie " en rémission des
péchés " (Mt 26, 28).
546 Jésus appelle à entrer dans le Royaume à
travers les paraboles, trait typique de son enseignement (cf. Mc
4, 33-34). Par elles, il invite au festin du Royaume (cf. Mt 22, 1-14),
mais il demande aussi un choix radical : pour acquérir le Royaume,
il faut tout donner (cf. Mt 13, 44-45) ; les paroles ne suffisent
pas, il faut des actes (cf. Mt 21, 28-32). Les paraboles sont comme des
miroirs pour l’homme : accueille-t-il la parole comme un sol dur
ou comme une bonne terre (cf. Mt 13, 3-9) ? Que fait-il des talents
reçus (cf. Mt 25, 14-30) ? Jésus et la présence du Royaume en ce
monde sont secrètement au cœur des paraboles. Il faut entrer dans le
Royaume, c’est-à-dire devenir disciple du Christ pour
" connaître les mystères du Royaume des cieux "
(Mt 13, 11). Pour ceux qui restent " dehors " (Mc 4,
11), tout demeure énigmatique (cf. Mt 13, 10-15).
Les signes du Royaume de Dieu
547 Jésus accompagne ses paroles par de nombreux
" miracles, prodiges et signes " (Ac 2, 22) qui
manifestent que le Royaume est présent en Lui. Ils attestent que
Jésus est le Messie annoncé (cf. Lc 7, 18-23).
548 Les signes accomplis par Jésus témoignent
que le Père l’a envoyé (cf. Jn 5, 36 ; 10, 25). Ils invitent à
croire en lui (cf. Jn 10, 38). A ceux qui s’adressent à lui avec foi,
il accorde ce qu’ils demandent (cf. Mc 5, 25-34 ; 10, 52 ;
etc.). Alors les miracles fortifient la foi en Celui qui fait les
œuvres de son Père : ils témoignent qu’il est le Fils de Dieu
(cf. Jn 10, 31-38). Mais ils peuvent aussi être " occasion de
chute " (Mt 11, 6). Ils ne veulent pas satisfaire la
curiosité et les désirs magiques. Malgré ses miracles si évidents,
Jésus est rejeté par certains (cf. Jn 11, 47-48) ; on l’accuse
même d’agir par les démons (cf. Mc 3, 22).
549 En libérant certains hommes des maux
terrestres de la faim (cf. Jn 6, 5-15), de l’injustice (cf. Lc 19, 8),
de la maladie et de la mort (cf. Mt 11, 5), Jésus a posé des signes
messianiques ; il n’est cependant pas venu pour abolir tous les
maux ici-bas (cf. Lc 12, 13. 14 ; Jn 18, 36), mais pour libérer
les hommes de l’esclavage le plus grave, celui du péché (cf. Jn 8,
34-36), qui les entrave dans leur vocation de fils de Dieu et cause tous
leurs asservissements humains.
550 La venue du Royaume de Dieu est la défaite
du royaume de Satan (cf. Mt 12, 26) : " Si c’est par l’Esprit
de Dieu que j’expulse les démons, c’est qu’alors le Royaume de
Dieu est arrivé pour vous " (Mt 12, 28). Les exorcismes
de Jésus libèrent des hommes de l’emprise des démons (cf. Lc 8,
26-39). Ils anticipent la grande victoire de Jésus sur " le
prince de ce monde " (Jn 12, 31). C’est par la Croix du
Christ que le Royaume de Dieu sera définitivement établi :
" Dieu a régné du haut du bois " (Hymne
" Vexilla Regis ").
" Les clefs du Royaume "
551 Dès le début de sa vie publique, Jésus
choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et pour
participer à sa mission (cf. Mc 3, 13-19) ; il leur donne part à
son autorité " et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu
et guérir " (Lc 9, 2). Ils restent pour toujours associés au
Royaume du Christ car celui-ci dirige par eux l’Église :
Je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père
en a disposé pour moi ; vous mangerez et boirez à la table en
mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes, pour juger les douze
tribus d’Israël (Lc 22, 29-30).
552 Dans le collège des Douze Simon Pierre tient
la première place (cf. Mc 3, 16 ; 9, 2 ; Lc 24, 34 ; 1
Co 15, 5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à une
révélation venant du Père, Pierre avait confessé :
" Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ". Notre
Seigneur lui avait alors déclaré : " Tu es Pierre, et
sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne
tiendront pas contre elle " (Mt 16, 18). Le Christ,
" Pierre vivante " (1 P 2, 4), assure à son Église
bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en
raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église.
Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y
affermir ses frères (cf. Lc 22, 32).
553 Jésus a confié à Pierre une autorité
spécifique : " Je te donnerai les clefs du Royaume des
Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux
pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les
cieux pour délié " (Mt 16, 19). Le " pouvoir des
clefs " désigne l’autorité pour gouverner la maison de
Dieu, qui est l’Église. Jésus, " le Bon
Pasteur " (Jn 10, 11) a confirmé cette charge après sa
Résurrection : " Pais mes brebis " (Jn 21,
15-17). Le pouvoir de " lier et délier " signifie l’autorité
pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et
prendre des décisions disciplinaires dans l’Église. Jésus a confié
cette autorité à l’Église par le ministère des apôtres (cf. Mt
18, 18) et particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié
explicitement les clefs du Royaume.
Un avant-goût du Royaume : La Transfiguration
554 A partir du jour où Pierre a confessé que
Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Maître
" commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en
aller à Jérusalem, y souffrir (...) être mis à mort et, le
troisième jour, ressusciter " (Mt 16, 21) : Pierre
refuse cette annonce (cf. Mt 16, 22-23), les autres ne la comprennent
pas davantage (cf. Mt 17, 23 ; Lc 9, 45). C’est dans ce contexte
que se situe l’épisode mystérieux de la Transfiguration de Jésus
(cf. Mt 17, 1-8 par. ; 2 P 1, 16-18), sur une haute montagne,
devant trois témoins choisis par lui : Pierre, Jacques et Jean. Le
visage et les vêtements de Jésus deviennent fulgurants de lumière,
Moïse et Elie apparaissent, lui " parlant de son départ qu’il
allait accomplir à Jérusalem " (Lc 9, 31). Une nuée les
couvre et une voix du ciel dit : " Celui-ci est mon Fils,
mon Élu ; écoutez-le " (Lc 9, 35).
555 Pour un instant, Jésus montre sa gloire
divine, confirmant ainsi la confession de Pierre. Il montre aussi que,
pour " entrer dans sa gloire " (Lc 24, 26), il doit
passer par la Croix à Jérusalem. Moïse et Elie avaient vu la gloire
de Dieu sur la Montagne ; la Loi et les prophètes avaient annoncé
les souffrances du Messie (cf. Lc 24, 27). La passion de Jésus est bien
la volonté du Père : le Fils agit en Serviteur de Dieu (cf. Is
42, 1). La nuée indique la présence de l’Esprit Saint :
" Toute la Trinité apparut : le Père dans la voix, le
Fils dans l’homme, l’Esprit dans la nuée lumineuse " (S.
Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2) :
Tu t’es transfiguré sur la montagne, et,
autant qu’ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé
ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient crucifié,
ils comprennent que ta passion était volontaire et qu’ils
annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père
(Liturgie byzantine, Kontakion de la fête de la Transfiguration).
556 Au seuil de la vie publique : le
Baptême ; au seuil de la Pâque : la Transfiguration. Par le
Baptême de Jésus " fut manifesté le mystère de notre
première régénération " : notre Baptême ; la
Transfiguration " est le sacrement de la seconde
régénération " : notre propre résurrection (S. Thomas
d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2). Dès maintenant nous participons à la
Résurrection du Seigneur par l’Esprit Saint qui agit dans les
sacrements du Corps du Christ. La Transfiguration nous donne un
avant-goût de la glorieuse venue du Christ " qui
transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de
gloire " (Ph 3, 21). Mais elle nous rappelle aussi qu’" il
nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume
de Dieu " (Ac 14, 22) :
Cela Pierre ne l’avait pas encore compris quand
il désirait vivre avec le Christ sur la montagne (cf. Lc 9, 33). Il
t’a réservé cela, Pierre, pour après la mort. Mais maintenant
il dit lui-même : Descend pour peiner sur la terre, pour
servir sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre.
La Vie descend pour se faire tuer ; le Pain descend pour avoir
faim ; la Voie descend, pour se fatiguer en chemin ; la
Source descend, pour avoir soif ; et tu refuses de
peiner ? (S. Augustin, serm. 78, 6 : PL 38, 492-493).
La montée de Jésus à Jérusalem
557 " Or, comme approchait le temps où
il devait être emporté de ce monde, Jésus prit résolument le chemin
de Jérusalem " (Lc 9, 51 ; cf. Jn 13, 1). Par cette
décision, il signifiait qu’il montait à Jérusalem prêt à mourir.
A trois reprises il avait annoncé sa passion et sa Résurrection (cf.
Mc 8, 31-33 ; 9, 31-32 ; 10, 32-34). En se dirigeant vers
Jérusalem, il dit : " Il ne convient pas qu’un
prophète périsse hors de Jérusalem " (Lc 13, 33).
558 Jésus rappelle le martyre des prophètes qui
avaient été mis à mort à Jérusalem (cf. Mt 23, 37a). Néanmoins, il
persiste à appeler Jérusalem à se rassembler autour de lui :
" Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la
manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes (...) et
vous n’avez pas voulu ! " (Mt 23, 37b). Quand
Jérusalem est en vue, il pleure sur elle et exprime encore une fois le
désir de son cœur : " Ah ! Si en ce jour tu avais
compris, toi aussi, le message de paix ! Mais, hélas, il est
demeuré caché à tes yeux " (Lc 19, 41-42).
L’entrée messianique de Jésus à Jérusalem
559 Comment Jérusalem va-t-elle accueillir son
Messie ? Alors qu’il s’était toujours dérobé aux tentatives
populaires de le faire roi (cf. Jn 6, 15), Jésus choisit le temps et
prépare les détails de son entrée messianique dans la ville de
" David, son père " (Lc 1, 32 ; cf. Mt 21,
1-11) Il est acclamé comme le fils de David, celui qui apporte le salut
( "Hosanna " veut dire " sauve
donc ! ", " donne le salut ! ").
Or " Roi de Gloire " (Ps 24, 7-10) entre dans sa Ville
" monté sur un ânon " (Za 9, 9) : il ne
conquiert pas la Fille de Sion, figure de son Église, par la ruse ni
par la violence, mais par l’humilité qui témoigne de la Vérité
(cf. Jn 18, 37). C’est pourquoi les sujets de son Royaume, ce
jour-là, sont les enfants (cf. Mt 21, 15-16 ; Ps 8, 3) et les
" pauvres de Dieu ", qui l’acclament comme les
anges l’annonçaient aux bergers (cf. Lc 19, 38 ; 2, 14). Leur
acclamation, " Béni soit celui qui vient au nom du
Seigneur " (Ps 118, 26), est reprise par l’Église dans le
" Sanctus " de la liturgie eucharistique pour ouvrir
le mémorial de la Pâque du Seigneur.
560 L’entrée de Jésus à Jérusalem manifeste
la Venue du Royaume que le Roi-Messie va accomplir par la Pâque de sa
Mort et de sa Résurrection. C’est par sa célébration, le dimanche
des Rameaux, que la liturgie de l’Église ouvre la grande Semaine
Sainte.
En bref
561 " Toute la vie du Christ fut un
continuel enseignement : ses silences, ses miracles, ses gestes,
sa prière, son amour de l’homme, sa prédilection pour les petits
et les pauvres, l’acceptation du sacrifice total sur la Croix pour
la rédemption du monde, sa Résurrection sont l’actuation de sa
parole et l’accomplissement de la Révélation " (CT 9).
562 Les disciples du Christ doivent se conformer à
Lui jusqu’à ce qu’il soit formé en eux (cf. Ga 4, 19).
" C’est pourquoi nous sommes assumés dans les mystères
de sa vie, configurés à lui, associés à sa mort et à sa
Résurrection, en attendant de l’être à son Règne " (LG
7).
563 Berger ou Mage, on ne peut atteindre Dieu
ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en
l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant.
564 Par sa soumission à Marie et Joseph, ainsi que
par son humble travail pendant de longues années à Nazareth, Jésus
nous donne l’exemple de la sainteté dans la vie quotidienne de la
famille et du travail.
565 Dès le début de sa vie publique, à son
baptême, Jésus est le " Serviteur ",
entièrement consacré à l’œuvre rédemptrice qui s’accomplira
par le " baptême " de sa passion.
566 La tentation au désert montre Jésus, Messie
humble qui triomphe de Satan par sa totale adhésion au dessein de
salut voulu par le Père.
567 Le Royaume des cieux a été inauguré sur la
terre par le Christ. " Il brille aux yeux des hommes dans la
parole, les œuvres et la présence du Christ " (LG 5). L’Église
est le germe et le commencement de ce Royaume. Ses clefs sont
confiées à Pierre.
568 La Transfiguration du Christ a pour but de
fortifier la foi des apôtres en vue de la passion : la montée
sur la " haute montagne " prépare la montée au
Calvaire. Le Christ, Tête de l’Église, manifeste ce que son Corps
contient et rayonne dans les sacrements : " l’espérance
de la Gloire " (Col 1, 27) (cf. S. Léon le Grand, serm. 51,
3 : PL 54, 310C).
569 Jésus est monté volontairement à Jérusalem
tout en sachant qu’il y mourrait de mort violente à cause de la
contradiction de la part des pécheurs (cf. He 12, 3)..
570 L’entrée de Jésus à Jérusalem manifeste
la venue du Royaume que le Roi-Messie, accueilli dans sa ville par les
enfants et les humbles de cœur, va accomplir par la Pâque de sa Mort
et de sa Résurrection.
ARTICLE 4
" JÉSUS-CHRIST A SOUFFERT SOUS PONCE PILATE,
IL A ÉTÉ CRUCIFIÉ, IL EST MORT,
IL A ÉTÉ ENSEVELI "
571 Le mystère pascal de la Croix et de la
Résurrection du Christ est au centre de la Bonne Nouvelle que les
apôtres, et l’Église à leur suite, doivent annoncer au monde. Le
dessein sauveur de Dieu s’est accompli " une fois pour
toutes " (He 9, 26) par la mort rédemptrice de son Fils
Jésus-Christ.
572 L’Église reste fidèle à " l’interprétation
de toutes les Écritures " donnée par Jésus lui-même avant
comme après sa Pâque : " Ne fallait-il pas que le
Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa
gloire ? " (Lc 24, 26-27. 44-45). Les souffrances de
Jésus ont pris leur forme historique concrète du fait qu’il a été
" rejeté par les anciens, les grands prêtres et les
scribes " (Mc 8, 31) qui l’ont " livré aux
païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix " (Mt
20, 19).
573 La foi peut donc essayer de scruter les
circonstances de la mort de Jésus, transmises fidèlement par les Évangiles
(cf. DV 19) et éclairées par d’autres sources historiques, pour
mieux comprendre le sens de la Rédemption.
Paragraphe 1. Jésus et Israël
574 Dès les débuts du ministère public de Jésus,
des Pharisiens et des partisans d’Hérode, avec des prêtres et des
scribes, se sont mis d’accord pour le perdre (cf. Mc 3, 6). Par
certains de ses actes (expulsions de démons, cf. Mt 12, 24 ;
pardon des péchés, cf. Mc 2, 7 ; guérisons le jour du sabbat,
cf. Mc 3, 1-6 ; interprétation originale des préceptes de pureté
de la Loi, cf. Mc 7, 14-23 ; familiarité avec les publicains et
les pécheurs publics, cf. Mc 2, 14-17) Jésus a semblé à certains,
mal intentionnés, suspect de possession (cf. Mc 3, 22 ; Jn 8, 48 ;
10, 20). On l’accuse de blasphème (cf. Mc 2, 7 ; Jn 5, 18 ;
10, 33) et de faux prophétisme (cf. Jn 7, 12 ; 7, 52), crimes
religieux que la Loi châtiait par la peine de mort sous forme de
lapidation (cf. Jn 8, 59 ; 10, 31).
575 Bien des actes et des paroles de Jésus ont
donc été un " signe de contradiction " (Lc 2, 34)
pour les autorités religieuses de Jérusalem, celles que l’Évangile
de S. Jean appelle souvent " les Juifs " (cf. Jn 1,
19 ; 2, 18 ; 5, 10 ; 7, 13 ; 9, 22 ; 18, 12 ;
19, 38 ; 20, 19), plus encore que pour le commun du Peuple de Dieu
(cf. Jn 7, 48-49). Certes, ses rapports avec les Pharisiens ne furent
pas uniquement polémiques. Ce sont des Pharisiens qui le préviennent
du danger qu’il court (cf. Lc 13, 31). Jésus loue certains d’entre
eux comme le scribe de Mc 12, 34 et il mange à plusieurs reprises chez
des Pharisiens (cf. Lc 7, 36 ; 14, 1). Jésus confirme des
doctrines partagées par cette élite religieuse du Peuple de Dieu :
la résurrection des morts (cf. Mt 22, 23-34 ; Lc 20, 39), les
formes de piété (aumône, jeûne et prière, cf. Mt 6, 18) et
l’habitude de s’adresser à Dieu comme Père, le caractère central
du commandement de l’amour de Dieu et du prochain (cf. Mc 12, 28-34).
576 Aux yeux de beaucoup en Israël, Jésus
semble agir contre les institutions essentielles du Peuple élu :
– La soumission à la Loi dans l’intégralité de
ses préceptes écrits et, pour les Pharisiens, dans l’interprétation
de la tradition orale.
– La centralité du Temple de Jérusalem comme lieu
saint où Dieu habite d’une manière privilégiée.
– La foi dans le Dieu unique dont aucun homme ne
peut partager la gloire.
I. Jésus et la Loi
577 Jésus a fait une mise en garde solennelle au
début du Sermon sur la Montagne où Il a présenté la Loi donnée par
Dieu au Sinaï lors de la Première alliance à la lumière de la grâce
de la Nouvelle Alliance :
N’allez pas croire que je sois venu abolir la
Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir mais
accomplir. Car je vous le dis en vérité, avant que ne passent le
ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i ne
passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. Celui donc qui
violera l’un de ces moindres préceptes, sera tenu pour moindre
dans le Royaume des cieux ; au contraire, celui qui les exécutera
et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume de
cieux " (Mt 5, 17-19).
578 Jésus, le Messie d’Israël, le plus grand
donc dans le Royaume des cieux, se devait d’accomplir la Loi en l’exécutant
dans son intégralité jusque dans ses moindres préceptes selon ses
propres paroles. Il est même le seul à avoir pu le faire parfaitement
(cf. Jn 8, 46). Les Juifs, de leur propre aveu, n’ont jamais pu
accomplir la Loi dans son intégralité sans en violer le moindre précepte
(cf. Jn 7, 19 ; Ac 13, 38-41 ; 15, 10). C’est pourquoi à
chaque fête annuelle de l’Expiation, les enfants d’Israël
demandent à Dieu pardon pour leurs transgressions de la Loi. En effet,
la Loi constitue un tout et, comme le rappelle S. Jacques, " aurait-on
observé la Loi tout entière, si l’on commet un écart sur un seul
point, c’est du tout que l’on devient justiciable " (Jc 2,
10 ; cf. Ga 3, 10 ; 5, 3).
579 Ce principe de l’intégralité de
l’observance de la Loi, non seulement dans sa lettre mais dans son
esprit, était cher aux Pharisiens. En le dégageant pour Israël, ils
ont conduit beaucoup de Juifs du temps de Jésus à un zèle religieux
extrême (cf. Rm 10, 2). Celui-ci, s’il ne voulait pas se résoudre en
une casuistique " hypocrite " (cf. Mt 15, 3-7 ;
Lc 11, 39-54), ne pouvait que préparer le Peuple à cette intervention
de Dieu inouïe que sera l’exécution parfaite de la Loi par le seul
Juste à la place de tous les pécheurs (cf. Is 53, 11 ; He 9, 15).
580 L’accomplissement parfait de la Loi ne
pouvait être l’œuvre que du divin Législateur né sujet de la Loi
en la personne du Fils (cf. Ga 4, 4). En Jésus, la Loi n’apparaît
plus gravée sur des tables de pierre mais " au fond du cœur "
(Jr 31, 33) du Serviteur qui, parce qu’il " apporte fidèlement
le droit " (Is 42, 3) est devenu " l’alliance du
peuple " (Is 42, 6). Jésus accomplit la Loi jusqu’à
prendre sur Lui " la malédiction de la Loi " (Ga 3,
13) encourue par ceux qui ne " pratiquent pas tous les préceptes
de la Loi " (Ga 3, 10) car " la mort du Christ a eu
lieu pour racheter les transgressions de la Première alliance "
(He 9, 15).
581 Jésus est apparu aux yeux des Juifs et de
leurs chefs spirituels comme un " rabbi " (cf. Jn
11, 38 ; 3, 2 ; Mt 22, 23-24. 34-36). Il a souvent argumenté
dans le cadre de l’interprétation rabbinique de la Loi (cf. Mt 12, 5 ;
9, 12 ; Mc 2, 23– 27 ; Lc 6, 6-9 ; Jn 7, 22-23). Mais
en même temps, Jésus ne pouvait que heurter les docteurs de la Loi car
il ne se contentait pas de proposer son interprétation parmi les leurs,
" il enseignait comme quelqu’un qui a autorité et non pas
comme les scribes " (Mt 7, 28-29). En lui, c’est la même
Parole de Dieu qui avait retenti au Sinaï pour donner à Moïse la Loi
écrite qui se fait entendre de nouveau sur la Montagne des Béatitudes
(cf. Mt 5, 1). Elle n’abolit pas la Loi mais l’accomplit en
fournissant de manière divine son interprétation ultime : " Vous
avez appris qu’il a été dit aux ancêtres (...) moi je vous dis "
(Mt 5, 33-34). Avec cette même autorité divine, il désavoue certaines
" traditions humaines " (Mc 7, 8) des Pharisiens qui
" annulent la Parole de Dieu " (Mc 7, 13).
582 Allant plus loin, Jésus accomplit la Loi sur
la pureté des aliments, si importante dans la vie quotidienne juive, en
dévoilant son sens " pédagogique " (cf. Ga 3, 24)
par une interprétation divine : " Rien de ce qui pénètre
du dehors dans l’homme ne peut le souiller (...) – ainsi il déclarait
purs tous les aliments. Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille
l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les
desseins pervers " (Mc 7, 18-21). En délivrant avec autorité
divine l’interprétation définitive de la Loi, Jésus s’est trouvé
affronté à certains docteurs de la Loi qui ne recevaient pas son
interprétation de la Loi garantie pourtant par les signes divins qui
l’accompagnaient (cf. Jn 5, 36 ; 10, 25. 37-38 ; 12, 37).
Ceci vaut particulièrement pour la question du sabbat : Jésus
rappelle, souvent avec des arguments rabbiniques (cf. Mc 2, 25-27 ;
Jn 7, 22-24), que le repos du sabbat n’est pas troublé par le service
de Dieu (cf. Mt 12, 5 ; Nb 28, 9) ou du prochain (cf. Lc 13, 15-16 ;
14, 3-4) qu’accomplissent ses guérisons.
II. Jésus et le Temple
583 Jésus, comme les prophètes avant lui, a
professé pour le Temple de Jérusalem le plus profond respect. Il y a
été présenté par Joseph et Marie quarante jours après sa naissance
(cf. Lc 2, 22-39). A l’âge de douze ans, il décide de rester dans le
Temple pour rappeler à ses parents qu’il se doit aux affaires de son
Père (cf. Lc 2, 46-49). Il y est monté chaque année au moins pour la
Pâque pendant sa vie cachée (cf. Lc 2, 41) ; son ministère
public lui-même a été rythmé par ses pèlerinages à Jérusalem pour
les grandes fêtes juives (cf. Jn 2, 13-14 ; 5, 1. 14 ; 7, 1.
10. 14 ; 8, 2 ; 10, 22-23).
584 Jésus est monté au Temple comme au lieu
privilégié de la rencontre de Dieu. Le Temple est pour lui la demeure
de son Père, une maison de prière, et il s’indigne de ce que son
parvis extérieur soit devenu un lieu de trafic (cf. Mt 21, 13). S’il
chasse les marchands du Temple, c’est par amour jaloux pour son Père :
" Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de
commerce. Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : ‘Le
zèle pour ta maison me dévorera’ (Ps 69, 10) " (Jn 2,
16-17). Après sa Résurrection, les apôtres ont gardé un respect
religieux pour le Temple (cf. Ac 2, 46 ; 3, 1 ; 5, 20. 21 ;
etc.).
585 Au seuil de sa passion, Jésus a cependant
annoncé la ruine de ce splendide édifice dont il ne restera plus
pierre sur pierre (cf. Mt 24, 1-2). Il y a ici annonce d’un signe des
derniers temps qui vont s’ouvrir avec sa propre Pâque (cf. Mt 24, 3 ;
Lc 13, 35). Mais cette prophétie a pu être rapportée de manière déformée
par de faux témoins lors de son interrogatoire chez le grand prêtre
(cf. Mc 14, 57-58) et lui être renvoyée comme injure lorsqu’il était
cloué sur la croix (cf. Mt 27, 39-40).
586 Loin d’avoir été hostile au Temple (cf.
Mt 8, 4 ; 23, 21 ; Lc 17, 14 ; Jn 4, 22) où il a donné
l’essentiel de son enseignement (cf. Jn 18, 20), Jésus a voulu payer
l’impôt du Temple en s’associant Pierre (cf. Mt 17, 24-27) qu’il
venait de poser comme fondement pour son Église à venir (cf. Mt 16,
18). Plus encore, il s’est identifié au Temple en se présentant
comme la demeure définitive de Dieu parmi les hommes (cf. Jn 2, 21 ;
Mt 12, 6). C’est pourquoi sa mise à mort corporelle (cf. Jn 2, 18-22)
annonce la destruction du Temple qui manifestera l’entrée dans un
nouvel âge de l’histoire du salut : " L’heure vient
où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez
le Père " (Jn 4, 21 ; cf. Jn 4, 23-24 ; Mt 27, 51 ;
He 9, 11 ; Ap 21, 22).
III. Jésus et la foi d’Israël au Dieu Unique
et Sauveur
587 Si la Loi et le Temple de Jérusalem ont pu
être occasion de " contradiction " (cf. Lc 2, 34)
de la part de Jésus pour les autorités religieuses d’Israël,
c’est son rôle dans la rédemption des péchés, œuvre divine par
excellence, qui a été pour elles la véritable pierre d’achoppement
(cf. Lc 20, 17-18 ; Ps 118, 22).
588 Jésus a scandalisé les Pharisiens en
mangeant avec les publicains et les pécheurs (cf. Lc 5, 30) aussi
familièrement qu’avec eux-mêmes (cf. Lc 7, 36 ; 11, 37 ;
14, 1). Contre ceux d’entre eux " qui se flattaient d’être
des justes et n’avaient que mépris pour les autres " (Lc
18, 9 ; cf. Jn 7, 49 ; 9, 34), Jésus a affirmé : " Je
ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir "
(Lc 5, 32). Il est allé plus loin en proclamant face aux Pharisiens
que, le péché étant universel (cf. Jn 8, 33-36), ceux qui prétendent
ne pas avoir besoin de salut s’aveuglent sur eux-mêmes (cf. Jn 9,
40-41).
589 Jésus a surtout scandalisé parce qu’Il a
identifié sa conduite miséricordieuse envers les pécheurs avec
l’attitude de Dieu Lui-même à leur égard (cf. Mt 9, 13 ; Os 6,
6). Il est allé jusqu’à laisser entendre qu’en partageant la table
des pécheurs (cf. Lc 15, 1-2), Il les admettait au banquet messianique
(cf. Lc 15, 23-32). Mais c’est tout particulièrement en pardonnant
les péchés que Jésus a mis les autorités religieuses d’Israël
devant un dilemme. Ne diraient-elles pas avec justesse dans leur effroi :
" Dieu seul peut pardonner les péchés " (Mc 2, 7) ?
En pardonnant les péchés, ou bien Jésus blasphème car c’est un
homme qui se fait l’égal de Dieu (cf. Jn 5, 18 ; 10, 33), ou
bien Il dit vrai et sa personne rend présent et révèle le nom de Dieu
(cf. Jn 17, 6. 26).
590 Seule l’identité divine de la personne de
Jésus peut justifier une exigence aussi absolue que celle-ci :
" Celui qui n’est pas avec moi est contre moi "
(Mt 12, 30) ; de même quand Il dit qu’il y a en Lui " plus
que Jonas, (...) plus que Salomon " (Mt 12, 41-42), " plus
que le Temple " (Mt 12, 6) ; quand Il rappelle à son
sujet que David a appelé le Messie son Seigneur (cf. Mt 12, 36. 37),
quand Il affirme : " Avant qu’Abraham fut, Je Suis "
(Jn 8, 58) ; et même : " Le Père et moi nous
sommes un " (Jn 10, 30).
591 Jésus a demandé aux autorités religieuses
de Jérusalem de croire en Lui à cause des œuvres de son Père qu’Il
accomplit (cf. Jn 10, 36-38). Mais un tel acte de foi devait passer par
une mystérieuse mort à soi-même pour une nouvelle " naissance
d’en haut " (Jn 3, 7) dans l’attirance de la grâce divine
(cf. Jn 6, 44). Une telle exigence de conversion face à un
accomplissement si surprenant des promesses (cf. Is 53, 1) permet de
comprendre la tragique méprise du Sanhédrin estimant que Jésus méritait
la mort comme blasphémateur (cf. Mc 3, 6 ; Mt 26, 64-66). Ses
membres agissaient ainsi à la fois par ignorance (cf. Lc 23, 34 ;
Ac 3, 17-18) et par l’endurcissement (cf. Mc 3, 5 ; Rm 11, 25) de
l’incrédulité (cf. Rm 11, 20).
En bref
592 Jésus n’a pas aboli la Loi du Sinaï, mais
Il l’a accomplie (cf. Mt 5, 17-19) avec une telle perfection (cf. Jn
8, 46) qu’Il en révèle le sens ultime (cf. Mt 5, 33) et qu’Il
rachète les transgressions contre elle (cf. He 9, 15).
593 Jésus a vénéré le Temple en y montant aux fêtes
juives de pèlerinage et Il a aimé d’un amour jaloux cette demeure
de Dieu parmi les hommes. Le Temple préfigure son mystère. S’Il
annonce sa destruction, c’est comme manifestation de sa propre mise
à mort et de l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du
salut, où son Corps sera le Temple définitif.
594 Jésus a posé des actes, tel le pardon des péchés,
qui L’ont manifesté comme étant le Dieu Sauveur lui-même (cf. Jn
5, 16-18). Certains Juifs, qui, ne reconnaissant pas le Dieu fait
homme (cf. Jn 1, 14), voyaient en Lui un homme qui se fait Dieu (cf.
Jn 10, 33), L’ont jugé comme un blasphémateur.
Paragraphe 2. Jésus est mort crucifié
I. Le procès de Jésus
Divisions des autorités juives à l’égard de Jésus
595 Parmi les autorités religieuses de Jérusalem,
non seulement il s’est trouvé le pharisien Nicodème (cf. Jn 7, 52)
ou le notable Joseph d’Arimathie pour être en secret disciples de Jésus
(cf. Jn 19, 38-39), mais il s’est produit pendant longtemps des
dissensions au sujet de Celui-ci (cf. Jn 9, 16-17 ; 10, 19-21) au
point qu’à la veille même de sa passion, S. Jean peut dire d’eux
qu’" un bon nombre crut en lui ", quoique d’une
manière très imparfaite (Jn 12, 42). Cela n’a rien d’étonnant si
l’on tient compte qu’au lendemain de la Pentecôte " une
multitude de prêtres obéissait à la foi " (Ac 6, 7) et que
" certains du parti des Pharisiens étaient devenus croyants "
(Ac 15, 5) au point que S. Jacques peut dire à S. Paul que " plusieurs
milliers de Juifs ont embrassé la foi et ce sont tous d’ardents
partisans de la Loi " (Ac 21, 20).
596 Les autorités religieuses de Jérusalem
n’ont pas été unanimes dans la conduite à tenir vis-à-vis de Jésus
(cf. Jn 9, 16 ; 10, 19). Les pharisiens ont menacé
d’excommunication ceux qui le suivraient (cf. Jn 9, 22). A ceux qui
craignaient que " tous croient en Jésus et que les Romains
viennent détruire notre Lieu Saint et notre nation " (Jn 11,
48), le grand prêtre Caïphe proposa en prophétisant : " Il
est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la
nation ne périsse pas tout entière " (Jn 11, 49-50). Le Sanhédrin,
ayant déclaré Jésus " passible de mort " (Mt 26,
66) en tant que blasphémateur, mais ayant perdu le droit de mise à
mort (cf. Jn 18, 31), livre Jésus aux Romains en l’accusant de révolte
politique (cf. Lc 23, 2) ce qui mettra celui-ci en parallèle avec
Barrabas accusé de " sédition " (Lc 23, 19). Ce
sont aussi des menaces politiques que les grands prêtres exercent sur
Pilate pour qu’il condamne Jésus à mort (cf. Jn 19, 12. 15. 21).
Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de
la mort de Jésus
597 En tenant compte de la complexité historique
du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et
quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès
(Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en
attribuer la responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem,
malgré les cris d’une foule manipulée (cf. Mc 15, 11) et les
reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la
Pentecôte (cf. Ac 2, 23. 36 ; 3, 13-14 ; 4, 10 ; 5, 30 ;
7, 52 ; 10, 39 ; 13, 27-28 ; 1 Th 2, 14-15). Jésus lui-même
en pardonnant sur la croix (cf. Lc 23, 34) et Pierre à sa suite ont
fait droit à " l’ignorance " (Ac 3, 17) des Juifs
de Jérusalem et même de leurs chefs. Encore moins peut-on, à partir
du cri du peuple : " Que son sang soit sur nous et sur
nos enfants " (Mt 27, 25) qui signifie une formule de
ratification (cf. Ac 5, 28 ; 18, 6), étendre la responsabilité
aux autres Juifs dans l’espace et dans le temps :
Aussi bien l’Église a-t-elle déclaré au
Concile Vatican II : " Ce qui a été commis durant
la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les
Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (...) Les Juifs ne
doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits
comme si cela découlait de la Sainte Écriture " (NA 4).
Tous les pécheurs furent les auteurs de la passion
du Christ
598 L’Église, dans le Magistère de sa foi et
dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que " les
pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de
toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur " (Catech.
R. 1, 5, 11 ; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés
atteignent le Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45 ; Ac 9, 4-5), l’Église
n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus
grave dans le supplice de Jésus, responsabilité dont ils ont trop
souvent accablé uniquement les Juifs :
Nous devons regarder comme coupables de cette
horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés.
Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ
le supplice de la croix, à coup sûr ceux qui se plongent dans les
désordres et dans le mal " crucifient de nouveau dans
leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés
et le couvrent de confusion " (He 6, 6). Et il faut le
reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que
celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’apôtre, " s’ils
avaient connu le Roi de gloire, ils ne l’auraient jamais crucifié "
(1 Co 2, 8). Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître.
Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque
sorte sur Lui nos mains meurtrières (Catech. R. 1, 5, 11).
Et les démons, ce ne sont pas eux qui L’ont
crucifié ; c’est toi qui avec eux L’as crucifié et Le
crucifies encore, en te délectant dans les vices et les péchés
(S. François d’Assise, admon. 5, 3).
II. La mort rédemptrice du Christ dans le dessein
divin de salut
" Jésus livré selon le dessein bien arrêté
de Dieu "
599 La mort violente de Jésus n’a pas été le
fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. Elle
appartient au mystère du dessein de Dieu, comme S. Pierre l’explique
aux Juifs de Jérusalem dès son premier discours de Pentecôte :
" Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la
prescience de Dieu " (Ac 2, 23). Ce langage biblique ne
signifie pas que ceux qui ont " livré Jésus " (Ac
3, 13) n’ont été que les exécutants passifs d’un scénario écrit
d’avance par Dieu.
600 A Dieu tous les moments du temps sont présents
dans leur actualité. Il établit donc son dessein éternel de " prédestination "
en y incluant la réponse libre de chaque homme à sa grâce :
" Oui, vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville
contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce
Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël (cf. Ps 2,
1-2), de telle sorte qu’ils ont accompli tout ce que, dans ta
puissance et ta sagesse, tu avais prédestiné " (Ac 4,
27-28). Dieu a permis les actes issus de leur aveuglement (cf. Mt 26, 54 ;
Jn 18, 36 ; 19, 11) en vue d’accomplir son dessein de salut (cf.
Ac 3, 17-18).
" Mort pour nos péchés selon les Écritures "
601 Ce dessein divin de salut par la mise à mort
du " Serviteur, le Juste " (Is 53, 11 ; cf. Ac
3, 14) avait été annoncé par avance dans l’Écriture comme un mystère
de rédemption universelle, c’est-à-dire de rachat qui libère les
hommes de l’esclavage du péché (cf. Is 53, 11-12 ; Jn 8,
34-36). S. Paul professe, dans une confession de foi qu’il dit avoir
" reçue " (1 Co 15, 3) que " le Christ
est mort pour nos péchés selon les Écritures "
(ibidem ; cf. aussi Ac 3, 18 ; 7, 52 ; 13, 29 ; 26,
22-23). La mort rédemptrice de Jésus accomplit en particulier la prophétie
du Serviteur souffrant (cf. Is 53, 7-8 et Ac 8, 32-35). Jésus lui-même
a présenté le sens de sa vie et de sa mort à la lumière du Serviteur
souffrant (cf. Mt 20, 28). Après sa Résurrection, il a donné cette
interprétation des Écritures aux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24,
25-27), puis aux apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 44-45).
" Dieu l’a fait péché pour nous "
602 S. Pierre peut en conséquence formuler ainsi
la foi apostolique dans le dessein divin de salut : " Vous
avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères par
un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le
Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les
derniers temps à cause de vous " (1 P 1, 18-20). Les péchés
des hommes, consécutifs au péché originel, sont sanctionnés par la
mort (cf. Rm 5, 12 ; 1 Co 15, 56). En envoyant son propre Fils dans
la condition d’esclave (cf. Ph 2, 7), celle d’une humanité déchue
et vouée à la mort à cause du péché (cf. Rm 8, 3), " Dieu
l’a fait péché pour nous, lui qui n’avait pas connu le péché,
afin qu’en lui nous devenions justice pour Dieu " (2 Co 5,
21).
603 Jésus n’a pas connu la réprobation comme
s’il avait lui-même péché (cf. Jn 8, 46). Mais dans l’amour rédempteur
qui l’unissait toujours au Père (cf. Jn 8, 29), il nous a assumé
dans l’égarement de notre péché par rapport à Dieu au point de
pouvoir dire en notre nom sur la croix : " Mon Dieu, mon
Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné " (Mc 15, 34 ; Ps 22,
1). L’ayant rendu ainsi solidaire de nous pécheurs, " Dieu
n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous "
(Rm 8, 32) pour que nous soyons " réconciliés avec Lui par
la mort de son Fils " (Rm 5, 10).
Dieu a l’initiative de l’amour rédempteur
universel
604 En livrant son Fils pour nos péchés, Dieu
manifeste que son dessein sur nous est un dessein d’amour bienveillant
qui précède tout mérite de notre part : " En ceci
consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais
c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de
propitiation pour nos péchés " (1 Jn 4, 10 ; cf. 4,
19). " La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ,
alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous "
(Rm 5, 8).
605 Cet amour est sans exclusion Jésus l’a
rappelé en conclusion de la parabole de la brebis perdue : " Ainsi
on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ses
petits ne se perde " (Mt 18, 14). Il affirme " donner
sa vie en rançon pour la multitude " (Mt 20, 28) ;
ce dernier terme n’est pas restrictif : il oppose l’ensemble de
l’humanité à l’unique personne du Rédempteur qui se livre pour la
sauver (cf. Rm 5, 18-19). L’Église, à la suite des apôtres (cf. 2
Co 5, 15 ; 1 Jn 2, 2), enseigne que le Christ est mort pour tous
les hommes sans exception : " Il n’y a, il n’y a eu
et il n’y aura aucun homme pour qui le Christ n’ait pas souffert "
(Cc. Quiercy en 853 : DS 624).
III. Le Christ s’est offert lui-même à son Père
pour nos péchés
Toute la vie du Christ est offrande au Père
606 Le Fils de Dieu, " descendu du ciel
non pour faire sa volonté mais celle de son Père qui l’a envoyé "
(Jn 6, 38), " dit en entrant dans le monde : (...) Voici
je viens (...) pour faire ô Dieu ta volonté. (...) C’est en vertu de
cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de
Jésus-Christ, une fois pour toutes " (He 10, 5-10). Dès le
premier instant de son Incarnation, le Fils épouse le dessein de salut
divin dans sa mission rédemptrice : " Ma nourriture est
de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre
à bonne fin " (Jn 4, 34). Le sacrifice de Jésus " pour
les péchés du monde entier " (1 Jn 2, 2) est l’expression
de sa communion d’amour au Père : " Le Père m’aime
parce que je donne ma vie " (Jn 10, 17). " Il faut
que le monde sache que j’aime le Père et que je fais comme le Père
m’a commandé " (Jn 14, 31).
607 Ce désir d’épouser le dessein d’amour rédempteur
de son Père anime toute la vie de Jésus (cf. Lc 12, 50 ; 22, 15 ;
Mt 16, 21-23) car sa passion rédemptrice est la raison d’être de son
Incarnation : " Père, sauve-moi de cette heure !
Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure " (Jn
12, 27). " La coupe que m’a donnée le Père ne la boirai-je
pas ? " (Jn 18, 11). Et encore sur la croix avant que
" tout soit accompli " (Jn 19, 30), il dit :
" J’ai soif " (Jn 19, 28).
" L’Agneau qui enlève le péché du
monde "
608 Après avoir accepté de Lui donner le Baptême
à la suite des pécheurs (cf. Lc 3, 21 ; Mt 3, 14-15),
Jean-Baptiste a vu et montré en Jésus l’Agneau de Dieu, qui enlève
les péchés du monde (cf. Jn 1, 29. 36). Il manifeste ainsi que Jésus
est à la fois le Serviteur souffrant qui, silencieux, se laisse mener
à l’abattoir (cf. Is 53, 7 ; Jr 11, 19) et porte le péché des
multitudes (cf. Is 53, 12), et l’agneau Pascal symbole de la rédemption
d’Israël lors de la première Pâque (cf. Ex 12, 3-14 ; Jn 19,
36 ; 1 Co 5, 7). Toute la vie du Christ exprime sa mission :
servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Mc 10, 45).
Jésus épouse librement l’amour rédempteur du Père
609 En épousant dans son cœur humain l’amour
du Père pour les hommes, Jésus " les a aimés jusqu’à la
fin " (Jn 13, 1) " car il n’y a pas de plus grand
amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime " (Jn 15,
13). Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue
l’instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des
hommes (cf. He 2, 10. 17-18 ; 4, 15 ; 5, 7-9). En effet, il a
librement accepté sa passion et sa mort par amour de son Père et des
hommes que Celui-ci veut sauver : " Personne ne m’enlève
la vie, mais je la donne de moi-même " (Jn 10, 18). D’où
la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la
mort (cf. Jn 18, 4-6 ; Mt 26, 53).
A la Cène Jésus a anticipé l’offrande libre de
sa vie
610 Jésus a exprimé suprêmement l’offrande
libre de Lui-même dans le repas pris avec les douze apôtres (cf. Mt
26, 20), dans " la nuit où Il fut livré " (1 Co
11, 23). La veille de sa passion, alors qu’Il était encore libre, Jésus
a fait de cette dernière Cène avec ses apôtres le mémorial de son
offrande volontaire au Père (cf. 1 Co 5, 7) pour le salut des hommes :
" Ceci est mon corps donné pour vous " (Lc
22, 19). " Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va
être répandu pour une multitude en rémission des péchés "
(Mt 26, 28).
611 L’Eucharistie qu’il institue à ce moment
sera le " mémorial " (1 Co 11, 25) de son
sacrifice. Jésus inclut les apôtres dans sa propre offrande et leur
demande de la perpétuer (cf. Lc 22, 19). Par là, Jésus institue ses
apôtres prêtres de l’Alliance Nouvelle : " Pour eux
Je me consacre afin qu’ils soient eux aussi consacrés dans la vérité "
(Jn 17, 19 ; cf. Cc. Trente : DS 1752 ; 1764).
L’agonie à Gethsémani
612 La coupe de la Nouvelle Alliance, que Jésus
a anticipée à la Cène en s’offrant lui-même (cf. Lc 22, 20), il
l’accepte ensuite des mains du Père dans son agonie à Gethsémani
(cf. Mt 26, 42) en se faisant " obéissant jusqu’à la mort "
(Ph 2, 8 ; cf. He 5, 7-8). Jésus prie : " Mon Père,
s’il est possible que cette coupe passe loin de moi... " (Mt
26, 39). Il exprime ainsi l’horreur que représente la mort pour sa
nature humaine. En effet celle-ci, comme la nôtre, est destinée à la
vie éternelle ; en plus, à la différence de la nôtre, elle est
parfaitement exempte du péché (cf. He 4, 15) qui cause la mort (cf. Rm
5, 12) ; mais surtout elle est assumée par la personne divine du
" Prince de la Vie " (Ac 3, 15), du " Vivant "
(Ap 1, 17 ; cf. Jn 1, 4 ; 5, 26). En acceptant dans sa volonté
humaine que la volonté du Père soit faite (cf. Mt 26, 42), il accepte
sa mort en tant que rédemptrice pour " porter lui-même nos
fautes dans son corps sur le bois " (1 P 2, 24).
La mort du Christ est le sacrifice unique et définitif
613 La mort du Christ est à la fois le sacrifice
Pascal qui accomplit la rédemption définitive des hommes (cf. 1 Co
5, 7 ; Jn 8, 34-36) par l’Agneau qui porte le péché du monde
(cf. Jn 1, 29 ; 1 P 1, 19) et le sacrifice de la Nouvelle
Alliance (cf. 1 Co 11, 25) qui remet l’homme en communion avec
Dieu (cf. Ex 24, 8) en le réconciliant avec Lui par le sang répandu
pour la multitude en rémission des péchés (cf. Mt 26, 28 ; Lv
16, 15-16).
614 Ce sacrifice du Christ est unique, il achève
et dépasse tous les sacrifices (cf. He 10, 10). Il est d’abord un don
de Dieu le Père lui-même : c’est le Père qui livre son Fils
pour nous réconcilier avec lui (cf. 1 Jn 4, 10). Il est en même temps
offrande du Fils de Dieu fait homme qui, librement et par amour (cf. Jn
15, 13), offre sa vie (cf. Jn 10, 17-18) à son Père par l’Esprit
Saint (cf. He 9, 14), pour réparer notre désobéissance.
Jésus substitue son obéissance à notre désobéissance
615 " Comme par la désobéissance
d’un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par
l’obéissance d’un seul la multitude sera constituée juste "
(Rm 5, 19). Par son obéissance jusqu’à la mort, Jésus a accompli la
substitution du Serviteur souffrant qui " offre sa vie en sacrifice
expiatoire ", " alors qu’il portait le péché
des multitudes " " qu’il justifie en s’accablant
lui-même de leurs fautes " (Is 53, 10-12). Jésus a réparé
pour nos fautes et satisfait au Père pour nos péchés (cf. Cc. Trente :
DS 1529).
Sur la croix, Jésus consomme son sacrifice
616 C’est " l’amour jusqu’à la
fin " (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation,
d’expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. Il nous a tous
connus et aimés dans l’offrande de sa vie (cf. Ga 2, 20 ; Ep 5,
2. 25). " L’amour du Christ nous presse, à la pensée que,
si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts " (2 Co
5, 14). Aucun homme, fût-il le plus saint, n’était en mesure de
prendre sur lui les péchés de tous les hommes et de s’offrir en
sacrifice pour tous. L’existence dans le Christ de la Personne divine
du Fils, qui dépasse et, en même temps, embrasse toutes les personnes
humaines, et qui le constitue Tête de toute l’humanité, rend
possible son sacrifice rédempteur pour tous.
617 " Par sa sainte passion, sur le
bois de la Croix, Il nous a mérité la justification "
enseigne le Concile de Trente (DS 1529) : soulignant le caractère
unique du sacrifice du Christ comme " principe de salut éternel "
(He 5, 9). Et l’Église vénère la Croix en chantant : " Salut,
O Croix, notre unique espérance " (Hymne " Vexilla
Regis ").
Notre participation au sacrifice du Christ
618 La Croix est l’unique sacrifice du Christ
" seul médiateur entre Dieu et les hommes " (1 Tm
2, 5). Mais, parce que, dans sa Personne divine incarnée, " il
s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme " (GS 22,
§ 2), il " offre à tous les hommes, d’une façon que Dieu
connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal "
(GS 22, § 5). Il appelle ses disciples à " prendre leur
croix et à le suivre " (Mt 16, 24) car " il a
souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions
ses pas " (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son
sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires
(cf. Mc 10, 39 ; Jn 21, 18-19 ; Col 1, 24). Cela s’accomplit
suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au
mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35) :
En dehors de la Croix il n’y a pas d’autre échelle
par où monter au ciel (Ste. Rose de Lima, vita).
En bref
619 " Le Christ est mort pour nos péchés
selon les Écritures " (1 Co 15, 3).
620 Notre salut découle de l’initiative
d’amour de Dieu envers nous car " c’est lui qui nous a
aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos
péchés " (1 Jn 4, 10). " C’est Dieu qui dans
le Christ se réconciliait le monde " (2 Co 5, 19).
621 Jésus s’est offert librement pour notre
salut. Ce don, il le signifie et le réalise à l’avance pendant
la dernière cène : " Ceci est mon corps, qui va être
donné pour vous " (Lc 22, 19).
622 En ceci consiste la rédemption du Christ :
il " est venu donner sa vie en rançon pour la multitude "
(Mt 20, 28), c’est-à-dire " aimer les siens jusqu’à
la fin " (Jn 13, 1) pour qu’ils soient " affranchis
de la vaine conduite héritée de leurs pères " (1 P 1,
18).
623 Par son obéissance aimante au Père, " jusqu’à
la mort de la croix " (Ph 2, 8), Jésus accomplit la
mission expiatrice (cf. Is 53, 10) du Serviteur souffrant qui " justifie
les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes "
(Is 53, 11 ; cf. Rm 5, 19).
Paragraphe 3. Jésus-Christ a été enseveli
624 " Par la grâce de Dieu, au bénéfice
de tout homme, il a goûté la mort " (He 2, 9). Dans son
dessein de salut, Dieu a disposé que son Fils non seulement " mourrait
pour nos péchés " (1 Co 15, 3) mais aussi qu’il " goûterait
la mort ", c’est-à-dire connaîtrait l’état de mort,
l’état de séparation entre son âme et son corps, durant le temps
compris entre le moment où il a expiré sur la croix et le moment où
il est ressuscité. Cet état du Christ mort est le mystère du sépulcre
et de la descente aux enfers. C’est le mystère du Samedi Saint où le
Christ déposé au tombeau (cf. Jn 19, 42) manifeste le grand repos
sabbatique de Dieu (cf. He 4, 7-9) après l’accomplissement (cf. Jn
19, 30) du salut des hommes qui met en paix l’univers entier (cf. Col
1, 18-20).
Le Christ au sépulcre dans son corps
625 Le séjour du Christ au tombeau constitue le
lien réel entre l’état passible du Christ avant Pâque et son actuel
état glorieux de Ressuscité. C’est la même personne du " Vivant "
qui peut dire : " J’ai été mort et me voici vivant
pour les siècles des siècles " (Ap 1, 18) :
Dieu [le Fils] n’a pas empêché la mort de séparer
l’âme du corps, selon l’ordre nécessaire à la nature, mais il
les a de nouveau réunis l’un à l’autre par la Résurrection,
afin d’être lui-même dans sa personne le point de rencontre
de la mort et de la vie en arrêtant en lui la décomposition de
la nature produite par la mort et en devenant lui-même principe de
réunion pour les parties séparées (S. Grégoire de Nysse, or.
catech. 16 : PG 45, 52B).
626 Puisque le " Prince de la vie "
qu’on a mis à mort (Ac 3, 15) est bien le même que " le
Vivant qui est ressuscité " (Lc 24, 5-6), il faut que la
personne divine du Fils de Dieu ait continué à assumer son âme et son
corps séparés entre eux par la mort :
Du fait qu’à la mort du Christ l’âme a été
séparée de la chair, la personne unique ne s’est pas trouvée
divisée en deux personnes ; car le corps et l’âme du Christ
ont existé au même titre dès le début dans la personne du Verbe ;
et dans la mort, quoique séparés l’un de l’autre, ils sont
restés chacun avec la même et unique personne du Verbe (S. Jean
Damascène, f. o. 3, 27 : PG 94, 1098A).
" Tu ne laisseras pas ton saint voir la
corruption "
627 La mort du Christ a été une vraie mort en
tant qu’elle a mis fin à son existence humaine terrestre. Mais à
cause de l’union que la Personne du Fils a gardé avec son Corps, il
n’est pas devenu une dépouille mortelle comme les autres car " il
n’était pas possible qu’il fût retenu en son pouvoir (de la mort) "
(Ac 2, 24). C’est pourquoi " la vertu divine a préservé le
corps du Christ de la corruption " (S. Thomas d’A., s. th.
3, 51, 3). Du Christ on peut dire à la fois : " Il a été
retranché de la terre des vivants " (Is 53, 8) ; et :
" Ma chair reposera dans l’espérance que tu
n’abandonneras pas mon âme aux enfers et ne laisseras pas ton saint
voir la corruption " (Ac 2, 26-27 ; cf. Ps 16, 9-10). La
Résurrection de Jésus " le troisième jour " (1 Co
15, 4 ; Lc 24, 46 ; cf. Mt 12, 40 ; Jon 2, 1 ; Os 6,
2) en était la preuve car la corruption était censée se manifester à
partir du quatrième jour (cf. Jn 11, 39).
" Ensevelis avec le Christ... "
628 Le Baptême, dont le signe originel et plénier
est l’immersion, signifie efficacement la descente au tombeau du chrétien
qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie nouvelle :
" Nous avons été ensevelis avec le Christ par le Baptême
dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la
gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle "
(Rm 6, 4 ; cf. Col 2, 12 ; Ep 5, 26).
En bref
629 Au bénéfice de tout homme Jésus a goûté la
mort (cf. He 2, 9). C’est vraiment le Fils de Dieu fait homme qui
est mort et qui a été enseveli.
630 Pendant le séjour du Christ au tombeau sa
Personne divine a continué à assumer tant son âme que son corps séparés
pourtant entre eux par la mort. C’est pourquoi le corps du Christ
mort " n’a pas vu la corruption " (Ac 12, 37).
ARTICLE 5
" JÉSUS-CHRIST EST DESCENDU AUX ENFERS,
EST RESSUSCITÉ DES MORTS LE TROISIÈME JOUR "
631 " Jésus est descendu dans les régions
inférieures de la terre. Celui qui est descendu est le même que celui
qui est aussi monté " (Ep 4, 9-10). Le Symbole des apôtres
confesse en un même article de foi la descente du Christ aux enfers et
sa Résurrection des morts le troisième jour, parce que dans sa Pâque
c’est du fond de la mort qu’il a fait jaillir la vie :
Le Christ, ton Fils
qui, remonté des Enfers,
répandit sur le genre humain sa sereine clarté,
et vit et règne pour les siècles des siècles.
Amen
(MR, Vigile Pascale 18 : Exsultet)
Paragraphe 1. Le Christ est descendu aux enfers
632 Les fréquentes affirmations du Nouveau
Testament selon lesquelles Jésus " est ressuscité d’entre
les morts " (Ac 3, 15 ; Rm 8, 11 ; 1 Co 15, 20) présupposent,
préalablement à la résurrection, que celui-ci soit demeuré dans le séjour
des morts (cf. He 13, 20). C’est le sens premier que la prédication
apostolique a donné à la descente de Jésus aux enfers : Jésus a
connu la mort comme tous les hommes et les a rejoints par son âme au séjour
des morts. Mais il y est descendu en Sauveur, proclamant la bonne
nouvelle aux esprits qui y étaient détenus (cf. 1 P 3, 18-19).
633 Le séjour des morts où le Christ mort est
descendu, l’Écriture l’appelle les enfers, le Shéol ou l’Hadès
(cf. Ph 2, 10 ; Ac 2, 24 ; Ap 1, 18 ; Ep 4, 9) parce que
ceux qui s’y trouvent sont privés de la vision de Dieu (cf. Ps 6, 6 ;
88, 11-13). Tel est en effet, en attendant le Rédempteur, le cas de
tous les morts, méchants ou justes (cf. Ps 89, 49 ; 1 S 28, 19 ;
Ez 32, 17-32) ce qui ne veut pas dire que leur sort soit identique comme
le montre Jésus dans la parabole du pauvre Lazare reçu dans " le
sein d’Abraham " (cf. Lc 16, 22-26). " Ce sont précisément
ces âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein
d’Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu’il descendit aux enfers "
(Catech. R. 1, 6, 3). Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer
les damnés (cf. Cc. Rome de 745 : DS 587) ni pour détruire
l’enfer de la damnation (cf. DS 1011 ; 1077) mais pour libérer
les justes qui l’avaient précédé (cf. Cc. Tolède IV en 625 :
DS 485 ; Mt 27, 52-53).
634 " La Bonne Nouvelle a été également
annoncée aux morts... " (1 P 4, 6). La descente aux enfers
est l’accomplissement, jusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique
du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus,
phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa
signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous
les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui
sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.
635 Le Christ est donc descendu dans la
profondeur de la mort (cf. Mt 12, 24 ; Rm 10, 7 ; Ep 4, 9)
afin que " les morts entendent la voix du Fils de Dieu et que
ceux qui l’auront entendue vivent " (Jn 5, 25). Jésus,
" le Prince de la vie " (Ac 3, 15), a " réduit
à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort,
c’est-à-dire le diable, et a affranchi tous ceux qui, leur vie entière,
étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort " (He 2,
14-15). Désormais le Christ ressuscité " détient la clef de
la mort et de l’Hadès " (Ap 1, 18) et " au nom de
Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers "
(Ph 2, 10).
Un grand silence règne aujourd’hui sur la
terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence
parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce
que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller
ceux qui dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam,
notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous
ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort.
Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve,
captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils
(...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton
Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour
que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi
d’entre les morts, je suis la Vie des morts’ (Ancienne homélie
pour le Samedi Saint : PG 43, 440A. 452C. 461).
En bref
636 Dans l’expression " Jésus est
descendu aux enfers ", le symbole confesse que Jésus est
mort réellement, et que, par sa mort pour nous, il a vaincu la mort
et le diable " qui a la puissance de la mort "
(He 2, 14).
637 Le Christ mort, dans son âme unie à sa
personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert aux
justes qui l’avaient précédé les portes du ciel.
Paragraphe 2. Le troisième jour il est ressuscité
des morts
638 " Nous vous annonçons la Bonne
Nouvelle : la promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en
notre faveur à nous, leurs enfants : Il a ressuscité Jésus "
(Ac 13, 32-33). La Résurrection de Jésus est la vérité culminante de
notre foi dans le Christ, crue et vécue comme vérité centrale par la
première communauté chrétienne, transmise comme fondamentale par la
Tradition, établie par les documents du Nouveau Testament, prêchée
comme partie essentielle du mystère pascal en même temps que la Croix :
Le Christ est ressuscité des morts.
Par sa mort Il a vaincu la mort,
Aux morts Il a donné la vie.
(Liturgie byzantine, Tropaire de Pâques)
I. L’événement historique et transcendant
639 Le mystère de la résurrection du Christ est
un événement réel qui a eu des manifestations historiquement constatées
comme l’atteste le Nouveau Testament. Déjà S. Paul peut écrire aux
Corinthiens vers l’an 56 : " Je vous ai donc transmis
ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour
nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau,
qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, qu’il
est apparu à Céphas, puis aux Douze " (1 Co 15, 3-4). L’apôtre
parle ici de la vivante tradition de la Résurrection qu’il
avait apprise après sa conversion aux portes de Damas (cf. Ac 9, 3-18).
Le tombeau vide
640 " Pourquoi chercher le Vivant parmi
les morts ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité "
(Lc 24, 5-6). Dans le cadre des événements de Pâques, le premier élément
que l’on rencontre est le sépulcre vide. Il n’est pas en soi une
preuve directe. L’absence du corps du Christ dans le tombeau pourrait
s’expliquer autrement (cf. Jn 20, 13 ; Mt 28, 11-15). Malgré
cela, le sépulcre vide a constitué pour tous un signe essentiel. Sa découverte
par les disciples a été le premier pas vers la reconnaissance du fait
de la Résurrection. C’est le cas des saintes femmes d’abord (cf. Lc
24, 3. 22-23), puis de Pierre (cf. Lc 24, 12). " Le disciple
que Jésus aimait " (Jn 20, 2) affirme qu’en entrant dans le
tombeau vide et en découvrant " les linges gisant "
(Jn 20, 6) " il vit et il crut " (Jn 20, 8). Cela
suppose qu’il ait constaté dans l’état du sépulcre vide (cf. Jn
20, 5-7) que l’absence du corps de Jésus n’a pas pu être une œuvre
humaine et que Jésus n’était pas simplement revenu à une vie
terrestre comme cela avait été le cas de Lazare (cf. Jn 11, 44).
Les apparitions du Ressuscité
641 Marie de Magdala et les saintes femmes, qui
venaient achever d’embaumer le corps de Jésus (cf. Mc 16, 1 ; Lc
24, 1) enseveli à la hâte à cause de l’arrivée du Sabbat le soir
du Vendredi Saint (cf. Jn 19, 31. 42), ont été les premières à
rencontrer le Ressuscité (cf. Mt 28, 9-10 ; Jn 20, 11-18). Ainsi
les femmes furent les premières messagères de la Résurrection du
Christ pour les apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 9-10). C’est à eux
que Jésus apparaît ensuite, d’abord à Pierre, puis aux Douze (cf. 1
Co 15, 5). Pierre, appelé à confirmer la foi de ses frères (cf. Lc
22, 31-32), voit donc le Ressuscité avant eux et c’est sur son témoignage
que la communauté s’écrie : " C’est bien vrai !
Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon " (Lc
24, 34. 36).
642 Tout ce qui est arrivé dans ces journées
Pascales engage chacun des apôtres – et Pierre tout particulièrement
– dans la construction de l’ère nouvelle qui a débuté au matin de
Pâques. Comme témoins du Ressuscité ils demeurent les pierres de
fondation de son Église. La foi de la première communauté des
croyants est fondée sur le témoignage d’hommes concrets, connus des
chrétiens et, pour la plupart, vivant encore parmi eux. Ces " témoins
de la Résurrection du Christ " (cf. Ac 1, 22) sont avant tout
Pierre et les Douze, mais pas seulement eux : Paul parle clairement
de plus de cinq cents personnes auxquelles Jésus est apparu en une
seule fois, en plus de Jacques et de tous les apôtres (cf. 1 Co 15,
4-8).
643 Devant ces témoignages il est impossible
d’interpréter la Résurrection du Christ en-dehors de l’ordre
physique, et de ne pas la reconnaître comme un fait historique. Il résulte
des faits que la foi des disciples a été soumise à l’épreuve
radicale de la passion et de la mort en croix de leur maître annoncée
par celui-ci à l’avance (cf. Lc 22, 31-32). La secousse provoquée
par la passion fut si grande que les disciples (tout au moins certains
d’entre eux) ne crurent pas aussitôt à la nouvelle de la résurrection.
Loin de nous montrer une communauté saisie par une exaltation mystique,
les Évangiles nous présentent les disciples abattus ( "le
visage sombre " : Lc 24, 17) et effrayés (cf. Jn 20,
19). C’est pourquoi ils n’ont pas cru les saintes femmes de retour
du tombeau et " leurs propos leur ont semblé du radotage "
(Lc 24, 11 ; cf. Mc 16, 11. 13). Quand Jésus se manifeste aux onze
au soir de Pâques, " il leur reproche leur incrédulité et
leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l’avaient vu
ressuscité " (Mc 16, 14).
644 Même mis devant la réalité de Jésus
ressuscité, les disciples doutent encore (cf. Lc 24, 38), tellement la
chose leur paraît impossible : ils croient voir un esprit (cf. Lc
24, 39). " Dans leur joie ils ne croient pas encore et
demeurent saisis d’étonnement " (Lc 24, 41). Thomas connaîtra
la même épreuve du doute (cf. Jn 20, 24-27) et, lors de la dernière
apparition en Galilée rapportée par Matthieu, " certains
cependant doutèrent " (Mt 28, 17). C’est pourquoi
l’hypothèse selon laquelle la résurrection aurait été un " produit "
de la foi (ou de la crédulité) des apôtres est sans consistance. Bien
au contraire, leur foi dans la Résurrection est née – sous
l’action de la grâce divine – de l’expérience directe de la réalité
de Jésus ressuscité.
L’état de l’humanité ressuscitée du Christ
645 Jésus ressuscité établit avec ses
disciples des rapports directs, à travers le toucher (cf. Lc 24, 39 ;
Jn 20, 27) et le partage du repas (cf. Lc 24, 30. 41-43 ; Jn 21, 9.
13-15). Il les invite par là à reconnaître qu’il n’est pas un
esprit (cf. Lc 24, 39) mais surtout à constater que le corps ressuscité
avec lequel il se présente à eux est le même qui a été martyrisé
et crucifié puisqu’il porte encore les traces de sa passion (cf. Lc
24, 40 ; Jn 20, 20. 27). Ce corps authentique et réel possède
pourtant en même temps les propriétés nouvelles d’un corps glorieux :
il n’est plus situé dans l’espace et le temps, mais peut se rendre
présent à sa guise où et quand il veut (cf. Mt 28, 9. 16-17 ; Lc
24, 15. 36 ; Jn 20, 14. 19. 26 ; 21, 4) car son humanité ne
peut plus être retenue sur terre et n’appartient plus qu’au domaine
divin du Père (cf. Jn 20, 17). Pour cette raison aussi Jésus ressuscité
est souverainement libre d’apparaître comme il veut : sous
l’apparence d’un jardinier (cf. Jn 20, 14-15) ou " sous
d’autres traits " (Mc 16, 12) que ceux qui étaient
familiers aux disciples, et cela pour susciter leur foi (cf. Jn 20, 14.
16 ; 21, 4. 7).
646 La Résurrection du Christ ne fut pas un
retour à la vie terrestre, comme ce fut le cas pour les résurrections
qu’il avait accomplies avant Pâques : la fille de Jaïre, le
jeune de Naïm, Lazare. Ces faits étaient des événements miraculeux,
mais les personnes miraculées retrouvaient, par le pouvoir de Jésus,
une vie terrestre " ordinaire ". A un certain
moment, ils mourront de nouveau. La Résurrection du Christ est
essentiellement différente. Dans son corps ressuscité, il passe de
l’état de mort à une autre vie au-delà du temps et de l’espace.
Le corps de Jésus est, dans la Résurrection, rempli de la puissance du
Saint-Esprit ; il participe à la vie divine dans l’état de sa
gloire, si bien que S. Paul peut dire du Christ qu’il est " l’homme
céleste " (cf. 1 Co 15, 35-50).
La Résurrection comme événement transcendant
647 " O nuit, chante l’‘Exsultet’
de Pâques, toi seule as pu connaître le moment où le Christ est sorti
vivant du séjour des morts " (MR, Vigile Pascale). En effet,
personne n’a été le témoin oculaire de l’événement même de la
Résurrection et aucun évangéliste ne le décrit. Personne n’a pu
dire comment elle s’était faite physiquement. Moins encore son
essence la plus intime, le passage à une autre vie, fut perceptible aux
sens. Événement historique constatable par le signe du tombeau vide et
par la réalité des rencontres des apôtres avec le Christ ressuscité,
la Résurrection n’en demeure pas moins, en ce qu’elle transcende et
dépasse l’histoire, au cœur du mystère de la foi. C’est pourquoi
le Christ ressuscité ne se manifeste pas au monde (cf. Jn 14, 22) mais
à ses disciples, " à ceux qui étaient montés avec lui de
Galilée à Jérusalem, ceux-là mêmes qui sont maintenant ses témoins
auprès du peuple " (Ac 13, 31).
II. La Résurrection – œuvre de la Sainte
Trinité
648 La Résurrection du Christ est objet de foi
en tant qu’elle est une intervention transcendante de Dieu lui-même
dans la création et dans l’histoire. En elle, les trois Personnes
divines à la fois agissent ensemble et manifestent leur originalité
propre. Elle s’est fait par la puissance du Père qui " a
ressuscité " (cf. Ac 2, 24) le Christ, son Fils, et a de
cette façon introduit de manière parfaite son humanité – avec son
corps – dans la Trinité. Jésus est définitivement révélé " Fils
de Dieu avec puissance selon l’Esprit, par sa Résurrection d’entre
les morts " (Rm 1, 3-4). S. Paul insiste sur la manifestation
de la puissance de Dieu (cf. Rm 6, 4 ; 2 Co 13, 4 ; Ph 3, 10 ;
Ep 1, 19-22 ; He 7, 16) par l’œuvre de l’Esprit qui a vivifié
l’humanité morte de Jésus et l’a appelée à l’état glorieux de
Seigneur.
649 Quant au Fils, il opère sa propre Résurrection
en vertu de sa puissance divine. Jésus annonce que le Fils de l’homme
devra beaucoup souffrir, mourir, et ensuite ressusciter (sens actif du
mot) (cf. Mc 8, 31 ; 9, 9-31 ; 10, 34). Ailleurs, il affirme
explicitement : " Je donne ma vie pour la reprendre.
(...) J’ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre "
(Jn 10, 17-18). " Nous croyons (...) que Jésus est mort, puis
est ressuscité " (1 Th 4, 14).
650 Les Pères contemplent la Résurrection à
partir de la personne divine du Christ qui est restée unie à son âme
et à son corps séparés entre eux par la mort : " Par
l’unité de la nature divine qui demeure présente dans chacune des
deux parties de l’homme, celles-ci s’unissent à nouveau. Ainsi la
mort se produit par la séparation du composé humain, et la Résurrection
par l’union des deux parties séparées " (S. Grégoire de
Nysse, res. 1 : PG 46, 617B) ; cf. aussi DS 325 ; 359 ;
369 ; 539).
III. Sens et portée salvifique de la Résurrection
651 " Si le Christ n’est pas
ressuscité, alors notre prédication est vaine et vaine aussi notre foi "
(1 Co 15, 14). La Résurrection constitue avant tout la confirmation de
tout ce que le Christ lui-même a fait et enseigné. Toutes les vérités,
même les plus inaccessibles à l’esprit humain, trouvent leur
justification si en ressuscitant le Christ a donné la preuve définitive
qu’il avait promise, de son autorité divine.
652 La Résurrection du Christ est accomplissement
des promesses de l’Ancien Testament (cf. Lc 24, 26-27. 44-48) et
de Jésus lui-même durant sa vie terrestre (cf. Mt 28, 6 ; Mc 16,
7 ; Lc 24, 6-7). L’expression " selon les Écritures "
(cf. 1 Co 15, 3-4 et le Symbole de Nicée-Constantinople) indique que la
Résurrection du Christ accomplit ces prédictions.
653 La vérité de la divinité de Jésus
est confirmée par sa Résurrection. Il avait dit : " Quand
vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors vous saurez que Je Suis "
(Jn 8, 28). La Résurrection du Crucifié démontra qu’il était
vraiment " Je Suis ", le Fils de Dieu et Dieu Lui-même.
S. Paul a pu déclarer aux Juifs : " La promesse faite à
nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur (...) ; il a
ressuscité Jésus, ainsi qu’il était écrit au Psaume premier :
Tu es mon Fils, moi-même aujourd’hui je t’ai engendré "
(Ac 13, 32. 34 ; cf. Ps 2, 7). La Résurrection du Christ est étroitement
liée au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu. Elle en est
l’accomplissement selon le dessein éternel de Dieu.
654 Il y a un double aspect dans le mystère
Pascal : par sa mort il nous libère du péché, par sa Résurrection
il nous ouvre l’accès à une nouvelle vie. Celle-ci est d’abord la
justification qui nous remet dans la grâce de Dieu (cf. Rm 4, 25)
" afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous
vivions nous aussi dans une vie nouvelle " (Rm 6, 4). Elle
consiste en la victoire sur la mort du péché et dans la nouvelle
participation à la grâce (cf. Ep 2, 4-5 ; 1 P 1, 3). Elle
accomplit l’adoption filiale car les hommes deviennent frères
du Christ, comme Jésus lui-même appelle ses disciples après sa Résurrection :
" Allez annoncer à mes frères " (Mt 28, 10 ;
Jn 20, 17). Frères non par nature, mais par don de la grâce, parce que
cette filiation adoptive procure une participation réelle à la vie du
Fils unique, qui s’est pleinement révélée dans sa Résurrection.
655 Enfin, la Résurrection du Christ – et le
Christ ressuscité lui-même – est principe et source de notre résurrection
future : " Le Christ est ressuscité des morts, prémices
de ceux qui se sont endormis (...), de même que tous meurent en Adam,
tous aussi revivront dans le Christ " (1 Co 15, 20-22). Dans
l’attente de cet accomplissement, le Christ ressuscité vit dans le cœur
de ses fidèles. En Lui les chrétiens " goûtent aux forces
du monde à venir " (He 6, 5) et leur vie est entraînée par
le Christ au sein de la vie divine (cf. Col 3, 1-3) " afin
qu’ils ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et
ressuscité pour eux " (2 Co 5, 15).
En bref
656 La foi en la Résurrection a pour objet un événement
à la fois historiquement attesté par les disciples qui ont réellement
rencontré le Ressuscité, et mystérieusement transcendant en tant
qu’entrée de l’humanité du Christ dans la gloire de Dieu.
657 Le tombeau vide et les linges gisants
signifient par eux-mêmes que le corps du Christ a échappé
aux liens de la mort et de la corruption par la puissance de Dieu. Ils
préparent les disciples à la rencontre du Ressuscité.
658 Le Christ, " premier né d’entre
les morts " (Col 1, 18), est le principe de notre propre résurrection,
dès maintenant par la justification de notre âme (cf. Rm 6, 4), plus
tard par la vivification de notre corps (cf. Rm 8, 11).
ARTICLE 6
" JÉSUS EST MONTÉ AUX CIEUX,
IL SIÈGE À LA DROITE DE DIEU, LE PÈRE TOUT-PUISSANT "
659 " Or le Seigneur Jésus, après
leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de
Dieu " (Mc 16, 19). Le Corps du Christ a été glorifiée dès
l’instant de sa Résurrection comme le prouvent les propriétés
nouvelles et surnaturelles dont jouit désormais son corps en permanence
(cf. Lc 24, 31 ; Jn 20, 19. 26). Mais pendant les quarante jours où
il va manger et boire familièrement avec ses disciples (cf. Ac 10, 41)
et les instruire sur le Royaume (cf. Ac 1, 3), sa gloire reste encore
voilée sous les traits d’une humanité ordinaire (cf. Mc 16, 12 ;
Lc 24, 15 ; Jn 20, 14-15 ; 21, 4). La dernière apparition de
Jésus se termine par l’entrée irréversible de son humanité dans la
gloire divine symbolisée par la nuée (cf. Ac 1, 9 ; cf. aussi Lc
9, 34-35 ; Ex 13, 22) et par le ciel (cf. Lc 24, 51) où il siège
désormais à la droite de Dieu (cf. Mc 16, 19 ; Ac 2, 33 ; 7,
56 ; cf. aussi Ps 110, 1). Ce n’est que de manière tout à fait
exceptionnelle et unique qu’il se montrera à Paul " comme
à l’avorton " (1 Co 15, 8) en une dernière apparition qui
le constitue apôtre (cf. 1 Co 9, 1 ; Ga 1, 16).
660 Le caractère voilé de la gloire du
Ressuscité pendant ce temps transparaît dans sa parole mystérieuse à
Marie-Madeleine : " Je ne suis pas encore monté vers le
Père. Mais va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père
et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu " (Jn 20, 17).
Ceci indique une différence de manifestation entre la gloire du Christ
ressuscité et celle du Christ exalté à la droite du Père. L’événement
à la fois historique et transcendant de l’Ascension marque la
transition de l’une à l’autre.
661 Cette dernière étape demeure étroitement
unie à la première, c’est-à-dire à la descente du ciel réalisée
dans l’Incarnation. Seul celui qui est " sorti du Père "
peut " retourner au Père " : le Christ (cf. Jn
16, 28). " Personne n’est jamais monté aux cieux sinon le
Fils de l’Homme qui est descendu des cieux " (Jn 3, 13 ;
cf. Ep 4, 8-10). Laissée à ses forces naturelles, l’humanité n’a
pas accès à la " Maison du Père " (Jn 14, 2), à
la vie et à la félicité de Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès
à l’homme, " de sorte que nous, ses membres, nous ayons
l’espérance de le rejoindre là où Lui, notre Tête et notre
Principe, nous a précédés " (MR, Préface de l’Ascension)
662 " Moi, une fois élevé de terre,
j’attirerai tous les hommes à moi " (Jn 12, 32). L’élévation
sur la Croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au
ciel. Elle en est le début. Jésus-Christ, l’unique Prêtre de
l’Alliance nouvelle et éternelle, n’est pas " entré dans
un sanctuaire fait de mains d’hommes (...) mais dans le ciel, afin de
paraître maintenant à la face de Dieu en notre faveur " (He
7, 24). Au ciel le Christ exerce en permanence son sacerdoce, " étant
toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par lui
s’avancent vers Dieu " (He 9, 25). Comme " grand
prêtre des biens à venir " (He 9, 11), il est le centre et
l’acteur principal de la liturgie qui honore le Père dans les cieux
(cf. Ap 4, 6-11).
663 Le Christ, désormais, siège à la droite
du Père : : " Par droite du Père nous
entendons la gloire et l’honneur de la divinité, où celui qui
existait comme Fils de Dieu avant tous les siècles comme Dieu et
consubstantiel au Père, s’est assis corporellement après qu’il
s’est incarné et que sa chair a été glorifiée " (S. Jean
Damascène, f. o. 4, 2 : PG 94, 1104C).
664 La session à la droite du Père signifie
l’inauguration du règne du Messie, accomplissement de la vision du
prophète Daniel concernant le Fils de l’homme : " A
lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples,
nations et langues le servirent. Son empire est un empire à jamais, qui
ne passera point et son royaume ne sera point détruit " (Dn
7, 14). A partir de ce moment, les apôtres sont devenus les témoins du
" Règne qui n’aura pas de fin " (Symbole de Nicée-Constantinople).
En bref
665 L’ascension du Christ marque l’entrée définitive
de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il
reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des
hommes (cf. Col 3, 3).
666 Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède
dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps,
vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui.
667 Jésus-Christ, étant entré une fois pour
toutes dans le sanctuaire du ciel, intercède sans cesse pour nous
comme le médiateur qui nous assure en permanence l’effusion de
l’Esprit Saint .
ARTICLE 7
" D’OÙ IL VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS "
I. Il reviendra dans la gloire
Le Christ règne déjà par l’Église...
668 " Le Christ est mort et revenu à
la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants " (Rm
14, 9). L’Ascension du Christ au Ciel signifie sa participation, dans
son humanité, à la puissance et à l’autorité de Dieu lui-même. Jésus-Christ
est Seigneur : il possède tout pouvoir dans les cieux et sur la
terre. Il est " au-dessus de toute autorité, pouvoir,
puissance et souveraineté ", car le Père " a tout
mis sous ses pieds " (Ep 1, 20-22). Le Christ est le Seigneur
du cosmos (cf. Ep 4, 10 ; 1 Co 15, 24. 27-28) et de l’histoire.
En lui, l’histoire de l’homme et même toute la création trouvent
leur " récapitulation " (Ep 1, 10), leur achèvement
transcendant.
669 Comme Seigneur, le Christ est aussi la tête
de l’Église qui est son Corps (cf. Ep 1, 22). Élevé au ciel et
glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, il demeure sur la
terre dans son Église. La Rédemption est la source de l’autorité
que le Christ, en vertu de l’Esprit Saint, exerce sur l’Église (cf.
Ep 4, 11-13). " Le règne du Christ est déjà mystérieusement
présent dans l’Église ", " germe et commencement
de ce Royaume sur la terre " (LG 3 ; 5).
670 Depuis l’Ascension, le dessein de Dieu est
entré dans son accomplissement. Nous sommes déjà à " la
dernière heure " (1 Jn 2, 18 ; cf. 1 P 4, 7). " Ainsi
donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous. Le
renouvellement du monde est irrévocablement acquis et, en toute réalité,
anticipé dès maintenant : en effet, déjà sur la terre l’Église
est parée d’une sainteté imparfaite mais véritable " (LG
48). Le Royaume du Christ manifeste déjà sa présence par les signes
miraculeux (cf. Mc 16, 17-18) qui accompagnent son annonce par l’Église
(cf. Mc 16, 20).
... en attendant que tout Lui soit soumis
671 Déjà présent dans son Église, le Règne
du Christ n’est cependant pas encore achevé " avec
puissance et grande gloire " (Lc 21, 27 ; cf. Mt 25, 31)
par l’avènement du Roi sur la terre. Ce Règne est encore attaqué
par les puissances mauvaises (cf. 2 Th 2, 7) même si elles ont été déjà
vaincues à la base par la Pâque du Christ. Jusqu’à ce que tout lui
ai été soumis (cf. 1 Co 15, 28), " jusqu’à l’heure où
seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice
habite, l’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses
institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe ;
elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement
encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la
manifestation des fils de Dieu " (LG 48). Pour cette raison
les chrétiens prient, surtout dans l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 26),
pour hâter le retour du Christ (cf. 2 P 3, 11-12) en lui disant :
" Viens, Seigneur " (1 Co 16, 22 ; Ap 22, 17.
20).
672 Le Christ a affirmé avant son Ascension que
ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du
Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7) qui devait
apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11, 1-9),
l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps
présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage
(cf. Ac 1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la " détresse "
(1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n’épargne pas
l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours
(cf. 1 Jn 2, 18 ; 4, 3 ; 1 Tm 4, 1). C’est un temps
d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13 ; Mc 13, 33-37).
L’avènement glorieux du Christ, espérance
d’Israël
673 Depuis l’Ascension, l’avènement du
Christ dans la gloire est imminent (cf. Ap 22, 20) même s’il ne nous
" appartient pas de connaître les temps et les moments que le
Père a fixés de sa seule autorité " (Ac 1, 7 ; cf. Mc
13, 32). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment
(cf. Mt 24, 44 ; 1 Th 5, 2) même s’il est " retenu ",
lui et l’épreuve finale qui le précédera (cf. 2 Th 2, 3-12).
674 La venue du Messie glorieux est suspendue à
tout moment de l’histoire (cf. Rm 11, 31) à sa reconnaissance par
" tout Israël " (Rm 11, 26 ; Mt 23, 39) dont
" une partie s’est endurcie " (Rm 11, 25) dans
" l’incrédulité " (Rm 11, 20) envers Jésus. S.
Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte : " Repentez-vous
et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés et
qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. Il enverra alors
le Christ qui vous est destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder
jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans
la bouche de ses saints prophètes " (Ac 3, 19-21). Et S. Paul
lui fait écho : " Si leur mise à l’écart fut une réconciliation
pour le monde, que sera leur assomption, sinon la vie sortant des morts ? "
(Rm 11, 15). L’entrée de " la plénitude des juifs "
(Rm 11, 12) dans le salut messianique, à la suite de " la plénitude
des païens " (Rm 11, 25 ; cf. Lc 21, 24), donnera au
Peuple de Dieu de " réaliser la plénitude du Christ "
(Ep 4, 13) dans laquelle " Dieu sera tout en tous "
(1 Co 15, 28).
L’Épreuve ultime de l’Église
675 Avant l’avènement du Christ, l’Église
doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux
croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne
son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera
le " mystère d’iniquité " sous la forme d’une
imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à
leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture
religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle
d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la
place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ;
1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18. 22).
676 Cette imposture antichristique se dessine déjà
dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans
l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever
qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique : même
sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du
Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout
sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, " intrinsèquement
perverse " (cf. Pie XI, enc. " Divini Redemptoris "
condamnant le " faux mysticisme " de cette " contrefaçon
de la rédemption des humbles " ; GS 20-21).
677 L’Église n’entrera dans la gloire du
Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur
dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne
s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf.
Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur
le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du
Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte
du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après
l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3,
12-13).
II. Pour juger les vivants et les morts
678 A la suite des prophètes (cf. Dn 7, 10 ;
Jl 3-4 ; Ml 3, 19) et de Jean-Baptiste (cf. Mt 3, 7-12), Jésus a
annoncé dans sa prédication le Jugement du dernier Jour. Alors seront
mis en lumière la conduite de chacun (cf. Mc 12, 38-40) et le secret
des cœurs (cf. Lc 12, 1-3 ; Jn 3, 20-21 ; Rm 2, 16 ; 1
Co 4, 5). Alors sera condamnée l’incrédulité coupable qui a tenu
pour rien la grâce offerte par Dieu (cf. Mt 11, 20-24 ; 12,
41-42). L’attitude par rapport au prochain révélera l’accueil ou
le refus de la grâce et de l’amour divin (cf. Mt 5, 22 ; 7,
1-5). Jésus dira au dernier jour : " Tout ce que vous
avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi
que vous l’avez fait " (Mt 25, 40).
679 Le Christ est Seigneur de la vie éternelle.
Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des
hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a " acquis "
ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis " le
jugement tout entier au Fils " (Jn 5, 22 ; cf. Jn 5, 27 ;
Mt 25, 31 ; Ac 10, 42 ; 17, 31 ; 2 Tm 4, 1). Or, le Fils
n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf. Jn 3, 17) et pour
donner la vie qui est en lui (cf. Jn 5, 26). C’est par le refus de la
grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jn 3, 18 ;
12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Co 3, 12-15) et peut même se
damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Mt 12,
32 ; He 6, 4-6 ; 10, 26-31).
En bref
680 Le Christ Seigneur règne déjà par l’Église,
mais toutes choses de ce monde ne lui sont pas encore soumises. Le
triomphe du Royaume du Christ ne se fera pas sans un dernier assaut
des puissances du mal.
681 Au Jour du Jugement, lors de la fin du monde,
le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe définitif
du bien sur le mal qui, comme le grain et l’ivraie, auront grandi
ensemble au cours de l’histoire .
682 En venant à la fin des temps juger les vivants
et les morts, le Christ glorieux révélera la disposition secrète
des cœurs et rendra à chaque homme selon ses œuvres et selon son
accueil ou son refus de la grâce.
CHAPITRE TROISIÈME
JE CROIS EN L’ESPRIT SAINT
683 " Nul ne peut appeler Jésus
Seigneur sinon dans l’Esprit Saint " (1 Co 12, 3). " Dieu
a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! "
(Ga 4, 6). Cette connaissance de foi n’est possible que dans
l’Esprit Saint. Pour être en contact avec le Christ, il faut
d’abord avoir été touché par l’Esprit Saint. C’est lui qui
vient au devant de nous, et suscite en nous la foi. De par notre Baptême,
premier sacrement de la foi, la Vie, qui a sa source dans le Père et
nous est offerte dans le Fils, nous est communiquée intimement et
personnellement par l’Esprit Saint dans l’Église :
Le Baptême nous accorde la grâce de la nouvelle
naissance en Dieu le Père par le moyen de son Fils dans l’Esprit
Saint. Car ceux qui portent l’Esprit de Dieu sont conduits au
Verbe, c’est-à-dire au Fils ; mais le Fils les présente au
Père, et le Père leur procure l’incorruptibilité. Donc, sans
l’Esprit, il n’est pas possible de voir le Fils de Dieu, et,
sans le Fils, personne ne peut approcher du Père, car la
connaissance du Père, c’est le Fils, et la connaissance du Fils
de Dieu se fait par l’Esprit Saint (S. Irénée, dem. 7).
684 L’Esprit Saint par sa grâce, est premier
dans l’éveil de notre foi et dans la vie nouvelle qui est de " connaître
le Père et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ " (Jn 17,
3). Cependant il est dernier dans la révélation des Personnes de la
Trinité Sainte. S. Grégoire de Nazianze, " le Théologien ",
explique cette progression par la pédagogie de la " condescendance "
divine :
L’Ancien Testament proclamait manifestement le
Père, le Fils plus obscurément. Le Nouveau a manifesté le Fils, a
fait entrevoir la divinité de l’Esprit. Maintenant l’Esprit a
droit de cité parmi nous et nous accorde une vision plus claire de
lui-même. En effet il n’était pas prudent, quand on ne
confessait pas encore la divinité du Père, de proclamer
ouvertement le Fils et, quand la divinité du Fils n’était pas
encore admise, d’ajouter l’Esprit Saint comme un fardeau supplémentaire,
pour employer une expression un peu hardie... C’est par des
avances et des progressions " de gloire en gloire "
que la lumière de la Trinité éclatera en plus brillantes clartés
(S. Grégoire de Naz., or. theol. 5, 26 : PG 36, 161C).
685 Croire en l’Esprit Saint c’est donc
professer que l’Esprit Saint est l’une des Personnes de la Trinité
Sainte, consubstantielle au Père et au Fils, " adoré et
glorifié avec le Père et le Fils " (Symbole de Nicée-Constantinople).
C’est pourquoi il a été question du mystère divin de l’Esprit
Saint dans la " théologie " trinitaire. Ici il ne
s’agira donc de l’Esprit Saint que dans " l’économie "
divine.
686 L’Esprit Saint est à l’œuvre avec le Père
et le Fils du commencement à la consommation du dessein de notre salut.
Mais c’est dans les " derniers temps ", inaugurés
avec l’Incarnation rédemptrice du Fils, qu’Il est révélé et donné,
reconnu et accueilli comme Personne. Alors ce dessein divin, achevé
dans le Christ, " Premier-Né " et Tête de la
nouvelle création, pourra prendre corps dans l’humanité par
l’Esprit répandu : l’Église, la communion des saints, la rémission
des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle.
ARTICLE 8
" JE CROIS EN L’ESPRIT SAINT "
687 " Nul ne connaît ce qui concerne
Dieu, sinon l’Esprit de Dieu " (1 Co 2, 11). Or, son Esprit
qui le révèle nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa Parole
vivante, mais ne se dit pas lui-même. Celui qui " a parlé
par les prophètes " nous fait entendre la Parole du Père.
Mais lui, nous ne l’entendons pas. Nous ne le connaissons que dans le
mouvement où il nous révèle le Verbe et nous dispose à
L’accueillir dans la foi. L’Esprit de Vérité qui nous " dévoile "
le Christ " ne parle pas de lui-même " (Jn 16, 13).
Un tel effacement, proprement divin, explique pourquoi " le
monde ne peut pas le recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le
connaît ", tandis que ceux qui croient au Christ le
connaissent parce qu’il demeure avec eux (Jn 14, 17).
688 L’Église, communion vivante dans la foi
des apôtres qu’elle transmet, est le lieu de notre connaissance de
l’Esprit Saint :
– dans les Écritures qu’Il a inspirées ;
– dans la Tradition, dont les Pères de l’Église
sont les témoins toujours actuels ;
– dans le Magistère de l’Église qu’Il assiste ;
– dans la liturgie sacramentelle, à travers ses
paroles et ses symboles, où l’Esprit Saint nous met en communion avec
le Christ ;
– dans la prière dans laquelle Il intercède pour
nous ;
– dans les charismes et les ministères par
lesquels l’Église est édifiée ;
– dans les signes de vie apostolique et
missionnaire ;
– dans le témoignage des saints où Il manifeste
sa sainteté et continue l’œuvre du salut.
I. La mission conjointe du Fils et de l’Esprit
689 Celui que le Père a envoyé dans nos cœurs,
l’Esprit de son Fils (cf. Ga 4, 6) est réellement Dieu.
Consubstantiel au Père et au Fils, il en est inséparable, tant dans la
Vie intime de la Trinité que dans son don d’amour pour le monde. Mais
en adorant la Trinité Sainte, vivifiante, consubstantielle et
indivisible, la foi de l’Église professe aussi la distinction des
Personnes. Quand le Père envoie son Verbe, Il envoie toujours son
Souffle : mission conjointe où le Fils et l’Esprit Saint sont
distincts mais inséparables. Certes, c’est le Christ qui paraît,
Lui, l’Image visible du Dieu invisible, mais c’est l’Esprit Saint
qui Le révèle.
690 Jésus est Christ, " oint ",
parce que l’Esprit en est l’Onction et tout ce qui advient à partir
de l’Incarnation découle de cette plénitude (cf. Jn 3, 34). Quand
enfin le Christ est glorifié (cf. Jn 7, 39), il peut à son tour,
d’auprès du Père, envoyer l’Esprit à ceux qui croient en lui :
il leur communique sa Gloire (cf. Jn 17, 22), c’est-à-dire l’Esprit
Saint qui le glorifie (cf. Jn 16, 14). La mission conjointe se déploiera
dès lors dans les enfants adoptés par le Père dans le Corps de son
Fils : la mission de l’Esprit d’adoption sera de les unir au
Christ et de les faire vivre en lui :
La notion de l’onction suggère (...) qu’il
n’y a aucune distance entre le Fils et l’Esprit. En effet de même
qu’entre la surface du corps et l’onction de l’huile ni la
raison ni la sensation ne connaissent aucun intermédiaire, ainsi
est immédiat le contact du Fils avec l’Esprit, si bien que pour
celui qui va prendre contact avec le Fils par la foi, il est nécessaire
de rencontrer d’abord l’huile par le contact. En effet il n’y
a aucune partie qui soit nue de l’Esprit Saint. C’est pourquoi
la confession de la Seigneurie du Fils se fait dans l’Esprit Saint
pour ceux qui la reçoivent, l’Esprit venant de toutes parts au
devant de ceux qui s’approchent par la foi (S. Grégoire de Nysse,
Spir. 3, 1 : PG 45, 1321A-B).
II. Le nom, les appellations et les symboles de
l’Esprit Saint
Le nom propre de l’Esprit Saint
691 " Saint-Esprit ", tel est
le nom propre de Celui que nous adorons et glorifions avec le Père et
le Fils. L’Église l’a reçu du Seigneur et le professe dans le Baptême
de ses nouveaux enfants (cf. Mt 28, 19).
Le terme " Esprit " traduit le
terme hébreu Ruah qui, dans son sens premier, signifie souffle,
air, vent. Jésus utilise justement l’image sensible du vent pour suggérer
à Nicodème la nouveauté transcendante de Celui qui est
personnellement le Souffle de Dieu, l’Esprit divin (Jn 3, 5-8).
D’autre part, Esprit et Saint sont des attributs divins communs aux
Trois Personnes divines. Mais en joignant les deux termes, l’Écriture,
la liturgie et le langage théologique désignent la Personne ineffable
de l’Esprit Saint, sans équivoque possible avec les autres emplois
des termes " esprit " et " saint ".
Les appellations de l’Esprit Saint
692 Jésus, lorsqu’il annonce et promet la
venue de l’Esprit Saint, le nomme le " Paraclet ",
littéralement : " celui qui est appelé auprès ",
ad-vocatus (Jn 14, 16. 26 ; 15, 26 ; 16, 7). " Paraclet "
est traduit habituellement par " Consolateur ", Jésus
étant le premier consolateur (cf. 1 Jn 2, 1). Le Seigneur lui-même
appelle l’Esprit Saint " l’Esprit de Vérité "
(Jn 16, 13).
693 Outre son nom propre, qui est le plus employé
dans les Actes des apôtres et les Épîtres, on trouve chez S. Paul les
appellations : l’Esprit de la promesse (Ga 3, 14 ; Ep 1,
13), l’Esprit d’adoption (Rm 8, 15 ; Ga 4, 6), l’Esprit du
Christ (Rm 8, 11), l’Esprit du Seigneur (2 Co 3, 17), l’Esprit de
Dieu (Rm 8, 9. 14 ; 15, 19 ; 1 Co 6, 11 ; 7, 40), et chez
S. Pierre, l’Esprit de gloire (1 P 4, 14).
Les symboles de l’Esprit Saint
694 L’eau. Le symbolisme de l’eau est
significatif de l’action de l’Esprit Saint dans le Baptême,
puisque, après l’invocation de l’Esprit Saint, elle devient le
signe sacramentel efficace de la nouvelle naissance : de même que
la gestation de notre première naissance s’est opérée dans l’eau,
de même l’eau baptismale signifie réellement que notre naissance à
la vie divine nous est donnée dans l’Esprit Saint. Mais " baptisés
dans un seul Esprit ", nous sommes aussi " abreuvés
d’un seul Esprit " (1 Co 12, 13) : l’Esprit est donc
aussi personnellement l’Eau vive qui jaillit du Christ crucifié (cf.
Jn 19, 34 ; 1 Jn 5, 8) comme de sa source et qui en nous jaillit en
Vie éternelle (cf. Jn 4, 10-14 ; 7, 38 ; Ex 17, 1-6 ; Is
55, 1 ; Za 14, 8 ; 1 Co 10, 4 ; Ap 21, 6 ; 22, 17).
695 L’onction. Le symbolisme de l’onction
d’huile est aussi significatif de l’Esprit Saint, jusqu’à en
devenir le synonyme (cf. 1 Jn 2, 20. 27 ; 2 Co 1, 21). Dans
l’initiation chrétienne, elle est le signe sacramentel de la
Confirmation, appelée justement dans les Églises d’Orient " Chrismation ".
Mais pour en saisir toute la force, il faut revenir à l’Onction première
accomplie par l’Esprit Saint : celle de Jésus. Christ [ "Messie "
à partir de l’hébreu] signifie " Oint " de
l’Esprit de Dieu. Il y a eu des " oints " du
Seigneur dans l’Ancienne Alliance (cf. Ex 30, 22-32), le roi David éminemment
(cf. 1 S 16, 13). Mais Jésus est l’Oint de Dieu d’une manière
unique : l’humanité que le Fils assume est totalement " ointe
de l’Esprit Saint ". Jésus est constitué " Christ "
par l’Esprit Saint (cf. Lc 4, 18-19 ; Is 61, 1). La Vierge Marie
conçoit le Christ de l’Esprit Saint qui par l’ange l’annonce
comme Christ lors de sa naissance (cf. Lc 2, 11) et pousse Siméon à
venir au Temple voir le Christ du Seigneur (cf. Lc 2, 26-27) ;
c’est lui qui emplit le Christ (cf. Lc 4, 1) et dont la puissance sort
du Christ dans ses actes de guérison et de salut (cf. Lc 6, 19 ;
8, 46). C’est lui enfin qui ressuscite Jésus d’entre les morts (cf.
Rm 1, 4 ; 8, 11). Alors, constitué pleinement " Christ "
dans son Humanité victorieuse de la mort (cf. Ac 2, 36), Jésus répand
à profusion l’Esprit Saint jusqu’à ce que " les saints "
constituent, dans leur union à l’Humanité du Fils de Dieu, " cet
Homme parfait (...) qui réalise la plénitude du Christ " (Ep
4, 13) : " le Christ total ", selon
l’expression de S. Augustin (serm. 341, 1, 1 ; ibid., 9,
11).
696 Le feu. Alors que l’eau signifiait la
naissance et la fécondité de la Vie donnée dans l’Esprit Saint, le
feu symbolise l’énergie transformante des actes de l’Esprit Saint.
Le prophète Elie, qui " se leva comme un feu et dont la
parole brûlait comme une torche " (Si 48, 1), par sa prière
attire le feu du ciel sur le sacrifice du mont Carmel (cf. 1 R 18,
38-39), figure du feu de l’Esprit Saint qui transforme ce qu’il
touche. Jean-Baptiste, " qui marche devant le Seigneur avec
‘l’esprit’ et la puissance d’Elie " (Lc 1, 17) annonce
le Christ comme celui qui " baptisera dans l’Esprit Saint et
le feu " (Lc 3, 16), cet Esprit dont Jésus dira : " Je
suis venu jeter un feu sur la terre et combien je voudrais qu’il fût
déjà allumé " (Lc 12, 49). C’est sous la forme de langues
" qu’on eût dites de feu " que l’Esprit Saint
se pose sur les disciples au matin de la Pentecôte et les remplit de
lui (Ac 2, 3-4). La tradition spirituelle retiendra ce symbolisme du feu
comme l’un des plus expressifs de l’action de l’Esprit Saint (cf.
S. Jean de la Croix, llama). " N’éteignez pas l’Esprit "
(1 Th 5, 19).
697 La nuée et la lumière. Ces deux
symboles sont inséparables dans les manifestations de l’Esprit Saint.
Dès les théophanies de l’Ancien Testament, la Nuée, tantôt
obscure, tantôt lumineuse, révèle le Dieu vivant et sauveur, en
voilant la transcendance de sa Gloire : avec Moïse sur la montagne
du Sinaï (cf. Ex 24, 15-18), à la Tente de Réunion (cf. Ex 33, 9-10)
et durant la marche au désert (cf. Ex 40, 36-38 ; 1 Co 10, 1-2) ;
avec Salomon lors de la dédicace du Temple (cf. 1 R 8, 10-12). Or ces
figures sont accomplies par le Christ dans l’Esprit Saint. C’est
Celui-ci qui vient sur la Vierge Marie et la prend " sous son
ombre " pour qu’elle conçoive et enfante Jésus (Lc 1, 35).
Sur la montagne de la Transfiguration, c’est lui qui " survient
dans la nuée qui prend sous son ombre " Jésus, Moïse et
Elie, Pierre, Jacques et Jean, et " de la nuée sort une voix
qui dit : ‘Celui-ci est mon Fils, mon Élu, écoutez-le’ "
(Lc 9, 34-35). C’est enfin la même Nuée qui " dérobe Jésus
aux yeux " des disciples le jour de l’Ascension (Ac 1, 9) et
qui le révélera Fils de l’homme dans sa Gloire au Jour de son Avènement
(cf. Lc 21, 27).
698 Le sceau est un symbole proche de celui de
l’Onction. C’est en effet le Christ que " Dieu a marqué
de son sceau " (Jn 6, 27) et c’est en lui que le Père nous
marque aussi de son sceau (2 Co 1, 22 ; Ep 1, 13 ; 4, 30).
Parce qu’elle indique l’effet indélébile de l’Onction de
l’Esprit Saint dans les sacrements du Baptême, de la Confirmation et
de l’Ordre, l’image du sceau (sphragis) a été utilisée
dans certaines traditions théologiques pour exprimer le " caractère "
ineffaçable imprimé par ces trois sacrements qui ne peuvent être réitérés.
699 La main . C’est en imposant les mains que Jésus
guérit les malades (cf. Mc 6, 5 ; 8, 23) et bénit les petits
enfants (cf. Mc 10, 16). En son nom, les apôtres feront de même (cf.
Mc 16, 18 ; Ac 5, 12 ; 14, 3). Mieux encore, c’est par
l’imposition des mains des apôtres que l’Esprit Saint est donné
(cf. Ac 8, 17-19 ; 13, 3 ; 19, 6). L’Épître aux Hébreux
met l’imposition des mains au nombre des " articles
fondamentaux " de son enseignement (cf. He 6, 2). Ce signe de
l’effusion toute-puissante de l’Esprit Saint, l’Église l’a gardé
dans ses épiclèses sacramentelles.
700 Le doigt. " C’est par le doigt de
Dieu que [Jésus] expulse les démons " (Lc 11, 20). Si la Loi
de Dieu a été écrite sur des tables de pierre " par le
doigt de Dieu " (Ex 31, 18), " la lettre du Christ ",
remise aux soins des apôtres, " est écrite avec l’Esprit
du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de
chair, sur les cœurs " (2 Co 3, 3). L’hymne " Veni,
Creator Spiritus " invoque l’Esprit Saint comme " le
doigt de la droite du Père " (In Dominica Pentecostes,
Hymnus ad I et II Vesperas).
701 La colombe. A la fin du déluge (dont le
symbolisme concerne le Baptême), la colombe lâchée par Noé revient,
un rameau tout frais d’olivier dans le bec, signe que la terre est de
nouveau habitable (cf. Gn 8, 8-12). Quand le Christ remonte de l’eau
de son baptême, l’Esprit Saint, sous forme d’une colombe, descend
sur lui et y demeure (cf. Mt 3, 16 par.). L’Esprit descend et repose
dans le cœur purifié des baptisés. Dans certaines églises, la sainte
Réserve eucharistique est conservée dans un réceptacle métallique en
forme de colombe (le columbarium) suspendu au-dessus de
l’autel. Le symbole de la colombe pour suggérer l’Esprit Saint est
traditionnel dans l’iconographie chrétienne.
III. L’Esprit et la Parole de Dieu dans le temps
des promesses
702 Du commencement jusqu’à " la Plénitude
du temps " (Ga 4, 4), la mission conjointe du Verbe et de
l’Esprit du Père demeure cachée, mais elle est à l’œuvre.
L’Esprit de Dieu y prépare le temps du Messie, et l’un et
l’autre, sans être encore pleinement révélés, y sont déjà promis
afin d’être attendus et accueillis lors de leur manifestation.
C’est pourquoi lorsque l’Église lit l’Ancien Testament (cf. 2 Co
3, 14), elle y scrute (cf. Jn 5, 39. 46) ce que l’Esprit, " qui
a parlé par les prophètes ", veut nous dire du Christ.
Par " prophètes ", la foi de
l’Église entend ici tous ceux que l’Esprit Saint a inspirés dans
la vivante annonce et dans la rédaction des livres saints, tant de
l’Ancien que du Nouveau Testament. La tradition juive distingue la Loi
(les cinq premiers livres ou Pentateuque), les Prophètes (nos livres
dits historiques et prophétiques) et les Écrits (surtout sapientiels,
en particulier les Psaumes) (cf. Lc 24, 44).
Dans la création
703 La Parole de Dieu et son Souffle sont à
l’origine de l’être et de la vie de toute créature (cf. Ps 33, 6 ;
104, 30 ; Gn 1, 2 ; 2, 7 ; Qo 3, 20-21 ; Ez 37, 10) :
Au Saint-Esprit il convient de régner, de
sanctifier et d’animer la création, car il est Dieu
consubstantiel au Père et au Fils (...). A Lui revient le pouvoir
sur la vie, car étant Dieu il garde la création dans le Père par
le Fils (Liturgie byzantine, Tropaire des matines des dimanches du
second mode).
704 " Quant à l’homme, c’est de
ses propres mains [c’est-à-dire le Fils et l’Esprit Saint] que Dieu
le façonna (...) et Il dessina sur la chair façonnée sa propre forme,
de façon que même ce qui serait visible portât la forme divine "
(S. Irénée, dem. 11).
L’Esprit de la promesse
705 Défiguré par le péché et par la mort,
l’homme demeure " à l’image de Dieu ", à
l’image du Fils, mais il est " privé de la Gloire de Dieu "
(Rm 3, 23), privé de la " ressemblance ". La
promesse faite à Abraham inaugure l’économie du salut au terme de
laquelle le Fils lui-même assumera " l’image "
(cf. Jn 1, 14 ; Ph 2, 7) et la restaurera dans " la
ressemblance " avec le Père en lui redonnant la Gloire,
l’Esprit " qui donne la Vie ".
706 Contre toute espérance humaine, Dieu promet
à Abraham une descendance, comme fruit de la foi et de la puissance de
l’Esprit Saint (cf. Gn 18, 1-15 ; Lc 1, 26-38. 54-55 ; Jn 1,
12-13 ; Rm 4, 16-21). En elle seront bénies toutes les nations de
la terre (cf. Gn 12, 3). Cette descendance sera le Christ (cf. Ga 3, 16)
en qui l’effusion de l’Esprit Saint fera " l’unité des
enfants de Dieu dispersés " (cf. Jn 11, 52). En s’engageant
par serment (cf. Lc 1, 73), Dieu s’engage déjà au don de son Fils
Bien-aimé (cf. Gn 22, 17-19 ; Rm 8, 32 ; Jn 3, 16) et au don
de " l’Esprit de la Promesse (...) qui (...) prépare la rédemption
du Peuple que Dieu s’est acquis " (Ep 1, 13-14 ; cf. Ga
3, 14).
Dans les Théophanies et la Loi
707 Les Théophanies (manifestations de Dieu)
illuminent le chemin de la promesse, des patriarches à Moïse et de
Josué jusqu’aux visions qui inaugurent la mission des grands prophètes.
La tradition chrétienne a toujours reconnu que dans ces Théophanies le
Verbe de Dieu se laissait voir et entendre, à la fois révélé et
" ombré " dans la Nuée de l’Esprit Saint.
708 Cette pédagogie de Dieu apparaît spécialement
dans le don de la Loi (cf. Ex 19-20 ; Dt 1-11 ; 29-30). La Loi
a été donnée comme un " pédagogue " pour
conduire le Peuple vers le Christ (Ga 3, 24). Mais son impuissance à
sauver l’homme privé de la " ressemblance "
divine et la connaissance accrue qu’elle donne du péché (cf. Rm 3,
20) suscitent le désir de l’Esprit Saint. Les gémissements des
Psaumes en témoignent.
Dans le Royaume et l’Exil
709 La Loi, signe de la promesse et de
l’alliance, aurait dû régir le cœur et les institutions du Peuple
issu de la foi d’Abraham. " Si vous écoutez ma voix et
gardez mon alliance, je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, pour
une nation sainte " (Ex 19, 5-6 ; cf. 1 P 2, 9). Mais,
après David, Israël succombe à la tentation de devenir un royaume
comme les autres nations. Or le Royaume, objet de la promesse faite à
David (cf. 2 S 7 ; Ps 89 ; Lc 1, 32-33) sera l’œuvre de
l’Esprit Saint ; il appartiendra aux pauvres selon l’Esprit.
710 L’oubli de la Loi et l’infidélité à
l’alliance aboutissent à la mort : c’est l’Exil, apparemment
échec des promesses, en fait fidélité mystérieuse du Dieu sauveur et
début d’une restauration promise, mais selon l’Esprit. Il fallait
que le Peuple de Dieu souffrît cette purification (cf. Lc 24, 26) ;
l’Exil porte déjà l’ombre de la Croix dans le dessein de Dieu, et
le Reste des pauvres qui en revient est l’une des figures les plus
transparentes de l’Église.
L’attente du Messie et de son Esprit
711 " Voici que je vais faire du
nouveau " (Is 43, 19) : Deux lignes prophétiques vont se
dessiner, portant l’une sur l’attente du Messie, l’autre sur
l’annonce d’un Esprit nouveau, et elles convergent dans le petit
Reste, le peuple des Pauvres (cf. So 2, 3), qui attend dans l’espérance
la " consolation d’Israël " et " la délivrance
de Jérusalem " (cf. Lc 2, 25. 38).
On a vu plus haut comment Jésus accomplit les prophéties
qui le concernent. On se limite ici à celles où apparaît davantage la
relation du Messie et de son Esprit.
712 Les traits du visage du Messie attendu
commencent à apparaître dans le Livre de l’Emmanuel (cf. Is 6-12)
(" quand Isaïe eut la vision de la Gloire " du
Christ : Jn 12, 41), en particulier en Is 11, 1-2 :
Un rejeton sort de la souche de Jessé,
un surgeon pousse de ses racines :
sur lui repose l’Esprit du Seigneur,
esprit de sagesse et d’intelligence,
esprit de conseil et de force,
esprit de science et de crainte du Seigneur.
713 Les traits du Messie sont révélés surtout
dans les chants du Serviteur (cf. Is 42, 1-9 ; cf. Mt 12, 18-21 ;
Jn 1, 32-34, puis Is 49, 16 ; cf. Mt 3, 17 ; Lc 2, 32, enfin
Is 50, 4-10 et 52, 13 – 53, 12). Ces chants annoncent le sens de la
passion de Jésus, et indiquent ainsi la manière dont Il répandra
l’Esprit Saint pour vivifier la multitude : non pas de l’extérieur,
mais en épousant notre " condition d’esclave "
(Ph 2, 7). Prenant sur lui notre mort, il peut nous communiquer son
propre Esprit de vie.
714 C’est pourquoi le Christ inaugure
l’annonce de la bonne Nouvelle en faisant sien ce passage d’Isaïe
(Lc 4, 18-19 ; cf. Is 61, 1-2) :
L’Esprit du Seigneur est sur moi,
car le Seigneur m’a oint.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux
pauvres,
panser les cœurs meurtris ;
annoncer aux captifs l’amnistie
et aux prisonniers la liberté,
annoncer une année de grâce de la part du
Seigneur.
715 Les textes prophétiques concernant
directement l’envoi de l’Esprit Saint sont des oracles où Dieu
parle au cœur de son Peuple dans le langage de la promesse, avec les
accents de " l’amour et de la fidélité " (cf. Ez
11, 19 ; 36, 25-28 ; 37, 1-14 ; Jr 31, 31-34 ; et Jl
3, 1-5) dont S. Pierre proclamera l’accomplissement le matin de la
Pentecôte (cf. Ac 2, 17-21). Selon ces promesses, dans les " derniers
temps ", l’Esprit du Seigneur renouvellera le cœur des
hommes en gravant en eux une Loi nouvelle ; il rassemblera et réconciliera
les peuples dispersés et divisés ; il transformera la création
première et Dieu y habitera avec les hommes dans la paix.
716 Le Peuple des " pauvres "
(cf. So 2, 3 ; Ps 22, 27 ; 34, 3 ; Is 49, 13 ; 61, 1 ;
etc.), les humbles et les doux, tout abandonnés aux desseins mystérieux
de leur Dieu, ceux qui attendent la justice, non des hommes mais du
Messie, est finalement la grande œuvre de la mission cachée de
l’Esprit Saint durant le temps des promesses pour préparer la venue
du Christ. C’est leur qualité de cœur, purifié et éclairé par
l’Esprit, qui s’exprime dans les Psaumes. En ces pauvres, l’Esprit
prépare au Seigneur " un peuple bien disposé "
(cf. Lc 1, 17).
IV. L’Esprit du Christ dans la plénitude du
temps
Jean, Précurseur, Prophète et Baptiste
717 " Parut un homme envoyé de Dieu.
Il se nommait Jean " (Jn 1, 6). Jean est " rempli de
l’Esprit Saint, dès le sein de sa mère " (Lc 1, 15. 41)
par le Christ lui-même que la Vierge Marie venait de concevoir de
l’Esprit Saint. La " visitation " de Marie à Élisabeth
est ainsi devenue " visite de Dieu à son peuple "
(Lc 1, 68).
718 Jean est " Elie qui doit venir "
(Mt 17, 10-13) : Le Feu de l’Esprit l’habite et le fait " courir
devant " [en " précurseur "] le Seigneur
qui vient. En Jean le Précurseur, l’Esprit Saint achève de " préparer
au Seigneur un peuple bien disposé " (Lc 1, 17).
719 Jean est " plus qu’un prophète "
(Lc 7, 26). En lui l’Esprit Saint accomplit de " parler par
les prophètes ". Jean achève le cycle des prophètes inauguré
par Elie (cf. Mt 11, 13-14). Il annonce l’imminence de la Consolation
d’Israël, il est la " voix " du consolateur qui
vient (Jn 1, 23 ; cf. Is 40, 1-3). Comme le fera l’Esprit de Vérité,
" il vient comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière "
(Jn 1, 7 ; cf. Jn 15, 26 ; 5, 33). Au regard de Jean,
l’Esprit accomplit ainsi les " recherches des prophètes "
et la " convoitise " des anges (1 P 1, 10-12) :
" Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer,
c’est lui qui baptise dans l’Esprit (...). Oui, j’ai vu et
j’atteste que c’est Lui, le Fils de Dieu. (...) Voici l’Agneau de
Dieu " (Jn 1, 33-36).
720 Enfin, avec Jean le Baptiste, l’Esprit
Saint inaugure, en le préfigurant, ce qu’il réalisera avec et dans
le Christ : redonner à l’homme " la ressemblance "
divine. Le baptême de Jean était pour le repentir, celui dans l’eau
et dans l’Esprit sera une nouvelle naissance (cf. Jn 3, 5).
" Réjouis-toi, comblée de grâce "
721 Marie, la Toute Sainte Mère de Dieu,
toujours Vierge est le chef-d’œuvre de la mission du Fils et de
l’Esprit dans la plénitude du temps. Pour la première fois dans le
dessein du salut et parce que son Esprit l’a préparée, le Père
trouve la Demeure où son Fils et son Esprit peuvent habiter
parmi les hommes. C’est en ce sens que la Tradition de l’Église a
souvent lu en relation à Marie les plus beaux textes sur la Sagesse
(cf. Pr 8, 1 – 9, 6 ; Si 24) : Marie est chantée et représentée
dans la liturgie comme le " Trône de la Sagesse ".
En elle commencent à se manifester les " merveilles
de Dieu ", que l’Esprit va accomplir dans le Christ et dans
l’Église :
722 L’Esprit Saint a préparé Marie par
sa grâce. Il convenait que fût " pleine de grâce "
la mère de Celui en qui " habite corporellement la Plénitude
de la Divinité " (Col 2, 9). Elle a été, par pure grâce,
conçue sans péché comme la plus humble des créatures, la plus
capable d’accueil au Don ineffable du Tout-Puissant. C’est à juste
titre que l’ange Gabriel la salue comme la " Fille de Sion " :
" Réjouis-toi " (cf. So 3, 14 ; Za 2, 14).
C’est l’action de grâce de tout le Peuple de Dieu, et donc de l’Église,
qu’elle fait monter vers le Père dans l’Esprit Saint en son
cantique (cf. Lc 1, 46-55) alors qu’elle porte en elle le Fils éternel.
723 En Marie, l’Esprit Saint réalise le
dessein bienveillant du Père. C’est par l’Esprit Saint que la
Vierge conçoit et enfante le Fils de Dieu. Sa virginité devient fécondité
unique par la puissance de l’Esprit et de la foi (cf. Lc 1, 26-38 ;
Rm 4, 18-21 ; Ga 4, 26-28).
724 En Marie, l’Esprit Saint manifeste
le Fils du Père devenu Fils de la Vierge. Elle est le Buisson ardent de
la Théophanie définitive : comblée de l’Esprit Saint, elle
montre le Verbe dans l’humilité de sa chair et c’est aux Pauvres
(cf. Lc 1, 15-19) et aux prémices des nations (cf. Mt 2, 11) qu’elle
Le fait connaître.
725 Enfin, par Marie, l’Esprit Saint commence
à mettre en communion avec le Christ les hommes " objets
de l’amour bienveillant de Dieu " (cf. Lc 2, 14), et les
humbles sont toujours les premiers à le recevoir : les bergers,
les mages, Siméon et Anne, les époux de Cana et les premiers
disciples.
726 Au terme de cette mission de l’Esprit,
Marie devient la " Femme ", nouvelle Eve " mère
des vivants ", Mère du " Christ total "
(cf. Jn 19, 25-27). C’est comme telle qu’elle est présente avec les
Douze, " d’un même cœur, assidus à la prière "
(Ac 1, 14), à l’aube des " derniers temps " que
l’Esprit va inaugurer le matin de la Pentecôte avec la manifestation
de l’Église.
Le Christ Jésus
727 Toute la Mission du Fils et de l’Esprit
Saint dans la plénitude du temps est contenue en ce que le Fils est
l’oint de l’Esprit du Père depuis son Incarnation : Jésus est
Christ, le Messie.
Tout le deuxième chapitre du Symbole de la foi est
à lire à cette lumière. Toute l’œuvre du Christ est mission
conjointe du Fils et de l’Esprit Saint. Ici, on mentionnera seulement
ce qui concerne la promesse de l’Esprit Saint par Jésus et son don
par le Seigneur glorifié.
728 Jésus ne révèle pas pleinement l’Esprit
Saint tant que lui-même n’a pas été glorifié par sa Mort et sa Résurrection.
Pourtant, Il le suggère peu à peu, même dans son enseignement aux
foules, lorsqu’Il révèle que sa Chair sera nourriture pour la vie du
monde (cf. Jn 6, 27. 51. 62-63). Il le suggère aussi à Nicodème (cf.
Jn 3, 5-8), à la Samaritaine (cf. Jn 4, 10. 14. 23-24) et à ceux qui
participent à la fête des Tabernacles (cf. Jn 7, 37-39). A ses
disciples, Il en parle ouvertement à propos de la prière (cf. Lc 11,
13) et du témoignage qu’ils auront à rendre (cf. Mt 10, 19-20).
729 C’est seulement quand l’Heure est venue où
Il va être glorifié que Jésus promet la venue de l’Esprit
Saint, puisque sa Mort et sa Résurrection seront l’accomplissement de
la promesse faite aux Pères (cf. Jn 14, 16-17. 26 ; 15, 26 ;
16, 7-15 ; 17, 26) : l’Esprit de Vérité, l’autre
Paraclet, sera donné par le Père à la prière de Jésus ; il
sera envoyé par le Père au nom de Jésus ; Jésus l’enverra
d’auprès du Père car il est issu du Père. L’Esprit Saint viendra,
nous le connaîtrons, Il sera avec nous à jamais, Il demeurera avec
nous ; Il nous enseignera tout et nous rappellera tout ce que le
Christ nous a dit et lui rendra témoignage ; Il nous conduira vers
la vérité tout entière et glorifiera le Christ. Quant au monde, Il le
confondra en matière de péché, de justice et de jugement.
730 Enfin vient l’Heure de Jésus (cf. Jn 13, 1 ;
17, 1) : Jésus remet son esprit entre les mains du Père (cf. Lc
23, 46 ; Jn 19, 30) au moment où par sa Mort il est vainqueur de
la mort, de sorte que, " ressuscité des morts par la Gloire
du Père " (Rm 6, 4), il donne aussitôt l’Esprit
Saint en " soufflant " sur ses disciples (cf. Jn 20,
22). A partir de cette Heure, la mission du Christ et de l’Esprit
devient la mission de l’Église : " Comme le Père
m’a envoyé, moi aussi je vous envoie " (Jn 20, 21 ;
cf. Mt 28, 19 ; Lc 24, 47-48 ; Ac 1, 8).
V. L’Esprit et l’Église dans les derniers
temps
La Pentecôte
731 Le jour de la Pentecôte (au terme des sept
semaines Pascales), la Pâque du Christ s’accomplit dans l’effusion
de l’Esprit Saint qui est manifesté, donné et communiqué comme
Personne divine : de sa Plénitude, le Christ, Seigneur, répand à
profusion l’Esprit (cf. Ac 2, 33-36).
732 En ce jour est pleinement révélée la
Trinité Sainte. Depuis ce jour, le Royaume annoncé par le Christ est
ouvert à ceux qui croient en Lui : dans l’humilité de la chair
et dans la foi, ils participent déjà à la communion de la Trinité
Sainte. Par sa venue, et elle ne cesse pas, l’Esprit Saint fait entrer
le monde dans les " derniers temps ", le temps de
l’Église, le Royaume déjà hérité, mais pas encore consommé :
Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu
l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi : nous
adorons la Trinité indivisible car c’est elle qui nous a sauvés
(Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte ; il
est repris dans les liturgies eucharistiques après la communion).
L’Esprit Saint – le Don de Dieu
733 " Dieu est Amour " (1 Jn
4, 8. 16) et l’Amour est le premier don, il contient tous les autres.
Cet amour, " Dieu l’a répandu dans nos cœurs par
l’Esprit qui nous fut donné " (Rm 5, 5).
734 Parce que nous sommes morts, ou, au moins,
blessés par le péché, le premier effet du don de l’Amour est la rémission
de nos péchés. C’est la communion de l’Esprit Saint (2 Co 13, 13)
qui, dans l’Église, redonne aux baptisés la ressemblance divine
perdue par le péché.
735 Il donne alors les " arrhes "
ou les " prémices " de notre Héritage (cf. Rm 8,
23 ; 2 Co 1, 21) : la Vie même de la Trinité Sainte qui est
d’aimer " comme il nous a aimés " (cf. 1 Jn 4,
11-12). Cet amour (la charité de 1 Co 13) est le principe de la vie
nouvelle dans le Christ, rendue possible puisque nous avons " reçu
une force, celle de l’Esprit Saint " (Ac 1, 8).
736 C’est par cette puissance de l’Esprit que
les enfants de Dieu peuvent porter du fruit. Celui qui nous a greffés
sur la vraie Vigne, nous fera porter " le fruit de l’Esprit
qui est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté,
confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi " (Ga 5,
22-23). " L’Esprit est notre Vie " : plus
nous renonçons à nous-mêmes (cf. Mt 16, 24-26), plus " l’Esprit
nous fait aussi agir " (Ga 5, 25) :
Par communion avec lui, l’Esprit Saint rend
spirituels, rétablit au Paradis, ramène au Royaume des cieux et à
l’adoption filiale, donne la confiance d’appeler Dieu Père et
de participer à la grâce du Christ, d’être appelé enfant de
lumière et d’avoir part à la gloire éternelle (S. Basile, Spir.
15, 36 : PG 32, 132).
L’Esprit Saint et l’Église
737 La mission du Christ et de l’Esprit Saint
s’accomplit dans l’Église, Corps du Christ et Temple de l’Esprit
Saint. Cette mission conjointe associe désormais les fidèles du Christ
à sa communion avec le Père dans l’Esprit Saint : L’Esprit prépare
les hommes, les prévient par sa grâce, pour les attirer vers le
Christ. Il leur manifeste le Seigneur ressuscité, Il leur
rappelle sa parole et leur ouvre l’esprit à l’intelligence de sa
Mort et de sa Résurrection. Il leur rend présent le mystère du
Christ, éminemment dans l’Eucharistie, afin de les réconcilier, de
les mettre en communion avec Dieu, afin de leur faire porter
" beaucoup de fruit " (Jn 15, 5. 8. 16).
738 Ainsi la mission de l’Église ne s’ajoute
pas à celle du Christ et de l’Esprit Saint, mais elle en est le
sacrement : par tout sont être et dans tous ses membres elle est
envoyée pour annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère
de la communion de la Sainte Trinité (ce sera l’objet du prochain
article) :
Nous tous qui avons reçu l’unique et même
esprit, à savoir, l’Esprit Saint, nous nous sommes fondus entre
nous et avec Dieu. Car bien que nous soyons nombreux séparément et
que le Christ fasse que l’Esprit du Père et le sien habite en
chacun de nous, cet Esprit unique et indivisible ramène par lui-même
à l’unité ceux qui sont distincts entre eux (...) et fait que
tous apparaissent comme une seule chose en lui-même. Et de même
que la puissance de la sainte humanité du Christ fait que tous
ceux-là en qui elle se trouve forment un seul corps, je pense que
de la même manière l’Esprit de Dieu qui habite en tous, unique
et indivisible, les ramène tous à l’unité spirituelle (S.
Cyrille d’Alexandrie, Jo. 12 : PG 74, 560-561).
739 Parce que l’Esprit Saint est l’Onction du
Christ, c’est le Christ, la Tête du Corps, qui le répand dans ses
membres pour les nourrir, les guérir, les organiser dans leurs
fonctions mutuelles, les vivifier, les envoyer témoigner, les associer
à son offrande au Père et à son intercession pour le monde entier.
C’est par les sacrements de l’Église que le Christ communique aux
membres de son Corps son Esprit Saint et Sanctificateur (ce sera
l’objet de la deuxième partie du Catéchisme).
740 Ces " merveilles de Dieu ",
offertes aux croyants dans les sacrements de l’Église, portent leurs
fruits dans la vie nouvelle, dans le Christ, selon l’Esprit (ce sera
l’objet de la troisième partie du Catéchisme).
741 " L’Esprit vient au secours de
notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il
faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements
ineffables " (Rm 8, 26). L’Esprit Saint, artisan des œuvres
de Dieu, est le Maître de la prière (ce sera l’objet de la quatrième
partie du Catéchisme).
En bref
742 " La preuve que vous êtes des fils,
c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui
crie : Abba, Père " (Ga 4, 6).
743 Du commencement à la consommation du temps,
quand Dieu envoie son Fils, il envoie toujours son Esprit : leur
mission est conjointe et inséparable.
744 Dans la plénitude du temps, l’Esprit Saint
accomplit en Marie toutes les préparations à la venue du Christ dans
le Peuple de Dieu. Par l’action de l’Esprit Saint en elle, le Père
donne au monde l’Emmanuel, " Dieu-avec-nous "
(Mt 1, 23).
745 Le Fils de Dieu est consacré Christ (Messie)
par l’Onction de l’Esprit Saint dans son Incarnation (cf. Ps 2,
6-7).
746 Par sa Mort et sa Résurrection, Jésus est
constitué Seigneur et Christ dans la gloire (Ac 2, 36). De sa Plénitude,
Il répand l’Esprit Saint sur les apôtres et l’Église.
747 L’Esprit Saint que le Christ, Tête, répand
dans ses membres, bâtit, anime et sanctifie l’Église. Elle est le
sacrement de la communion de la Trinité Sainte et des hommes.
ARTICLE 9
" JE CROIS À LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE "
748 " Le Christ est la lumière des
peuples : réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite
donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de
l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui
resplendit sur le visage de l’Église "(LG 1). C’est sur
ces paroles que s’ouvre la " Constitution dogmatique sur
l’Église " du deuxième Concile du Vatican. Par là, le
Concile montre que l’article de foi sur l’Église dépend entièrement
des articles concernant le Christ Jésus. L’Église n’a pas
d’autre lumière que celle du Christ ; elle est, selon une image
chère aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la
lumière est reflet du soleil.
749 L’article sur l’Église dépend aussi
entièrement de celui sur le Saint-Esprit qui le précède. " En
effet, après avoir montré que l’Esprit Saint est la source et le
donateur de toute sainteté, nous confessons maintenant que c’est Lui
qui a doté l’Église de sainteté " (Catech. R. 1, 10, 1).
L’Église est, selon l’expression des Pères, le lieu " où
fleurit l’Esprit " (S. Hippolyte, trad. ap. 35).
750 Croire que l’Église est " Sainte "
et " Catholique ", et qu’elle est " Une "
et " Apostolique " (comme l’ajoute le Symbole de
Nicée-Constantinople) est inséparable de la foi en Dieu le Père, le
Fils et le Saint Esprit. Dans le Symbole des apôtres, nous faisons
profession de croire une Église Sainte (" Credo [...]
Ecclesiam "), et non pas en l’Église, pour ne
pas confondre Dieu et ses œuvres et pour attribuer clairement à la
bonté de Dieu tous les dons qu’Il a mis dans son Église (cf.
Catech. R. 1, 10, 22).
Paragraphe 1. L’Église dans le dessein de Dieu
I. Les noms et les images de l’Église
751 Le mot " Église " [ekklèsia,
du grec ek-kalein, " appeler hors "] signifie
" convocation ". Il désigne des assemblées du
peuple (cf. Ac 19, 39), en général de caractère religieux. C’est le
terme fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament grec pour
l’assemblée du peuple élu devant Dieu, surtout pour l’assemblée
du Sinaï où Israël reçut la Loi et fut constitué par Dieu comme son
peuple saint (cf. Ex 19). En s’appelant " Église ",
la première communauté de ceux qui croyaient au Christ se reconnaît héritière
de cette assemblée. En elle, Dieu " convoque " son
Peuple de tous les confins de la terre. Le terme Kyriakè dont
sont dérivés church, Kirche, signifie " celle
qui appartient au Seigneur ".
752 Dans le langage chrétien, le mot " Église "
désigne l’assemblée liturgique (cf. 1 Co 11, 18 ; 14, 19. 28.
34. 35), mais aussi la communauté locale (cf. 1 Co 1, 2 ; 16, 1)
ou toute la communauté universelle des croyants (cf. 1 Co 15, 9 ;
Ga 1, 13 ; Ph 3, 6). Ces trois significations sont en fait inséparables.
" L’Église ", c’est le Peuple que Dieu
rassemble dans le monde entier. Elle existe dans les communautés
locales et se réalise comme assemblée liturgique, surtout
eucharistique. Elle vit de la Parole et du Corps du Christ et devient
ainsi elle-même Corps du Christ.
Les symboles de l’Église
753 Dans l’Écriture Sainte, nous trouvons une
foule d’images et de figures liées entre elles, par lesquelles la révélation
parle du mystère inépuisable de l’Église. Les images prises de
l’Ancien Testament constituent des variations d’une idée de fond,
celle du " Peuple de Dieu ". Dans le Nouveau
Testament (cf. Ep 1, 22 ; Col 1, 18), toutes ces images trouvent un
nouveau centre par le fait que le Christ devient " la Tête "
de ce peuple (cf. LG 9) qui est dès lors son Corps. Autour de ce centre
se sont groupés des images " tirées soit de la vie pastorale
ou de la vie des champs, soit du travail de construction ou de la
famille et des épousailles " (LG 6).
754 " L’Église, en effet, est le bercail
dont le Christ est l’entrée unique et nécessaire (cf. Jn 10, 1-10).
Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclamé lui-même à l’avance
qu’il serait le pasteur (cf. Is 40, 11 ; Ez 34, 11-31), et dont
les brebis, quoiqu’elles aient à leur tête des pasteurs humains,
sont cependant continuellement conduites et nourries par le Christ même,
Bon Pasteur et Prince des pasteurs (cf. Jn 10, 11 ; 1 P 5, 4), qui
a donné sa vie pour ses brebis (cf. LG 6 ; Jn 10, 11-15) ".
755 " L’Église est le terrain de
culture, le champ de Dieu (1 Co 3, 9). Dans ce champ croît
l’antique olivier dont les patriarches furent la racine sainte et en
lequel s’opère et s’opérera la réconciliation entre Juifs et
Gentils (cf. Rm 11, 13-26). Elle fut plantée par le Vigneron céleste
comme une vigne choisie (cf. Mt 21, 33-43 par. ; cf. Is 5, 1-7). La
Vigne véritable, c’est le Christ : c’est lui qui donne vie et
fécondité aux rameaux que nous sommes : par l’Église nous
demeurons en lui, sans qui nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 1-5) "
(LG 6).
756 " Bien souvent aussi, l’Église
est dite la construction de Dieu (cf. 1 Co 3, 9). Le Seigneur
lui-même s’est comparé à la pierre rejetée par les bâtisseurs et
devenue pierre angulaire (Mt 21, 42 par. ; cf. Ac 4, 11 ; 1 P
2, 7 ; Ps 118, 22). Sur ce fondement, l’Église est construite
par les apôtres (cf. 1 Co 3, 11), et de ce fondement elle reçoit
fermeté et cohésion. Cette construction est décorée d’appellations
diverses : la maison de Dieu (cf. 1 Tm 3, 15), dans laquelle habite
sa famille, l’habitation de Dieu dans l’Esprit (cf. Ep 2,
19-22), la demeure de Dieu chez les hommes (cf. Ap 21, 3), et surtout le
temple saint, lequel, représenté par les sanctuaires de
pierres, est l’objet de la louange des saints Pères et comparé à
juste titre dans la liturgie à la Cité sainte, la nouvelle Jérusalem.
En effet, nous sommes en elle sur la terre comme les pierres vivantes
qui entrent dans la construction (cf. 1 P 2, 5). Cette Cité sainte,
Jean la contemple descendant du ciel d’auprès de Dieu à l’heure où
se renouvellera le monde, prête comme une fiancée parée pour son époux
(cf. Ap 21, 1-2) "(LG 6).
757 " L’Église s’appelle encore
" la Jérusalem d’en haut " et " notre mère "
(Ga 4, 26 ; cf. Ap 12, 17) ; elle est décrite comme l’épouse
immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 19, 7 ; 21, 2. 9 ;
22, 17) que le Christ ‘a aimée, pour laquelle il s’est livré afin
de la sanctifier’ (Ep 5, 26), qu’il s’est associée par un pacte
indissoluble, qu’il ne cesse de ‘nourrir et d’entourer de soins’
(Ep 5, 29) " (LG 6).
II. Origine, fondation et mission de l’Église
758 Pour scruter le mystère de l’Église, il
convient de méditer d’abord son origine dans le dessein de la Très
Sainte Trinité et sa réalisation progressive dans l’histoire.
Un dessein né dans le cœur du Père
759 " Le Père éternel par la
disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté
a créé l’univers ; il a décidé d’élever les hommes à la
communion de sa vie divine ", à laquelle il appelle tous les
hommes dans son Fils : " Tous ceux qui croient au Christ,
le Père a voulu les appeler à former la sainte Église ".
Cette " famille de Dieu " se constitue et se réalise
graduellement au long des étapes de l’histoire humaine, selon les
dispositions du Père : en effet, l’Église a été " préfigurée
dès l’origine du monde ; elle a été merveilleusement préparée
dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance ;
elle a été instituée enfin en ces temps qui sont les derniers ;
elle est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au
terme des siècles, elle sera consommée dans la gloire " (LG
2).
L’Église – préfigurée dès l’origine du
monde
760 " Le monde fut créé en vue de
l’Église ", disaient les chrétiens des premiers temps
(Hermas, vis. 2, 4, 1 ; cf. Aristide, apol. 16, 6 ; Justin,
apol. 2, 7). Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie
divine, communion qui se réalise par la " convocation "
des hommes dans le Christ, et cette " convocation ",
c’est l’Église. L’Église est la fin de toutes choses (cf. S.
Epiphane, hær. 1, 1, 5 : PG 41, 181C), et les vicissitudes
douloureuses elles-mêmes, comme la chute des Anges et le péché de
l’homme, ne furent permises par Dieu que comme occasion et moyen pour
déployer toute la force de son bras, toute la mesure d’amour qu’il
voulait donner au monde :
De même que la volonté de Dieu est un acte et
qu’elle s’appelle le monde, ainsi son intention est le salut des
hommes, et elle s’appelle l’Église (Clément d’Alexandrie, pæd.
1, 6).
L’Église – préparée dans l’Ancienne
Alliance
761 Le rassemblement du Peuple de Dieu commence
à l’instant où le péché détruit la communion des hommes avec Dieu
et celle des hommes entre eux. Le rassemblement de l’Église est pour
ainsi dire la réaction de Dieu au chaos provoqué par le péché. Cette
réunification se réalise secrètement au sein de tous les peuples :
" En toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque le
craint et pratique la justice " (Ac 10, 35 ; cf. LG 9 ;
13 ; 16).
762 La préparation lointaine du
rassemblement du Peuple de Dieu commence avec la vocation d’Abraham,
à qui Dieu promet qu’il deviendra le père d’un grand peuple (cf.
Gn 12, 2 ; 15, 5-6). La préparation immédiate commence avec l’élection
d’Israël comme Peuple de Dieu (cf. Ex 19, 5-6 ; Dt 7, 6). Par
son élection, Israël doit être le signe du rassemblement futur de
toutes les nations (cf. Is 2, 2-5 ; Mi 4, 1-4). Mais déjà les
prophètes accusent Israël d’avoir rompu l’alliance et de s’être
comporté comme une prostituée (cf. Os 1 ; Is 1, 2-4 ; Jr 2 ;
etc.). Ils annoncent une alliance nouvelle et éternelle (cf. Jr 31,
31-34 ; Is 55, 3). " Cette Alliance Nouvelle, le Christ
l’a instituée " (LG 9).
L’Église – instituée par le Christ Jésus
763 Il appartient au Fils de réaliser, dans la
plénitude des temps, le plan de salut de son Père ; c’est là
le motif de sa " mission " (cf. LG 3 ; AG 3).
" Le Seigneur Jésus posa le commencement de son Église en prêchant
l’heureuse nouvelle, l’avènement du Règne de Dieu promis dans les
Écritures depuis des siècles " (LG 5). Pour accomplir la
volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre.
L’Église " est le Règne du Christ déjà mystérieusement
présent " (LG 3).
764 " Ce Royaume brille aux yeux des
hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ "
(LG 5). Accueillir la parole de Jésus, c’est " accueillir
le Royaume lui-même " (ibid.). Le germe et le commencement du
Royaume sont le " petit troupeau " (Lc 12, 32) de
ceux que Jésus est venu convoquer autour de lui et dont il est lui-même
le pasteur (cf. Mt 10, 16 ; 26, 31 ; Jn 10, 1-21). Ils
constituent la vraie famille de Jésus (cf. Mt 12, 49). A ceux qu’il a
ainsi rassemblés autour de lui, il a enseigné une " manière
d’agir " nouvelle, mais aussi une prière propre (cf. Mt
5-6).
765 Le Seigneur Jésus a doté sa communauté
d’une structure qui demeurera jusqu’au plein achèvement du Royaume.
Il y a avant tout le choix des Douze avec Pierre comme leur chef (cf. Mc
3, 14-15). Représentant les douze tribus d’Israël (cf. Mt 19, 28 ;
Lc 22, 30) ils sont les pierres d’assise de la nouvelle Jérusalem
(cf. Ap 21, 12-14). Les Douze (cf. Mc 6, 7) et les autres disciples (cf.
Lc 10, 1-2) participent à la mission du Christ, à son pouvoir, mais
aussi à son sort (cf. Mt 10, 25 ; Jn 15, 20). Par tous ces actes,
le Christ prépare et bâtit son Église.
766 Mais l’Église est née principalement du
don total du Christ pour notre salut, anticipé dans l’institution de
l’Eucharistie et réalisé sur la Croix. " Le commencement
et la croissance de l’Église sont signifiés par le sang et l’eau
sortant du côté ouvert de Jésus crucifié " (LG 3). " Car
c’est du côté du Christ endormi sur la Croix qu’est né
l’admirable sacrement de l’Église toute entière " (SC
5). De même qu’Eve a été formée du côté d’Adam endormi, ainsi
l’Église est née du cœur transpercé du Christ mort sur la Croix
(cf. S. Ambroise, Luc. 2, 85-89 : PL 15, 1583-1586).
L’Église – manifestée par l’Esprit Saint
767 " Une fois achevée l’œuvre que
le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la terre, le jour de
Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l’Église en
permanence " (LG 4). C’est alors que " l’Église
se manifesta publiquement devant la multitude et que commença la
diffusion de l’Évangile avec la prédication " (AG 4).
Parce qu’elle est " convocation " de tous les
hommes au salut, l’Église est, par sa nature même, missionnaire
envoyée par le Christ à toutes les nations pour en faire des disciples
(cf. Mt 28, 19-20 ; AG 2 ; 5-6).
768 Pour réaliser sa mission, l’Esprit Saint
" équipe et dirige l’Église grâce à la diversité des
dons hiérarchiques et charismatiques " (LG 4). " Aussi
l’Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée
à garder ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation,
reçoit mission d’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de
l’instaurer dans toutes les nations ; elle constitue de ce
royaume le germe et le commencement sur terre " (LG 5).
L’Église – consommée dans la gloire
769 " L’Église (...) n’aura sa
consommation que dans la gloire céleste " (LG 48), lors du
retour glorieux du Christ. Jusqu’à ce jour, " l’Église
avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les
consolations de Dieu " (S. Augustin, civ. 18, 51 ; cf. LG
8). Ici-bas, elle se sait en exil, loin du Seigneur (cf. 2 Co 5, 6 ;
LG 6), et elle aspire à l’avènement plénier du Royaume, " l’heure
où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi " (LG 5). La
consommation de l’Église, et à travers elle, celle du monde, dans la
gloire ne se fera pas sans de grandes épreuves. Alors seulement, " tous
les justes depuis Adam, depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu se
trouveront rassemblés dans l’Église universelle auprès du Père "
(LG 2).
III. Le mystère de l’Église
770 L’Église est dans l’histoire, mais elle
la transcende en même temps. C’est uniquement " avec les
yeux de la foi " (Catech. R. 1, 10, 20) que l’on peut voir
en sa réalité visible en même temps une réalité spirituelle,
porteuse de vie divine.
L’Église – à la fois visible et spirituelle
771 " Le Christ, unique médiateur,
constitue et continuellement soutient son Église sainte, communauté de
foi, d’espérance et de charité, ici-bas, sur terre, comme un tout
visible par lequel il répand, à l’intention de tous, la vérité et
la grâce ". L’Église est à la fois :
– " société dotée d’organes hiérarchiques
et Corps Mystique du Christ ;
– assemblée visible et communauté spirituelle ;
– Église terrestre et Église parée de dons célestes ".
Ces dimensions constituent ensemble " une
seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin "
(LG 8) :
Il appartient en propre à l’Église d’être
à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités
invisibles, fervente dans l’action et occupée à la
contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais
de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis
au divin ; ce qui est visible, à l’invisible ; ce qui
relève de l’action, à la contemplation ; et ce qui est présent,
à la cité future que nous recherchons (SC 2).
Humilité ! Sublimité ! Tente de Cédar
et sanctuaire de Dieu ; habitation terrestre et céleste palais ;
maison d’argile et cour royale ; corps mortel et temple de
lumière ; objet de mépris enfin pour les orgueilleux et épouse
du Christ ! Elle est noire mais belle, filles de Jérusalem,
celle qui, pâlie par la fatigue et la souffrance d’un long exil,
a cependant pour ornement la parure céleste (S. Bernard, Cant. 27,
7, 14 : PL 183, 920D).
L’Église – mystère de l’union des hommes avec
Dieu
772 C’est dans l’Église que le Christ
accomplit et révèle son propre mystère comme le but du dessein de
Dieu : " récapituler tout en Lui " (Ep 1, 10).
S. Paul appelle " grand mystère " (Ep 5, 32)
l’union sponsale du Christ et de l’Église. Parce qu’elle est unie
au Christ comme à son Époux (cf. Ep 5, 25-27), l’Église devient
elle-même à son tour mystère (cf. Ep 3, 9-11). Contemplant en elle le
mystère, S. Paul s’écrit : " Le Christ en vous,
l’espérance de la gloire " (Col 1, 27).
773 Dans l’Église cette communion des hommes
avec Dieu par " la charité qui ne passe jamais " (1
Co 13, 8) est la fin qui commande tout ce qui en elle est moyen
sacramentel lié à ce monde qui passe (cf. LG 48). " Sa
structure est complètement ordonnée à la sainteté des membres du
Christ. Et la sainteté s’apprécie en fonction du ‘grand mystère’
dans lequel l’Épouse répond par le don de l’amour au don de l’Époux "
(MD 27). Marie nous précède tous dans la sainteté qui est le mystère
de l’Église comme " l’Épouse sans tâche ni ride "
(Ep 5, 27). C’est pourquoi " la dimension mariale de l’Église
précède sa dimension pétrinienne " (MD 27).
L’Église – sacrement universel du salut
774 Le mot grec mysterion a été traduit
en latin par deux termes : mysterium et sacramentum. Dans
l’interprétation ultérieure, le terme sacramentum exprime
davantage le signe visible de la réalité cachée du salut, indiquée
par le terme mysterium. En ce sens, le Christ est Lui-même le
mystère du salut : " Non est enim aliud Dei mysterium,
nisi Christus " (" Il n’y a pas d’autre mystère
que le Christ ", S. Augustin, ep. 187, 11, 34 : PL 33,
845). L’œuvre salvifique de son humanité sainte et sanctifiante est
le sacrement du salut qui se manifeste et agit dans les sacrements de
l’Église (que les Églises d’Orient appellent aussi " les
saints mystères "). Les sept sacrements sont les signes et
les instruments par lesquels l’Esprit Saint répand la grâce du
Christ, qui est la Tête, dans l’Église qui est son Corps. L’Église
contient donc et communique la grâce invisible qu’elle signifie.
C’est en ce sens analogique qu’elle est appelée " sacrement ".
775 " L’Église est, dans le Christ,
en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et
l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le
genre humain " (LG 1) : Être le sacrement de l’union
intime des hommes avec Dieu : c’est là le premier but de
l’Église. Parce que la communion entre les hommes s’enracine dans
l’union avec Dieu, l’Église est aussi le sacrement de l’unité
du genre humain. En elle, cette unité est déjà commencée
puisqu’elle rassemble des hommes " de toute nation, race,
peuple et langue " (Ap 7, 9) ; en même temps, l’Église
est " signe et instrument " de la pleine réalisation
de cette unité qui doit encore venir.
776 Comme sacrement, l’Église est instrument
du Christ. " Entre ses mains elle est l’instrument de la Rédemption
de tous les hommes " (LG 9), " le sacrement
universel du salut " (LG 48), par lequel le Christ " manifeste
et actualise l’amour de Dieu pour les hommes " (GS 45, §
1). Elle " est le projet visible de l’amour de Dieu pour
l’humanité " (Paul VI, discours 22 juin 1973) qui veut
" que le genre humain tout entier constitue un seul Peuple de
Dieu, se rassemble dans le Corps unique du Christ, soit construit en un
seul temple du Saint-Esprit " (AG 7 ; cf. LG 17).
En bref
777 Le mot " Église " signifie
" convocation ". Il désigne l’assemblée de
ceux que la Parole de Dieu convoque pour former le Peuple de Dieu et
qui, nourris du Corps du Christ, deviennent eux-mêmes Corps du Christ
778 L’Église est à la fois chemin et but du
dessein de Dieu : préfigurée dans la création, préparée dans
l’Ancienne Alliance, fondée par les paroles et les actions de Jésus-Christ,
réalisée par sa Croix rédemptrice et sa Résurrection, elle est
manifestée comme mystère de salut par l’effusion de l’Esprit
Saint. Elle sera consommée dans la gloire du ciel comme assemblée de
tous les rachetés de la terre (cf. Ap 14, 4).
779 L’Église est à la fois visible et
spirituelle, société hiérarchique et Corps Mystique du Christ. Elle
est une, formée d’un double élément humain et divin. C’est là
son mystère que seule la foi peut accueillir.
780 L’Église est dans ce monde-ci le sacrement
du salut, le signe et l’instrument de la communion de Dieu et des
hommes.
Paragraphe 2. L’Église – Peuple de Dieu,
Corps du Christ, temple de l’Esprit Saint
I. L’Église – Peuple de Dieu
781 " A toute époque, à la vérité,
et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et
pratique la justice. Cependant, il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent
pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ;
il a voulu au contraire en faire un Peuple qui le connaîtrait selon la
vérité et le servirait dans la sainteté. C’est pourquoi il s’est
choisi le Peuple d’Israël pour être son Peuple avec qui il a fait
alliance et qu’il a progressivement instruit (...). Tout cela
cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle
et parfaite qui serait conclue dans le Christ (...). C’est la Nouvelle
Alliance dans son sang, appelant un Peuple, venu des Juifs et des païens,
à se rassembler dans l’unité, non pas selon la chair, mais dans
l’Esprit " (LG 9).
Les caractéristiques du Peuple de Dieu
782 Le Peuple de Dieu a des caractéristiques qui
le distinguent nettement de tous les groupements religieux, ethniques,
politiques ou culturels de l’histoire :
– Il est le Peuple de Dieu : Dieu
n’appartient en propre à aucun peuple. Mais Il s’est acquis un
peuple de ceux qui autrefois n’étaient pas un peuple : " une
race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte " (1 P 2,
9).
– On devient membre de ce Peuple non par la
naissance physique, mais par la " naissance d’en haut ",
" de l’eau et de l’Esprit " (Jn 3, 3-5),
c’est-à-dire par la foi au Christ et le Baptême.
– Ce Peuple a pour Chef [Tête] Jésus le
Christ [Oint, Messie] : parce que la même Onction, l’Esprit
Saint, découle de la Tête dans le Corps, il est " le Peuple
messianique ".
– " La condition de ce Peuple,
c’est la dignité de la liberté des fils de Dieu : dans leurs cœurs,
comme dans un temple, réside l’Esprit Saint ".
– " Sa loi, c’est le
commandement nouveau d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés
(cf. Jn 13, 34) ". C’est la loi " nouvelle "
de l’Esprit Saint (Rm 8, 2 ; Ga 5, 25).
– Sa mission, c’est d’être le sel de la
terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13-16). " Il
constitue pour tout le genre humain le germe le plus fort d’unité,
d’espérance et de salut ".
– Sa destinée, enfin, c’est le Royaume de
Dieu, commencé sur la terre par Dieu lui-même, Royaume qui doit se
dilater de plus en plus, jusqu’à ce que, à la fin des temps, il soit
achevé par Dieu lui-même " (LG 9).
Un Peuple sacerdotal, prophétique et royal
783 Jésus-Christ est celui que le Père a oint
de l’Esprit Saint et qu’il a constitué " Prêtre, Prophète
et Roi ". Le Peuple de Dieu tout entier participe à ces trois
fonctions du Christ et il porte les responsabilités de mission et de
service qui en découlent (cf. RH 18-21).
784 En entrant dans le Peuple de Dieu par la foi
et le Baptême, on reçoit part à la vocation unique de ce Peuple :
à sa vocation sacerdotale : " Le Christ Seigneur,
grand prêtre pris d’entre les hommes a fait du Peuple nouveau ‘un
royaume, des prêtres pour son Dieu et Père’. Les baptisés, en
effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés
pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint " (LG
10).
785 " Le Peuple saint de Dieu participe
aussi à la fonction prophétique du Christ ". Il
l’est surtout :par le sens surnaturel de la foi qui est celui du
Peuple tout entier, laïcs et hiérarchie, lorsqu’il " s’attache
indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes "
(LG 12) et en approfondit l’intelligence et devient témoin du Christ
au milieu de ce monde
786 Le Peuple de Dieu participe enfin à la
fonction royale du Christ. Le Christ exerce sa royauté en
attirant à soi tous les hommes par sa mort et sa Résurrection (cf. Jn
12, 32). Le Christ, Roi et Seigneur de l’univers, s’est fait le
serviteur de tous, n’étant " pas venu pour être servi,
mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude "
(Mt 20, 28). Pour le chrétien, " régner, c’est le servir "
(LG 36), particulièrement " dans les pauvres et les
souffrants, dans lesquels l’Église reconnaît l’image de son
Fondateur pauvre et souffrant " (LG 8). Le Peuple de Dieu réalise
sa " dignité royale " en vivant conformément à
cette vocation de servir avec le Christ.
De tous les régénérés dans le Christ le signe
de la Croix fait des rois, l’onction du Saint-Esprit les consacre
comme prêtres, afin que, mis à part le service particulier de
notre ministère, tous les chrétiens spirituels et usant de leur
raison se reconnaissent membres de cette race royale et participants
de la fonction sacerdotale. Qu’y a-t-il, en effet, d’aussi royal
pour une âme que de gouverner son corps dans la soumission à Dieu ?
Et qu’y a-t-il d’aussi sacerdotal que de vouer au Seigneur une
conscience pure et d’offrir sur l’autel de son cœur les
victimes sans taches de la piété ? (S. Léon le Grand, serm.
4, 1 : PL 54, 149).
II. L’Église – Corps du Christ
L’Église est communion avec Jésus
787 Dès le début, Jésus a associés ses
disciples à sa vie (cf. Mc 1, 16-20 ; 3, 13-19) ; il leur a révélé
le mystère du Royaume (cf. Mt 13, 10-17) ; il leur a donné part
à sa mission, à sa joie (cf. Lc 10, 17-20) et à ses souffrances (cf.
Lc 22, 28-30). Jésus parle d’une communion encore plus intime entre
Lui et ceux qui le suivraient : " Demeurez en moi, comme
moi en vous (...). Je suis le cep, vous êtes les sarments "
(Jn 15, 4-5). Et Il annonce une communion mystérieuse et réelle entre
son propre corps et le nôtre : " Qui mange ma chair et
boit mon sang demeure en moi et moi en lui " (Jn 6, 56).
788 Lorsque sa présence visible leur a été
enlevée, Jésus n’a pas laissé orphelins ses disciples (cf. Jn 14,
18). Il leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin des temps
(cf. Mt 28, 20), il leur a envoyé son Esprit (cf. Jn 20, 22 ; Ac
2, 33). La communion avec Jésus en est devenue, d’une certaine façon,
plus intense : " En communiquant son Esprit à ses frères,
qu’il rassemble de toutes les nations, Il les a constitués
mystiquement comme son corps " (LG 7).
789 La comparaison de l’Église avec le corps
jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ.
Elle n’est pas seulement rassemblée autour de lui ; elle
est unifiée en lui, dans son Corps. Trois aspects de l’Église
– Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever : l’unité
de tous les membres entre eux par leur union au Christ ; le Christ
Tête du Corps ; l’Église, Épouse du Christ.
" Un seul corps "
790 Les croyants qui répondent à la Parole de
Dieu et deviennent membres du Corps du Christ, deviennent étroitement
unis au Christ : " Dans ce corps la vie du Christ se répand
à travers les croyants que les sacrements, d’une manière mystérieuse
et réelle, unissent au Christ souffrant et glorifié " (LG
7). Ceci est particulièrement vrai du Baptême par lequel nous sommes
unis à la mort et à la Résurrection du Christ (cf. Rm 6, 4-5 ; 1
Co 12, 13), et de l’Eucharistie, par laquelle, " participant
réellement au corps du Christ ", " nous sommes élevés
à la communion avec Lui et entre nous " (LG 7).
791 L’unité du corps n’abolit pas la
diversité des membres : " Dans l’édification du corps
du Christ règne une diversité de membres et de fonctions. Unique est
l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à
la mesure de ses richesses et des exigences des services " .
L’unité du Corps mystique produit et stimule entre les fidèles la
charité : " Aussi un membre ne peut souffrir, que tous
les membres ne souffrent, un membre ne peut être à l’honneur, que
tous les membres ne se réjouissent avec lui " (LG 7). Enfin,
l’unité du Corps mystique est victorieuse de toutes les divisions
humaines : " Vous tous, en effet, baptisés dans le
Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a ni Juif ni Grec,
il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ;
car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus " (Ga 3,
27-28).
" De ce Corps, le Christ est la Tête "
792 Le Christ " est la Tête du Corps
qui est l’Église " (Col 1, 18). Il est le Principe de la création
et de la rédemption. Élevé dans la gloire du Père, " Il a
en tout la primauté " (Col 1, 18), principalement sur l’Église
par laquelle il étend son règne sur toute chose :
793 Il nous unit à sa Pâque : Tous les
membres doivent s’efforcer de lui ressembler " jusqu’à ce
que le Christ soit formé en eux " (Ga 4, 19). " C’est
dans ce but que nous sommes introduits dans les mystères de sa vie,
(...) associés à ses souffrances comme le corps à la tête, unis à
sa passion pour être unis à sa gloire " (LG 7).
794 Il pourvoit à notre croissance (cf. Col 2,
19) : Pour nous faire grandir vers lui, notre Tête (cf. Ep 4,
11-16), le Christ dispose dans son corps, l’Église, les dons et les
services par lesquels nous nous aidons mutuellement sur le chemin du
salut.
795 Le Christ et l’Église, c’est donc le
" Christ total " (Christus totus). L’Église
est une avec le Christ. Les saints ont une conscience très vive de
cette unité :
Félicitons-nous donc et rendons grâces de ce
que nous sommes devenus, non seulement des chrétiens, mais le
Christ lui-même. Comprenez-vous, frères, la grâce que Dieu nous a
faite en nous donnant le Christ comme Tête ? Soyez dans
l’admiration et réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ.
En effet, puisqu’il est la Tête et que nous sommes les membres,
l’homme tout entier, c’est lui et nous (...). La plénitude du
Christ, c’est donc la Tête et les membres ; qu’est-ce à
dire : la Tête et les membres ? Le Christ et l’Église
(S. Augustin, ev. Jo. 21, 8).
Notre Rédempteur s’est montré comme une seule
et même personne que l’Église qu’il a assumée (S. Grégoire
le Grand, mor. præf. 1, 6, 4 : PL 75, 525A).
Tête et membres, une seule et même personne
mystique pour ainsi dire (S. Thomas d’A., s. th. 3, 48, 2, ad 1).
Un mot de Ste Jeanne d’Arc à ses juges résume
la foi des saints Docteurs et exprime le bon sens du croyant :
" De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est avis que
c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté "
(Jeanne d’Arc, proc.).
L’Église est l’Épouse du Christ
796 L’unité du Christ et de l’Église, Tête
et membres du Corps, implique aussi la distinction des deux dans une
relation personnelle. Cet aspect est souvent exprimé par l’image de
l’époux et de l’épouse. Le thème du Christ Époux de l’Église
a été préparé par les prophètes et annoncé par Jean-Baptiste (cf.
Jn 3, 29). Le Seigneur s’est lui-même désigné comme " l’Époux "
(Mc 2, 19 ; cf. Mt 22, 1-14 ; 25, 1-13). L’apôtre présente
l’Église et chaque fidèle, membre de son Corps, comme une Épouse
" fiancée " au Christ Seigneur, pour n’être avec
Lui qu’un seul Esprit (cf. 1 Co 6, 15-16 ; 2 Co 11, 2). Elle est
l’Épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 22, 17 ;
Ep 1, 4 ; 5, 27) que le Christ a aimée, pour laquelle Il s’est
livré " afin de la sanctifier " (Ep 5, 26), qu’Il
s’est associée par une alliance éternelle, et dont Il ne cesse de
prendre soin comme de son propre Corps (cf. Ep 5, 29) :
Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul
formé de beaucoup. (...) Que ce soit la Tête qui parle, que ce
soit les membres, c’est le Christ qui parle. Il parle en tenant le
rôle de la Tête (ex persona capitis) ou bien en tenant le rôle
du Corps (ex persona corporis). Selon ce qui est écrit :
" Ils seront deux en une seule chair. C’est là un grand
mystère, je veux dire en rapport avec le Christ et l’Église "
(Ep 5, 31-32). Et le Seigneur lui-même dans l’Évangile :
" Non plus deux, mais une seule chair " (Mt 19,
6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes,
et cependant, elles ne font qu’un dans l’étreinte conjugale.
(...) En tant que Tête il se dit " Époux ",
en tant que Corps il se dit " Épouse " (S.
Augustin, Psal. 74, 4).
III. L’Église – Temple de l’Esprit Saint
797 " Ce que notre esprit, je veux dire
notre âme, est à nos membres, l’Esprit Saint l’est aux membres du
Christ, au Corps du Christ, je veux dire l’Église " (S.
Augustin, serm. 267, 4 : PL 38, 1231D). " C’est à
l’Esprit du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer
que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles
qu’avec leur Tête suprême, puisqu’il réside tout entier dans la Tête,
tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres "
(Pie XII, Enc. " Mystici Corporis " : DS 3808).
L’Esprit Saint fait de l’Église " le Temple du Dieu
Vivant " (2 Co 6, 16 ; cf. 1 Co 3, 16-17 ; Ep 2, 21) :
C’est à l’Église elle-même, en effet,
qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a été
déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit
Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et
échelle de notre ascension vers Dieu (...) Car là où est l’Église,
là est aussi l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de
Dieu, là est l’Église et toute grâce (S. Irénée, hær. 3, 24,
1).
798 L’Esprit Saint est " le Principe
de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses
parties du Corps " (Pie XII, enc. " Mystici Corporis " :
DS 3808). Il opère de multiples manières l’édification du Corps
tout entier dans la charité (cf. Ep 4, 16) : par la Parole de
Dieu, " qui a la puissance de construire l’édifice "
(Ac 20, 32), par le Baptême par lequel il forme le Corps du Christ (cf.
1 Co 12, 13) ; par les sacrements qui donnent croissance et guérison
aux membres du Christ ; par " la grâce accordée aux apôtres
qui tient la première place parmi ses dons " (LG 7), par les
vertus qui font agir selon le bien, enfin par les multiples grâces spéciales
[appelés " charismes "] par lesquels il rend les
fidèles " aptes et disponibles pour assumer les diverses
charges et offices qui servent à renouveler et à édifier davantage
l’Église " (LG 12 ; cf. AA 3).
Les charismes
799 Extraordinaires ou
simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint
qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés
qu’ils sont à l’édification de l’Église, au bien des hommes et
aux besoins du monde.
800 Les charismes sont à
accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par
tous les membres de l’Église. Ils sont, en effet, une merveilleuse
richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de
tout le Corps du Christ ; pourvu cependant qu’il s’agisse de
dons qui proviennent véritablement de l’Esprit Saint et qu’ils
soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions
authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité,
vraie mesure des charismes (cf. 1 Co 13).
801 C’est dans ce sens
qu’apparaît toujours nécessaire le discernement des charismes. Aucun
charisme ne dispense de la référence et de la soumission aux Pasteurs
de l’Église. " C’est à eux qu’il convient spécialement,
non pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce
qui est bon " (LG 12), afin que tous les charismes coopèrent,
dans leur diversité et leur complémentarité, au " bien
commun " (1 Co 12, 7) (cf. LG 30 ; CL 24).
En bref
802 " Le Christ Jésus s’est livré
pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier un
Peuple qui lui appartienne en propre " (Tt 2, 14).
803 " Vous êtes donc une race élue, un
sacerdoce royal, une nation sainte, un Peuple acquis " (1 P
2, 9).
804 On entre dans le Peuple de Dieu par la foi et
le Baptême. " Tous les hommes sont appelés à faire partie
du Peuple de Dieu " (LG 13), afin que, dans le Christ,
" les hommes constituent une seule famille et un seul Peuple
de Dieu " (AG 1).
805 L’Église est le Corps du Christ. Par
l’Esprit et son action dans les sacrements, surtout l’Eucharistie,
le Christ mort et ressuscité constitue la communauté des croyants
comme son Corps.
806 Dans l’unité de ce Corps, il y a diversité
de membres et des fonctions. Tous les membres sont liés les uns aux
autres, particulièrement à ceux qui souffrent, sont pauvres et persécutés.
807 L’Église est ce Corps dont le Christ est la
Tête : elle vit de Lui, en Lui et pour Lui ; Il vit avec
elle et en elle.
808 L’Église est l’Épouse du Christ : Il
l’a aimée et s’est livré pour elle. Il l’a purifiée par son
sang. Il a fait d’elle la Mère féconde de tous les fils de Dieu.
809 L’Église est le Temple de l’Esprit Saint.
L’Esprit est comme l’âme du Corps Mystique, principe de sa vie,
de l’unité dans la diversité et de la richesse de ses dons et
charismes.
810 " Ainsi l’Église universelle
apparaît comme ‘un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père
et du Fils et de l’Esprit Saint’ (S. Cyprien, Dom. orat. 23 :
PL 4, 535C-536A) " (LG 4).
Paragraphe 3. L’Église est une, sainte,
catholique et apostolique
811 " C’est là l’unique Église du
Christ, dont nous professons dans le symbole qu’elle est une, sainte,
catholique et apostolique " (LG 8). Ces quatre attributs, inséparablement
liés entre eux (cf. DS 2888), indiquent des traits essentiels de l’Église
et de sa mission. L’Église ne les tient pas d’elle-même ;
c’est le Christ qui, par l’Esprit Saint, donne à son Église, d’être
une, sainte, catholique et apostolique, et c’est Lui encore qui
l’appelle à réaliser chacune de ces qualités.
812 Seule la foi peut reconnaître que l’Église
tient ces propriétés de sa source divine. Mais leurs manifestations
historiques sont des signes qui parlent aussi clairement à la raison
humaine. " L’Église, rappelle le premier Concile du
Vatican, en raison de sa sainteté, de son unité catholique, de sa
constance invaincue, est elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité
et une preuve irréfragable de sa mission divine " (DS 3013).
I. L’Église est une
" Le mystère sacré de l’Unité de l’Église "
(UR 2)
813 L’Église est une de par sa source :
" De ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans
la trinité des personnes l’unité d’un seul Dieu Père, et Fils, en
‘l’Esprit Saint " (UR 2). L’Église est une de par
son Fondateur : " Car le Fils incarné en personne a
réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa Croix, rétablissant
l’unité de tous en un seul Peuple et un seul Corps " (GS
78, §3). L’Église est une de par son " âme " :
" L’Esprit Saint qui habite dans les croyants, qui remplit
et régit toute l’Église, réalise cette admirable communion des fidèles
et les unit tous si intimement dans le Christ, qu’il est le principe
de l’Unité de l’Église " (UR 2). Il est donc de
l’essence même de l’Église d’être une :
Quel étonnant mystère ! Il y a un seul Père
de l’univers, un seul Logos de l’univers et aussi un seul Esprit
Saint, partout identique ; il y a aussi une seule vierge
devenue mère, et j’aime l’appeler l’Église (S. Clément
d’Alexandrie, pæd. 1, 6).
814 Dès l’origine, cette Église une se présente
cependant avec une grande diversité qui provient à la fois de
la variété des dons de Dieu et de la multiplicité des personnes qui
les reçoivent. Dans l’unité du Peuple de Dieu se rassemblent les
diversités des peuples et des cultures. Entre les membres de l’Église
existe une diversité de dons, de charges, de conditions et de modes de
vie ; " au sein de la communion de l’Église il existe
légitimement des Églises particulières, jouissant de leurs traditions
propres " (LG 13). La grande richesse de cette diversité ne
s’oppose pas à l’unité de l’Église. Cependant, le péché et le
poids de ses conséquences menacent sans cesse le don de l’unité.
Aussi l’apôtre doit-il exhorter à " garder l’unité de
l’Esprit par le lien de la paix " (Ep 4, 3).
815 Quels sont ces liens de l’unité ?
" Par-dessus tout [c’est] la charité, qui est le lien de la
perfection " (Col 3, 14). Mais l’unité de l’Église pérégrinante
est assurée aussi par des liens visibles de communion :
– la profession d’une seule foi reçue des apôtres ;
– la célébration commune du culte divin, surtout
des sacrements ;
– la succession apostolique par le sacrement de
l’ordre, maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu (cf.
UR 2 ; LG 14 ; CIC, can. 205).
816 " L’unique Église du Christ,
(...) est celle que notre Sauveur, après sa Résurrection, remit à
Pierre pour qu’il en soit le pasteur, qu’il lui confia, à lui et
aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (...). Cette Église
comme société constituée et organisée dans le monde est réalisée
dans (subsistit in) l’Église catholique gouvernée par le
successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui "
(LG 8) :
Le Décret sur l’Œcuménisme du deuxième
Concile du Vatican explicite : " C’est, en effet,
par la seule Église catholique du Christ, laquelle est ‘moyen général
de salut’, que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de
salut. Car c’est au seul collège apostolique, dont Pierre est le
chef, que le Seigneur confia, selon notre foi, toutes les richesses
de la Nouvelle Alliance, afin de constituer sur la terre un seul
Corps du Christ auquel il faut que soient pleinement incorporés
tous ceux qui, d’une certaine façon, appartiennent déjà au
Peuple de Dieu " (UR 3).
Les blessures de l’unité
817 De fait, " dans cette seule et
unique Église de Dieu apparurent dès l’origine certaines scissions,
que l’apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables ; au
cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus amples, et
des communautés considérables furent séparées de la pleine communion
de l’Église catholique, parfois de par la faute des personnes de
l’une et de l’autre partie " (UR 3). Les ruptures qui
blessent l’unité du Corps du Christ (on distingue l’hérésie,
l’apostasie et le schisme [cf. CIC, can. 751]) ne se font pas sans les
péchés des hommes :
Où se trouve le péché, là aussi la
multiplicité, là le schisme, là l’hérésie, là le conflit ;
mais où se trouve la vertu, là aussi l’unité, là l’union qui
faisait que tous les croyants n’avaient qu’un corps et une âme
(Origène, hom. in Ezech. 9, 1).
818 Ceux qui naissent aujourd’hui dans des
communautés issues de telles ruptures " et qui vivent la foi
au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l’Église
catholique les entoure de respect fraternel et de charité (...).
Justifiés par la foi reçue au Baptême, incorporés au Christ, ils
portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église
catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le
Seigneur " (UR 3).
819 Au surplus, " beaucoup d’éléments
de sanctification et de vérité " (LG 8) existent en dehors
des limites visibles de l’Église catholique : " la
parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance et
la charité, d’autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d’autres
éléments visibles " (UR 3 ; cf. LG 15). L’Esprit du
Christ se sert de ces Églises et communautés ecclésiales comme moyens
de salut dont la force vient de la plénitude de grâce et de vérité
que le Christ a confié à l’Église catholique. Tous ces biens
proviennent du Christ et conduisent à lui (cf. UR 3) et appellent par
eux-mêmes " l’unité catholique " (LG 8).
Vers l’unité
820 L’unité, " le Christ l’a
accordée à son Église dès le commencement. Nous croyons qu’elle
subsiste de façon inamissible dans l’Église catholique et nous espérons
qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des
siècles " (UR 4). Le Christ donne toujours à son Église le
don de l’unité, mais l’Église doit toujours prier et travailler
pour maintenir, renforcer et parfaire l’unité que le Christ veut pour
elle. C’est pourquoi Jésus lui-même a prié à l’heure de sa
passion, et Il ne cesse de prier le Père pour l’unité de ses
disciples : " ... Que tous soient un. Comme Toi, Père,
Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient un en Nous, afin que
le monde croie que Tu M’as envoyé " (Jn 17, 21). Le désir
de retrouver l’unité de tous les chrétiens est un don du Christ et
un appel de l’Esprit Saint (cf. UR 1).
821 Pour y répondre adéquatement sont exigés :
– un renouveau permanent de l’Église dans
une fidélité plus grande à sa vocation. Cette rénovation est le
ressort du mouvement vers l’unité (cf. UR 6) ;
– la conversion du cœur " en vue
de vivre plus purement selon l’Évangile " (cf. UR 7), car
c’est l’infidélité des membres au don du Christ qui cause les
divisions ;
– la prière en commun, car " la
conversion du cœur et la sainteté de vie, unies aux prières publiques
et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées
comme l’âme de tout œcuménisme et peuvent être à bon droit appelées
œcuménisme spirituel " (UR 8) ;
– la connaissance réciproque fraternelle (cf.
UR 9) ;
– la formation œcuménique des fidèles et
spécialement des prêtres (cf. UR 10) ;
– le dialogue entre les théologiens et les
rencontres entre les chrétiens des différentes Églises et communautés
(cf. UR 4 ; 9 ; 11) ;
– la collaboration entre chrétiens dans les
divers domaines du service des hommes (cf. UR 12).
822 Le souci de réaliser l’union " concerne
toute l’Église, fidèles et pasteurs " (UR 5). Mais il faut
aussi " avoir conscience que ce projet sacré, la réconciliation
de tous les chrétiens dans l’unité d’une seule et unique Église
du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines "
C’est pourquoi nous mettons tout notre espoir " dans la prière
du Christ pour l’Église, dans l’amour du Père à notre égard, et
dans la puissance du Saint-Esprit " (UR 24).
II. L’Église est sainte
823 " L’Église (...) est aux yeux de
la foi indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils de Dieu, qui,
avec le Père et l’Esprit, est proclamé ‘seul Saint’, a aimé
l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de |