|
LE
CREDO
Le Credo
|
Symbole des Apôtres (DS 30)
|
Credo
de Nicée-Constantinople (DS 150) |
 |
 |
| Je
crois en Dieu, |
Je
crois en un seul Dieu, |
| le
Père Tout-Puissant, |
le
Père Tout-Puissant, |
| Créateur
du ciel et de la terre. |
Créateur
du ciel et de la terre |
|
de
l’univers visible et invisible. |
| Et
en Jésus-Christ, son Fils unique |
Je
crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ |
| notre
Seigneur, |
le
Fils unique de Dieu, |
|
né
du Père avant tous les siècles |
|
Il
est Dieu, né de Dieu, |
|
Lumière,
né de la Lumière, |
|
vrai
Dieu, né du vrai Dieu, |
|
engendré,
non pas créé, |
|
de
même nature que le Père, |
|
et
par Lui tout a été fait. |
|
Pour
nous les hommes, et pour notre salut, |
|
Il
descendit du ciel ; |
| qui
a été conçu du Saint-Esprit, |
par
l’Esprit Saint, |
| est
né de la Vierge Marie, |
Il
a pris chair de la Vierge Marie, |
|
et
S’est fait homme. |
| a
souffert sous Ponce Pilate, |
Crucifié
pour nous sous Ponce Pilate, |
| a
été crucifié, est mort |
Il
souffrit sa passion et fut mis au tombeau. |
| et
a été enseveli, |
|
| est
descendu aux enfers. |
|
| Le
troisième jour est ressuscité des morts, |
Il
ressuscita le troisième jour, |
|
conformément
aux Ecritures, |
| est
monté aux cieux, |
et
Il monta au ciel; |
| est
assis à la droite de Dieu le Père |
Il
est assis à la droite du Père. |
| Tout-Puissant, |
|
| d’où
Il viendra juger les vivants et les morts. |
Il
reviendra dans la gloire, |
|
pour
juger les vivants et les morts; |
|
et
son règne n’aura pas de fin. |
| Je
crois en l’Esprit Saint, |
Je
crois en l’Esprit Saint, |
|
qui
est Seigneur et qui donne la vie; |
|
Il
procède du Père et du Fils; |
|
avec
le Père et le Fils, |
|
Il
reçoit même adoration et même gloire; |
|
Il
a parlé par les prophètes. |
| à
la sainte Eglise catholique, |
Je
crois en l’Eglise, |
| à
la communion des saints, |
une,
sainte, catholique et apostolique. |
|
Je
reconnais un seul baptême |
| à
la rémission des péchés, |
pour
le pardon des péchés. |
| à
la résurrection de la chair, |
J’attends
la résurrection des morts, |
| à
la vie éternelle, |
et
la vie du monde à venir. |
| Amen. |
Amen. |
DEUXIÈME
SECTION
LA PROFESSION DE LA FOI CHRÉTIENNE
LES SYMBOLES DE LA FOI
185
Qui dit " Je crois ", dit " J’adhère à
ce que nous croyons ". La communion dans la foi a
besoin d’un langage commun de la foi, normatif pour tous et unissant
dans la même confession de foi.
186
Dès l’origine, l’Église apostolique a exprimé et transmis sa
propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9 ;
1 Co 15, 3-5 ; etc.). Mais très tôt déjà, l’Église a aussi
voulu recueillir l’essentiel de sa foi en des résumés organiques et
articulés, destinés surtout aux candidats au Baptême :
Cette
synthèse de la foi n’a pas été faite selon les opinions
humaines ; mais de toute l’Écriture a été recueilli ce
qu’il y a de plus important, pour donner au complet l’unique
enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient
dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même
ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la
connaissance de la vraie piété contenue dans l’Ancien et le
Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5, 12 :
PG 33, 521-524).
187
On appelle ces synthèses de la foi " professions de foi "
puisqu’elles résument la foi que professent les chrétiens. On les
appelle " Credo " en raison de ce qui en est
normalement la première parole : " Je crois ".
On les appelle également " Symboles de la foi ".
188 Le
mot grec symbolon signifiait la moitié d’un objet brisé (par
exemple un sceau) que l’on présentait comme un signe de
reconnaissance. Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier
l’identité du porteur. Le " symbole de la foi "
est donc un signe de reconnaissance et de communion entre les croyants. Symbolon
signifie ensuite recueil, collection ou sommaire. Le " symbole
de la foi " est le recueil des principales vérités de la
foi. D’où le fait qu’il sert de point de référence premier et
fondamental de la catéchèse.
189
La première " profession de foi " se fait lors du
Baptême. Le " symbole de la foi " est d’abord le
symbole baptismal. Puisque le Baptême est donné " au
nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit " (Mt 28, 19), les
vérités de foi professées lors du Baptême sont articulées selon
leur référence aux trois personnes de la Sainte Trinité.
190
Le Symbole est donc divisé en trois parties : " d’abord
il est question de la première Personne divine et de l’œuvre
admirable de la création ; ensuite, de la seconde Personne divine
et du mystère de la Rédemption des hommes ; enfin de la troisième
Personne divine, source et principe de notre sanctification "
(Catech. R. 1, 1, 3). Ce sont là " les trois chapitres de
notre sceau (baptismal) " (S. Irénée, dem. 100).
191
" Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre
elles. D’après une comparaison souvent employée par les Pères, nous
les appelons articles. De même, en effet, que dans nos membres,
il y a certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de
même, dans cette profession de foi, on a donné avec justesse et raison
le nom d’articles aux vérités que nous devons croire en particulier
et d’une manière distincte " (Catech. R. 1, 1, 4). Selon
une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi
coutume de compter douze articles du Credo, symbolisant par le
nombre des apôtres l’ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8 :
PL 17, 1158D).
192
Nombreux ont été, tout au long des siècles, en réponse aux besoins
des différentes époques, les professions ou symboles de la foi :
les symboles des différentes Églises apostoliques et anciennes (cf. DS
1-64), le Symbole " Quicumque ", dit de S. Athanase
(cf. DS 75-76), les professions de foi de certains Conciles (Tolède :
DS 525-541 ; Latran : DS 800-802 ; Lyon : DS 851-861 ;
Trente : DS 1862-1870) ou de certains papes, tels la " Fides
Damasi " (cf. DS 71-72) ou le " Credo du Peuple de
Dieu " [SPF] de Paul VI (1968).
193
Aucun des symboles des différentes étapes de la vie de l’Église ne
peut être considéré comme dépassé et inutile. Ils nous aident à
atteindre et à approfondir aujourd’hui la foi de toujours à travers
les divers résumés qui en ont été faits.
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place toute
particulière dans la vie de l’Église :
194
Le Symbole des apôtres, appelé ainsi parce qu’il est considéré
à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est
l’ancien symbole baptismal de l’Église de Rome. Sa grande autorité
lui vient de ce fait : " Il est le symbole que garde l’Église
romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il
a apporté la sentence commune " (S. Ambroise, symb. 7 :
PL 17, 1158D).
195
Le Symbole dit de Nicée-Constantinople tient sa grande autorité
du fait qu’il est issu des deux premiers Conciles œcuméniques (325
et 381). Il demeure commun, aujourd’hui encore, à toutes les grandes
Églises de l’Orient et de l’Occident.
196
Notre exposé de la foi suivra le Symbole des apôtres qui
constitue, pour ainsi dire, " le plus ancien catéchisme
romain ". L’exposé sera cependant complété par des références
constantes au Symbole de Nicée-Constantinople, souvent plus
explicite et plus détaillé.
197
Comme au jour de notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée
" à la règle de doctrine " (Rm 6, 17), accueillons
le Symbole de notre foi qui donne la vie. Réciter avec foi le Credo,
c’est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le
Saint-Esprit, c’est entrer aussi en communion avec l’Église toute
entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons :
Ce
Symbole est le sceau spirituel, il est la méditation de notre cœur
et la garde toujours présente, il est, à coup sûr, le trésor de
notre âme (S. Ambroise, symb. 1 : PL 17, 1155C).
CHAPITRE PREMIER
JE CROIS EN DIEU LE PÈRE
198
Notre profession de foi commence par Dieu, car Dieu est " Le
premier et Le dernier " (Is 44, 6), le Commencement et la Fin
de tout. Le Credo commence par Dieu le Père, parce que le Père
est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité ;
notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce
que la création est le commencement et le fondement de toutes les œuvres
de Dieu.
ARTICLE 1
" JE CROIS EN DIEU LE PÈRE TOUT-PUISSANT
CRÉATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE "
Paragraphe 1. Je crois en Dieu
199
" Je crois en Dieu " : cette première
affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout
le Symbole parle de Dieu, et s’il parle aussi de l’homme et du
monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent
tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier.
Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est
révélé progressivement aux hommes. " Les fidèles font
d’abord profession de croire en Dieu " (Catech. R. 1, 2, 2).
I. " Je crois en un seul Dieu "
200
C’est avec ces paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople.
La confession de l’Unicité de Dieu, qui a sa racine dans la Révélation
Divine dans l’Ancienne Alliance, est inséparable de celle de
l’existence de Dieu et tout aussi fondamentale. Dieu est Unique :
il n’y a qu’un seul Dieu : " La foi chrétienne
confesse qu’il y a un seul Dieu, par nature, par substance et par
essence " (Catech. R. 1, 2, 8).
201
A Israël, son élu, Dieu S’est révélé comme l’Unique :
" Écoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le
Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout
ton être, de toute ta force " (Dt 6, 4-5). Par les prophètes,
Dieu appelle Israël et toutes les nations à se tourner vers Lui,
l’Unique : " Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés,
tous les confins de la terre, car Je suis Dieu, il n’y en a pas
d’autre (...). Oui, devant Moi tout genou fléchira, par Moi jurera
toute langue en disant : en Dieu seul sont la justice et la force "
(Is 45, 22-24 ; cf. Ph 2, 10-11).
202
Jésus Lui-même confirme que Dieu est " l’unique Seigneur "
et qu’il faut L’aimer " de tout son cœur, de toute son âme,
de tout son esprit et de toutes ses forces " (cf. Mc 12,
29-30). Il laisse en même temps entendre qu’Il est Lui-même " le
Seigneur " (cf. Mc 12, 35-37). Confesser que " Jésus
est Seigneur " est le propre de la foi chrétienne. Cela
n’est pas contraire à la foi en Dieu l’Unique. Croire en l’Esprit
Saint " qui est Seigneur et qui donne la Vie "
n’introduit aucune division dans le Dieu unique :
Nous
croyons fermement et nous affirmons simplement, qu’il y a un seul
vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et
ineffable, Père et Fils et Saint Esprit : Trois Personnes,
mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple (Cc.
Latran IV : DS 800).
II. Dieu révèle son nom
203
A son peuple Israël Dieu s’est révélé en lui faisant connaître
son nom. Le nom exprime l’essence, l’identité de la personne et le
sens de sa vie. Dieu a un nom. Il n’est pas une force anonyme. Livrer
son nom, c’est se faire connaître aux autres ; c’est en
quelque sorte se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d’être
connu plus intimement et d’être appelé, personnellement.
204
Dieu s’est révélé progressivement et sous divers noms à son
peuple, mais c’est la révélation du nom divin faite à Moïse dans
la théophanie du buisson ardent, au seuil de l’Exode et de
l’alliance du Sinaï qui s’est avérée être la révélation
fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.
Le Dieu vivant
205
Dieu appelle Moïse du milieu d’un buisson qui brûle sans se
consumer. Dieu dit à Moïse : " Je suis le Dieu de tes pères,
le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob "
(Ex 3, 6). Dieu est le Dieu des pères, Celui qui avait appelé et guidé
les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et
compatissant qui se souvient d’eux et de Ses promesses ; Il vient
pour libérer leurs descendants de l’esclavage. Il est le Dieu qui par
delà l’espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute
Puissance en œuvre pour ce dessein.
" Je suis Celui qui suis "
Moïse
dit à Dieu : " Voici, je vais trouver les Israélites
et je leur dis : ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers
vous’. Mais s’ils me disent : ‘quel est son nom ?’,
que leur dirai-je ? " Dieu dit à Moïse : " Je
Suis Celui qui Suis ". Et il dit : " Voici ce
que tu diras aux Israélites : ‘Je suis’ m’a envoyé vers
vous. (...) C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on
m’invoquera de génération en génération " (Ex 3,
13-15).
206
En révélant Son nom mystérieux de YHWH, " Je Suis Celui qui
Est " ou " Je Suis Celui qui Suis " ou
aussi " Je Suis qui Je Suis ", Dieu dit Qui Il est
et de quel nom on doit L’appeler. Ce nom Divin est mystérieux comme
Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom révélé et comme le
refus d’un nom, et c’est par là même qu’il exprime le mieux Dieu
comme ce qu’Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons
comprendre ou dire : Il est le " Dieu caché "
(Is 45, 15), son nom est ineffable (cf. Jg 13, 18), et Il est le Dieu
qui Se fait proche des hommes :
207
En révélant son nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui
est de toujours et pour toujours, valable pour le passé (" Je
suis le Dieu de tes pères ", Ex 3, 6), comme pour l’avenir :
(" Je serai avec toi ", Ex 3,12). Dieu qui révèle
son nom comme " Je suis " se révèle comme le Dieu
qui est toujours là, présent auprès de son peuple pour le sauver.
208
Devant la présence attirante et mystérieuse de Dieu, l’homme découvre
sa petitesse. Devant le buisson ardent, Moïse ôte ses sandales et se
voile le visage (cf. Ex 3, 5-6) face à la Sainteté Divine. Devant la
gloire du Dieu trois fois saint, Isaïe s’écrie : " Malheur
à moi, je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures "
(Is 6, 5). Devant les signes divins que Jésus accomplit, Pierre s’écrie :
" Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur "
(Lc 5, 8). Mais parce que Dieu est saint, Il peut pardonner à l’homme
qui se découvre pécheur devant lui : " Je ne donnerai
pas cours à l’ardeur de ma colère (...) car je suis Dieu et non pas
homme, au milieu de toi je suis le Saint " (Os 10, 9). L’apôtre
Jean dira de même : " Devant Lui nous apaiseront notre cœur,
si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que
notre cœur, et Il connaît tout " (1 Jn 3, 19-20).
209 Par
respect pour sa sainteté, le peuple d’Israël ne prononce pas le nom
de Dieu. Dans la lecture de l’Écriture Sainte le nom révélé est
remplacé par le titre divin " Seigneur " (Adonaï,
en grec Kyrios). C’est sous ce titre que sera acclamée la
Divinité de Jésus : " Jésus est Seigneur ".
" Dieu de tendresse et de pitié "
210
Après le péché d’Israël, qui s’est détourné de Dieu pour
adorer le veau d’or (cf. Ex 32), Dieu écoute l’intercession de Moïse
et accepte de marcher au milieu d’un peuple infidèle, manifestant
ainsi son amour (cf. Ex 33, 12-17). A Moïse qui demande de voir Sa
gloire, Dieu répond : " Je ferai passer devant toi toute
ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH "
(Ex 33, 18-19). Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame :
" YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère,
riche en grâce et en fidélité " (Ex 34, 5-6). Moïse
confesse alors que le Seigneur est un Dieu qui pardonne (cf. Ex 34, 9).
211
Le nom divin " Je suis " ou " Il est "
exprime la fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité du péché
des hommes et du châtiment qu’il mérite, " garde sa grâce
à des milliers " (Ex 34, 7). Dieu révèle qu’Il est " riche
en miséricorde " (Ep 2, 4) en allant jusqu’à donner son
propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du péché, Jésus révélera
qu’Il porte Lui-même le nom divin : " quand vous aurez
élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que ‘Je suis’ "
(Jn 8, 28).
Dieu seul EST
212
Au cours des siècles, la foi d’Israël a pu déployer et approfondir
les richesses contenues dans la révélation du nom divin. Dieu est
unique, hormis Lui pas de dieux (cf. Is 44, 6). Il transcende le monde
et l’histoire. C’est Lui qui a fait le ciel et la terre :
" Eux périssent, Toi tu restes ; tous, comme un vêtement
ils s’usent (...) mais Toi, le même, sans fin sont tes années "
(Ps 102, 27-28). En Lui " n’existe aucun changement, ni
l’ombre d’une variation " (Jc 1, 17). Il est " Celui
qui est ", depuis toujours et pour toujours, et c’est ainsi
qu’Il demeure toujours fidèle à Lui-même et à ses promesses.
213
La révélation du nom ineffable " Je suis celui qui suis "
contient donc la vérité que Dieu seul EST. C’est en ce sens que déjà
la traduction des Septante et à sa suite la Tradition de l’Église,
ont compris le nom divin : Dieu est la plénitude de l’Être et
de toute perfection, sans origine et sans fin. Alors que toutes les créatures
ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même
et Il est de Lui-même tout ce qu’Il est.
III. Dieu , " Celui qui est ", est Vérité et
Amour
214
Dieu, " Celui qui est ", s’est révélé à Israël
comme Celui qui est " riche en grâce et en fidélité "
(Ex 34, 6). Ces deux termes expriment de façon condensée les richesses
du nom divin. Dans toutes ses œuvres Dieu montre sa bienveillance, sa
bonté, sa grâce, son amour ; mais aussi sa fiabilité, sa
constance, sa fidélité, sa vérité. " Je rends grâce à
ton nom pour ton amour et ta vérité " (Ps 138, 2 ; cf.
Ps 85, 11). Il est la Vérité, car " Dieu est Lumière, en
Lui point de ténèbres " (1 Jn 1, 5) ; Il est " Amour ",
comme l’apôtre Jean l’enseigne (1 Jn 4, 8).
Dieu est Vérité
215
" Vérité, le principe de ta parole ! Pour l’éternité,
tes justes jugements " (Ps 119, 160). " Oui,
Seigneur Dieu, c’est Toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité "
(2 S 7, 28) ; c’est pourquoi les promesses de Dieu se réalisent
toujours (cf. Dt 7, 9). Dieu est la Vérité même, ses paroles ne
peuvent tromper. C’est pourquoi on peut se livrer en toute confiance
à la vérité et à la fidélité de sa parole en toutes choses. Le
commencement du péché et de la chute de l’homme fut un mensonge du
tentateur qui induit à douter de la parole de Dieu, de sa bienveillance
et de sa fidélité.
216
La vérité de Dieu est sa sagesse qui commande tout l’ordre de la création
et du gouvernement du monde (cf. Sg 13, 1-9). Dieu qui, seul, a créé
le ciel et la terre (cf. Ps 115, 15), peut seul donner la connaissance véritable
de toute chose créée dans sa relation à Lui (cf. Sg 7, 17-21).
217
Dieu est vrai aussi quand Il se révèle : l’enseignement qui
vient de Dieu est " une doctrine de vérité " (Ml
2, 6). Quand Il enverra son Fils dans le monde ce sera " pour
rendre témoignage à la Vérité " (Jn 18, 37) : " Nous
savons que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné
l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable " (1
Jn 5, 20 ; cf. Jn 17, 3).
Dieu est Amour
218
Au cours de son histoire, Israël a pu découvrir que Dieu n’avait
qu’une raison de s’être révélé à lui et de l’avoir choisi
parmi tous les peuples pour être à lui : son amour gratuit (cf.
Dt 4, 37 ; 7, 8 ; 10, 15). Et Israël de comprendre, grâce à
ses prophètes, que c’est encore par amour que Dieu n’a cessé de le
sauver (cf. Is 43, 1-7) et de lui pardonner son infidélité et ses péchés
(cf. Os 2).
219
L’amour de Dieu pour Israël est comparé à l’amour d’un père
pour son fils (Os 11, 1). Cet amour est plus fort que l’amour d’une
mère pour ses enfants (cf. Is 49, 14-15). Dieu aime son Peuple plus
qu’un époux sa bien-aimée (cf. Is 62, 4-5) ; cet amour sera
vainqueur même des pires infidélités (cf. Ez 16 ; Os 11) ;
il ira jusqu’au don le plus précieux : " Dieu a tant
aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique " (Jn 3, 16).
220
L’amour de Dieu est " éternel " (Is 54, 8) :
" Car les montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler,
mais mon amour pour toi ne s’en ira pas " (Is 54, 10).
" D’un amour éternel, je t’ai aimé ; c’est
pourquoi je t’ai conservé ma faveur " (Jr 31, 3).
221
S. Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste : " Dieu
est Amour " (1 Jn 4, 8. 16) : l’Être même de Dieu est
Amour. En envoyant dans la plénitude des temps son Fils unique et
l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus intime (cf. 1 Co
2, 7-16 ; Ep 3, 9-12) : Il est Lui-même éternellement échange
d’amour : Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à
y avoir part.
IV. La portée de la foi en Dieu Unique
222
Croire en Dieu, l’Unique, et L’aimer de tout son être a des conséquences
immenses pour toute notre vie :
223 C’est connaître la grandeur et la majesté de Dieu :
" Oui, Dieu est si grand qu’Il dépasse notre science "
(Jb 36, 26). C’est pour cela que Dieu doit être " premier
servi " (Ste Jeanne d’Arc, dictum).
224 C’est vivre en action de grâce :
si Dieu est l’Unique, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons
vient de Lui : " Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? "
(1 Co 4, 7). " Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien
qu’Il m’a fait ? " (Ps 116, 12).
225 C’est connaître l’unité et la vraie dignité de tous les
hommes :
tous, ils sont faits " à l’image et à la ressemblance de
Dieu " (Gn 1, 26).
226 C’est bien user des choses créées :
la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui n’est pas
Lui dans la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en détacher
dans la mesure où cela nous détourne de Lui (cf. Mt 5, 29-30 ;
16, 24 ; 19, 23-24) :
Mon
Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi.
Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi.
Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner
tout à Toi (S. Nicolas de Flüe, prière).
227 C’est faire confiance à Dieu en toute circonstance,
même dans l’adversité. Une prière de Ste. Thérèse de Jésus
l’exprime admirablement :
Que
rien ne te trouble / Que rien ne t’effraie
Tout
passe / Dieu ne change pas
La
patience obtient tout / Celui qui a Dieu
Ne
manque de rien / Dieu seul suffit.
(Poes.
9)
En bref
228
" Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique
Seigneur... " (Dt 6, 4 ; Mc 12, 29). " Il
faut nécessairement que l’Être suprême soit unique, c’est-à-dire
sans égal. (...) Si Dieu n’est pas unique, il n’est pas Dieu "
(Tertullien, Marc. 1, 3).
229
La foi en Dieu nous amène à nous tourner vers Lui seul comme vers
notre première origine et notre fin ultime, et ne rien Lui préférer
ou Lui substituer.
230
Dieu, en se révélant, demeure mystère ineffable : " Si
tu Le comprenais, ce ne serait pas Dieu " (S. Augustin,
serm. 52, 6, 16 :
PL 38, 360).
231
Le Dieu de notre foi s’est révélé comme Celui
qui est ; Il s’est fait connaître comme " riche
en grâce et en fidélité " (Ex 34, 6). Son Être même
est Vérité et Amour.
Paragraphe 2. Le Père
I. " Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit "
232
Les chrétiens sont baptisés " au nom du Père et du Fils et
du Saint-Esprit " (Mt 28, 19). Auparavant ils répondent
" Je crois " à la triple interrogation qui leur
demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l’Esprit :
" La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité "
(S. Césaire d’Arles, symb. : CCL 103, 48).
233
Les chrétiens sont baptisés " au nom " du Père et
du Fils et du Saint-Esprit et non pas " aux noms "
de ceux-ci (cf. Profession de foi du pape Vigile en 552 : DS 415)
car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils
unique et l’Esprit Saint : la Très Sainte Trinité.
234
Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la
foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même.
Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi ; il
est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus
fondamental et essentiel dans la " hiérarchie des vérités
de foi " (DCG 43). " Toute l’histoire du salut
n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le
Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie
et s’unit les hommes qui se détournent du péché " (DCG
47).
235
Dans ce paragraphe, il sera exposé brièvement de quelle manière est révélé
le mystère de la Bienheureuse Trinité (I), comment l’Église a
formulé la doctrine de la foi sur ce mystère (II), et enfin, comment,
par les missions divines du Fils et de l’Esprit Saint, Dieu le Père réalise
son " dessein bienveillant " de création, de rédemption
et de sanctification (III).
236 Les
Pères de l’Église distinguent entre la Theologia et l’Oikonomia,
désignant par le premier terme le mystère de la vie intime du
Dieu-Trinité, par le second toutes les œuvres de Dieu par lesquelles
Il Se révèle et communique Sa vie. C’est par l’Oikonomia
que nous est révélée la Theologia ; mais inversement,
c’est la Theologia qui éclaire toute l’Oikonomia. Les
œuvres de Dieu révèlent qui Il est en Lui-même ; et
inversement, le mystère de Son Être intime illumine l’intelligence
de toutes Ses œuvres. Il en est ainsi, analogiquement, entre les
personnes humaines. La personne se montre dans son agir, et mieux nous
connaissons une personne, mieux nous comprenons son agir.
237
La Trinité est un mystère de foi au sens strict, un des " mystères
cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont révélés
d’en haut " (Cc. Vatican I : DS 3015). Dieu certes a
laissé des traces de son être trinitaire dans son œuvre de Création
et dans sa Révélation au cours de l’Ancien Testament. Mais
l’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère
inaccessible à la seule raison et même à la foi d’Israël avant
l’Incarnation du Fils de Dieu et la mission du Saint Esprit .
II. La révélation de Dieu comme Trinité
Le Père révélé par le Fils
238
L’invocation de Dieu comme " Père " est connue
dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme
" père des dieux et des hommes ". En Israël, Dieu
est appelé Père en tant que Créateur du monde (cf. Dt 32, 6 ; Ml
2, 10). Dieu est Père plus encore en raison de l’alliance et du don
de la Loi à Israël son " fils premier-né " (Ex 4,
22). Il est aussi appelé Père du roi d’Israël (cf. 2 S 7, 14). Il
est tout spécialement " le Père des pauvres ", de
l’orphelin et de la veuve qui sont sous sa protection aimante (cf. Ps
68, 6).
239 En
désignant Dieu du nom de " Père ", le langage de
la foi indique principalement deux aspects : que Dieu est origine
première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même
temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette
tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de
la maternité (cf. Is 66, 13 ; Ps 131, 2) qui indique davantage
l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le
langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents
qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu
pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains
sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité
et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende
la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est
Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf.
Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ;
Is 49, 15) : Personne n’est père comme l’est Dieu.
240
Jésus a révélé que Dieu est " Père " dans un
sens inouï : Il ne l’est pas seulement en tant que Créateur, Il
est éternellement Père en relation à son Fils unique, qui éternellement
n’est Fils qu’en relation au Père : " Nul ne connaît
le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce
n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien Le révéler "
(Mt 11, 27).
241
C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme " le
Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu "
(Jn 1, 1), comme " l’image du Dieu invisible "
(Col 1, 15), comme " le resplendissement de sa gloire et
l’effigie de sa substance " (He 1, 3).
242
A leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé
en 325 au premier Concile œcuménique de Nicée que le Fils est " consubstantiel "
au Père, c’est-à-dire un seul Dieu avec lui. Le deuxième Concile œcuménique,
réuni à Constantinople en 381, a gardé cette expression dans sa
formulation du Credo de Nicée et a confessé " le Fils unique
de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière,
vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père "
(DS 150).
Le Père et le Fils révélés par l’Esprit
243
Avant sa Pâque, Jésus annonce l’envoi d’un " autre
Paraclet " (Défenseur), l’Esprit Saint. A l’œuvre depuis
la création (cf. Gn 1, 2), ayant jadis " parlé par les prophètes "
(Symbole de Nicée-Constantinople), il sera maintenant auprès des
disciples et en eux (cf. Jn 14, 17), pour les enseigner (cf. Jn 14, 26)
et les conduire " vers la vérité tout entière "
(Jn 16, 13). L’Esprit Saint est ainsi révélé comme une autre
personne divine par rapport à Jésus et au Père.
244
L’origine éternelle de l’Esprit se révèle dans sa mission
temporelle. L’Esprit Saint est envoyé aux apôtres et à l’Église
aussi bien par le Père au nom du Fils, que par le Fils en personne, une
fois retourné auprès du Père (cf. Jn 14, 26 ; 15, 26 ; 16,
14). L’envoi de la personne de l’Esprit après la glorification de Jésus
(cf. Jn 7, 39) révèle en plénitude le mystère de la Sainte Trinité.
245
La foi apostolique concernant l’Esprit a été confessée par le deuxième
Concile œcuménique en 381 à Constantinople : " Nous
croyons dans l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père " (DS 150). L’Église reconnaît par là
le Père comme " la source et l’origine de toute la divinité "
(Cc. Tolède VI en 638 : DS 490). L’origine éternelle de
l’Esprit Saint n’est cependant pas sans lien avec celle du Fils :
" L’Esprit Saint qui est la Troisième Personne de la Trinité,
est Dieu, un et égale au Père et au Fils, de même substance et aussi
de même nature. (...) Cependant, on ne dit pas qu’il est seulement
l’Esprit du Père, mais à la fois l’Esprit du Père et du Fils "
(Cc. Tolède XI en 675 : DS 527). Le Credo du Concile de
Constantinople de l’Église confesse : " Avec le Père
et le Fils il reçoit même adoration et même gloire " (DS
150).
246
La tradition latine du Credo confesse que l’Esprit " procède
du Père et du Fils (filioque) ". Le Concile de
Florence, en 1438, explicite : " Le Saint Esprit tient
son essence et son être à la fois du Père et du Fils et Il procède
éternellement de l’Un comme de l’Autre comme d’un seul Principe
et par une seule spiration... Et parce que tout ce qui est au Père, le
Père Lui-même l’a donné à Son Fils unique en L’engendrant, à
l’exception de son être de Père, cette procession même du Saint
Esprit à partir du Fils, Il la tient éternellement de son Père qui
L’a engendré éternellement " (DS 1300-1301).
247
L’affirmation du filioque
ne
figurait pas dans le symbole confessé en 381 à Constantinople. Mais
sur la base d’une ancienne tradition latine et alexandrine, le Pape S.
Léon l’avait déjà confessée dogmatiquement en 447 (cf. DS 284)
avant même que Rome ne connût et ne reçût, en 451, au Concile de
Chalcédoine, le symbole de 381. L’usage de cette formule dans le
Credo a été peu à peu admis dans la liturgie latine (entre le VIIIe
et le XIe siècle). L’introduction du filioque dans
le Symbole de Nicée-Constantinople par la liturgie latine constitue
cependant, aujourd’hui encore, un différend avec les Églises
orthodoxes.
248
La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première
du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme
" issu du Père " (Jn 15, 26), elle affirme que
celui-ci est issu du Père par le Fils (cf. AG 2). La
tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle
entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et
du Fils (filioque). Elle le dit " de manière légitime
et raisonnable " (Cc. Florence en 1439 : DS 1302), car
l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion
consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de
l’Esprit en tant que " principe sans principe "
(DS 1331), mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit
avec Lui " l’unique principe d’où procède l’Esprit
Saint " (Cc. Lyon II en 1274 : DS 850). Cette légitime
complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas
l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.
III. La Sainte Trinité dans la doctrine de la foi
La formation du dogme trinitaire
249
La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines
à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen
du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi
baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière
de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits
apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie
eucharistique : " La grâce du Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous "
(2 Co 13, 13 ; cf. 1 Co 12, 4-6 ; Ep 4, 4-6).
250
Au cours des premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus
explicitement sa foi trinitaire tant pour approfondir sa propre
intelligence de la foi que pour la défendre contre des erreurs qui la déformaient.
Ce fut l’œuvre des Conciles anciens, aidés par le travail théologique
des Pères de l’Église et soutenus par le sens de la foi du peuple
chrétien.
251 Pour
la formulation du dogme de la Trinité, l’Église a dû développer
une terminologie propre à l’aide de notions d’origine philosophique :
" substance ", " personne " ou
" hypostase ", " relation ",
etc. Ce faisant, elle n’a pas soumis la foi à une sagesse humaine
mais a donné un sens nouveau, inouï à ces termes appelés à
signifier désormais aussi un mystère ineffable, " infiniment
au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine "
(SPF 9).
252
L’Église utilise le terme " substance " (rendu
aussi parfois par " essence " ou par " nature ")
pour désigner l’être divin dans son unité, le terme " personne "
ou " hypostase " pour désigner le Père, le Fils et
le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme " relation "
pour désigner le fait que leur distinction réside dans la référence
des uns aux autres.
Le dogme de la Sainte Trinité
253 La Trinité est Une.
Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes :
" la Trinité consubstantielle " (Cc. Constantinople
II en 553 : DS 421). Les personnes divines ne se partagent pas
l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier :
" Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même
qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le
Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature " (Cc.
Tolède XI en 675 : DS 530). " Chacune des trois
personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence
ou la nature divine " (Cc. Latran IV en 1215 : DS 804).
254 Les personnes divines sont réellement distinctes entre elles.
" Dieu est unique mais non pas solitaire " (Fides
Damasi : DS 71). " Père ", " Fils ",
" Esprit Saint " ne sont pas simplement des noms désignant
des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts
entre eux : " Celui qui est le Fils n’est pas le Père,
et celui qui est le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit
n’est celui qui est le Père ou le Fils " (Cc. Tolède XI en
675 : DS 530). Ils sont distincts entre eux par leurs relations
d’origine : " C’est le Père qui engendre, le Fils
qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède " (Cc. Latran
IV en 1215 : DS 804). L’Unité divine est Trine.
255 Les personnes divines sont relatives les unes aux autres.
Parce qu’elle ne divise pas l’unité divine, la distinction réelle
des personnes entre elles réside uniquement dans les relations qui les
réfèrent les unes aux autres : " Dans les noms relatifs
des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le
Saint-Esprit aux deux ; quand on parle de ces trois personnes en
considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou
substance " (Cc. Tolède XI en 675 : DS 528). En effet,
" tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas
l’opposition de relation " (Cc. Florence en 1442 : DS
1330). " A cause de cette unité, le Père est tout entier
dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Fils est tout
entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit ; le
Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils "
(Cc. Florence en 1442 : DS 1331).
256
Aux Catéchumènes de Constantinople, S. Grégoire de Nazianze, que
l’on appelle aussi " le Théologien ", confie ce résumé
de la foi trinitaire :
Avant
toutes choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je
combats, avec lequel je veux mourir, qui me fait supporter tous les
maux et mépriser tous les plaisirs : je veux dire la
profession de foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vous
la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à
l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la
donne pour compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne
une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et
contenant les Trois d’une manière distincte. Divinité sans
disparate de substance ou de nature, sans degré supérieur qui élève
ou degré inférieur qui abaisse. (...) C’est de trois infinis
l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en
soi-même (...), Dieu les Trois considérés ensemble (...). Je
n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me
baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la
Trinité que l’unité me ressaisit ... (or. 40, 41 : PG 36,
417).
IV. Les œuvres divines et les missions trinitaires
257
" O Trinité lumière bienheureuse, O primordiale unité "
(LH, hymne " O lux beata Trinitas " de vêpres) !
Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin.
Dieu est amour : Père, Fils et Esprit Saint. Librement Dieu veut
communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le " dessein
bienveillant " (Ep 1, 9) qu’il a conçu dès avant la création
du monde en son Fils bien-aimé, " nous prédestinant à
l’adoption filiale en celui-ci " (Ep 1, 4-5), c’est-à-dire
" à reproduire l’image de Son Fils " (Rm 8, 29)
grâce à " l’Esprit d’adoption filiale " (Rm 8,
15). Ce dessein est une " grâce donnée avant tous les siècles "
(2 Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l’amour trinitaire. Il se déploie
dans l’œuvre de la création, dans toute l’histoire du salut après
la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que prolonge la
mission de l’Église (cf. AG 2-9).
258
Toute l’économie divine est l’œuvre commune des trois personnes
divines. Car de même qu’elle n’a qu’une seule et même nature, la
Trinité n’a qu’une seule et même opération (cf. Cc Constantinople
II en 553 : DS 421). " Le Père, le Fils et le
Saint-Esprit ne sont pas trois principes des créatures mais un seul
principe " (Cc. Florence en 1442 : DS 1331). Cependant,
chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété
personnelle. Ainsi l’Église confesse à la suite du Nouveau Testament
(cf. 1 Co 8, 6) : " un Dieu et Père de qui sont toutes
choses, un Seigneur Jésus-Christ pour qui sont toutes choses, un Esprit
Saint en qui sont toutes choses " (Cc. Constantinople II :
DS 421). Ce sont surtout les missions divines de l’Incarnation du Fils
et du don du Saint-Esprit qui manifestent les propriétés des personnes
divines.
259
Œuvre à la fois commune et personnelle, toute l’économie divine
fait connaître et la propriété des personnes divines et leur unique
nature. Aussi, toute la vie chrétienne est communion avec chacune des
personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire
au Père le fait par le Fils dans l’Esprit Saint ; celui qui suit
le Christ, le fait parce que le Père l’attire (cf. Jn 6, 44) et que
l’Esprit le meut (cf. Rm 8, 14).
260
La fin ultime de toute l’économie divine, c’est l’entrée des créatures
dans l’unité parfaite de la Bienheureuse Trinité (cf. Jn 17, 21-23).
Mais dès maintenant nous sommes appelés à être habités par la Très
Sainte Trinité : " Si quelqu’un m’aime, dit le
Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous
viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure " (Jn
14, 23) :
O
mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement
pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon
âme était dans l’éternité ; que rien ne puisse troubler
ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque
minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère !
Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le
lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que
je sois là, toute entière, toute éveillée en ma foi, toute
adorante, toute livrée à votre action créatrice (Prière de la
Bienheureuse Élisabeth de la Trinité).
En bref
261
Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de
la foi et de la vie chrétienne. Dieu seul peut nous en donner la
connaissance en Se révélant comme Père, Fils et Saint-Esprit.
262
L’Incarnation du Fils de Dieu révèle que Dieu est le Père éternel,
et que le Fils est consubstantiel au Père, c’est-à-dire qu’il
est en lui et avec lui le même Dieu unique.
263
La mission du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils (cf.
Jn 14, 26) et par le Fils " d’auprès du Père "
(Jn 15, 26) révèle qu’il est avec eux le même Dieu unique.
" Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même
gloire ".
264
" Le Saint-Esprit procède du Père en tant que source
première et, par le don éternel de celui-ci au Fils, du Père et
du Fils en communion " (S. Augustin, Trin. 15, 26, 47).
265
Par la grâce du baptême " au nom du Père et du Fils et
du Saint-Esprit ", nous sommes appelés à partager la vie
de la Bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi,
et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle (cf. SPF 9).
266
" La foi catholique consiste en ceci : vénérer un
seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité, sans
confondre les personnes, sans diviser la substance : car autre
est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de
l’Esprit Saint ; mais du Père, du Fils et de l’Esprit
Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté "
(Symbolum " Quicumque " (DS
75).
267
Inséparables dans ce qu’elles sont, les personnes divines sont
aussi inséparables dans ce qu’elles font. Mais dans l’unique opération
divine chacune manifeste ce qui lui est propre dans la Trinité,
surtout dans les missions divines de l’Incarnation du Fils et du
don du Saint-Esprit.
Paragraphe 3. Le Tout-Puissant
268 De tous les attributs divins, seule la
Toute-Puissance de Dieu est nommée dans le Symbole : la confesser
est d’une grande portée pour notre vie. Nous croyons qu’elle est universelle,
car Dieu qui a tout créé (cf. Gn 1, 1 ; Jn 1, 3), régit tout et
peut tout ; aimante, car Dieu est notre Père (cf. Mt 6, 9) ;
mystérieuse, car seule la foi peut la discerner lorsqu’ " elle
se déploie dans la faiblesse " (2 Co 12, 9 ; cf. 1 Co 1,
18).
" Tout ce qu’Il veut, Il le fait "
(Ps 115, 3)
269 Les Saintes Écritures confessent à maintes
reprises la puissance universelle de Dieu. Il est appelé " Le
Puissant de Jacob " (Gn 49, 24 ; Is 1, 24 e.a.), " le
Seigneur des armées ", " le Fort, le Vaillant "
(Ps 24, 8-10). Si Dieu est Tout-Puissant " au ciel et sur la
terre " (Ps 135, 6), c’est qu’il les a faits. Rien ne lui
est donc impossible (cf. Jr 32, 17 ; Lc 1, 37) et il dispose à son
gré de son œuvre (cf. Jr 27, 5) ; il est le Seigneur de
l’univers dont il a établi l’ordre qui lui demeure entièrement
soumis et disponible ; il est le Maître de l’histoire : il
gouverne les cœurs et les événements selon son gré (cf. Est 4, 17b ;
Pr 21, 1 ; Tb 13, 2) : " Ta grande puissance est
toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras ? "
(Sg 11, 21).
" Tu as pitié de tous, parce que Tu peux
tout " (Sg 11, 23)
270 Dieu est le Père Tout-Puissant. Sa
paternité et sa puissance s’éclairent mutuellement. En effet, il
montre sa Toute-Puissance paternelle par la manière dont Il prend soin
de nos besoins (cf. Mt 6, 32) ; par l’adoption filiale qu’il
nous donne (" Je serai pour vous un père, et vous serez pour
moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant " :
2 Co 6, 18) ; enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’il montre
sa puissance au plus haut point en pardonnant librement les péchés.
271 La Toute-Puissance divine n’est nullement
arbitraire : " En Dieu la puissance et l’essence, la
volonté et l’intelligence, la sagesse et la justice sont une seule et
même chose, de sorte que rien ne peut être dans la puissance divine
qui ne puisse être dans la juste volonté de Dieu ou dans sa sage
intelligence " (S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 5, ad 1).
Le mystère de l’apparente impuissance de Dieu
272 La foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut-être
mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance.
Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal. Or,
Dieu le Père a révélé sa Toute-Puissance de la façon la plus mystérieuse
dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils,
par lesquels Il a vaincu le mal. Ainsi, le Christ crucifié est " puissance
de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage
que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les
hommes " (1 Co 1, 24-25). C’est dans la Résurrection et
dans l’exaltation du Christ que le Père a " déployé la
vigueur de sa force " et manifesté " quelle
extraordinaire grandeur revêt sa puissance pour nous les croyants "
(Ep 1, 19-22).
273 Seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses
de la Toute-Puissance de Dieu. Cette foi se glorifie de ses faiblesses
afin d’attirer sur elle la puissance du Christ (cf. 2 Co 12, 9 ;
Ph 4, 13). De cette foi, la Vierge Marie est le suprême modèle, elle
qui a cru que " rien n’est impossible à Dieu "
(Lc 1, 37) et qui a pu magnifier le Seigneur : " Le
Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom " (Lc
1, 49).
274 " Rien n’est donc plus propre à
affermir notre Foi et notre Espérance que la conviction profondément
gravée dans nos âmes que rien n’est impossible à Dieu. Car tout ce
que [le Credo] nous proposera ensuite à croire, les choses les plus
grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées
au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura
seulement l’idée de la Toute-Puissance divine, elle les admettra
facilement et sans hésitation aucune " (Catech. R. 1, 2, 13).
En bref
275 Avec Job, le juste, nous confessons :
" Je sais que Tu es Tout-Puissant : ce que Tu conçois,
Tu peux le réaliser " (Jb 42, 2).
276 Fidèle au témoignage de l’Écriture, l’Église
adresse souvent sa prière au " Dieu Tout-Puissant et éternel "
(" omnipotens sempiterne Deus... "), croyant
fermement que " rien n’est impossible à Dieu "
(Lc 1, 37 ; cf. Gn 18, 14 ; Mt 19, 26).
277 Dieu manifeste sa Toute-Puissance en nous
convertissant de nos péchés et en nous rétablissant dans son amitié
par la grâce : " Dieu, qui donnes la preuve suprême
de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié... " (MR,
collecte du 26e dimanche).
278 A moins de croire que l’amour de Dieu est
Tout-Puissant, comment croire que le Père a pu nous créer, le Fils
nous racheter, l’Esprit Saint nous sanctifier ?
Paragraphe 4. Le Créateur
279 " Au commencement, Dieu créa le
ciel et la terre " (Gn 1, 1). C’est avec ces paroles
solennelles que commence l’Écriture Sainte. Le Symbole de la foi
reprend ces paroles en confessant Dieu le Père Tout-puissant comme
" le Créateur du ciel et de la terre ", " de
l’univers visible et invisible ". Nous parlerons donc
d’abord du Créateur, ensuite de sa création, enfin de la chute du péché
dont Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est venu nous relever.
280 La création est le fondement de
" tous les desseins salvifiques de Dieu ", " le
commencement de l’histoire du salut " (DCG 51) qui culmine
dans le Christ. Inversement, le mystère du Christ est la lumière décisive
sur le mystère de la création ; il révèle la fin en vue de
laquelle, " au commencement, Dieu créa le ciel et la terre "
(Gn 1, 1) : dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la
nouvelle création dans le Christ (cf. Rm 8, 18-23).
281 C’est pour cela que les lectures de la Nuit
Pascale, célébration de la création nouvelle dans le Christ,
commencent par le récit de la création ; de même, dans la
liturgie byzantine, le récit de la création constitue toujours la
première lecture des vigiles des grandes fêtes du Seigneur. Selon le témoignage
des anciens, l’instruction des catéchumènes pour le baptême suit le
même chemin (cf. Ethérie, pereg. 46 : PLS 1, 1089-1090 ; S.
Augustin, catech. 3, 5).
I. La catéchèse sur la Création
282 La catéchèse sur la
Création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes
de la vie humaine et chrétienne : car elle explicite la réponse
de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de
tous les temps se sont posée : " D’où venons-nous ? "
" Où allons-nous ? " " Quelle est
notre origine ? " " Quelle est notre fin ? "
" D’où vient et où va tout ce qui existe ? "
Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables.
Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de
notre agir.
283 La question des origines du monde et de
l’homme fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques qui ont
magnifiquement enrichi nos connaissances sur l’âge et les dimensions
du cosmos, le devenir des formes vivantes, l’apparition de l’homme.
Ces découvertes nous invitent à admirer d’autant plus la grandeur du
Créateur, de lui rendre grâce pour toutes ses œuvres et pour
l’intelligence et la sagesse qu’il donne aux savants et aux
chercheurs. Avec Salomon, ceux-ci peuvent dire : " C’est
Lui qui m’a donné la science vraie de ce qui est, qui m’a fait
connaître la structure du monde et les propriétés des éléments
(...) car c’est l’ouvrière de toutes choses qui m’a instruit, la
Sagesse " (Sg 7, 17-21).
284 Le grand intérêt réservé à ces
recherches est fortement stimulé par une question d’un autre ordre,
et qui dépasse le domaine propre des sciences naturelles. Il ne
s’agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement
le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de découvrir
quel est le sens d’une telle origine : si elle est gouvernée par
le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être
transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu. Et si le monde provient
de la sagesse et de la bonté de Dieu, pourquoi le mal ? D’où
vient-il ? Qui en est responsable ? Et y en a-t-il une libération ?
285 Depuis ses débuts, la foi chrétienne a été
confrontée à des réponses différentes de la sienne sur la question
des origines. Ainsi, on trouve dans les religions et les cultures
anciennes de nombreux mythes concernant les origines. Certains
philosophes ont dit que tout est Dieu, que le monde est Dieu, ou que le
devenir du monde est le devenir de Dieu (panthéisme) ; d’autres
ont dit que le monde est une émanation nécessaire de Dieu, s’écoulant
de cette source et retournant vers elle ; d’autres encore ont
affirmé l’existence de deux principes éternels, le Bien et le Mal,
la Lumière et les Ténèbres, en lutte permanente (dualisme, manichéisme) ;
selon certaines de ces conceptions, le monde (au moins le monde matériel)
serait mauvais, produit d’une déchéance, et donc à rejeter ou à dépasser
(gnose) ; d’autres admettent que le monde ait été fait par
Dieu, mais à la manière d’un horloger qui l’aurait, une fois fait,
abandonné à lui-même (déisme) ; d’autres enfin n’acceptent
aucune origine transcendante du monde, mais y voient le pur jeu d’une
matière qui aurait toujours existé (matérialisme). Toutes ces
tentatives témoignent de la permanence et de l’universalité de la
question des origines. Cette quête est propre à l’homme.
286 L’intelligence humaine peut, certes, déjà
trouver une réponse à la question des origines. En effet,
l’existence de Dieu le Créateur peut être connue avec certitude par
ses œuvres grâce à la lumière de la raison humaine (cf. DS 3026), même
si cette connaissance est souvent obscurcie et défigurée par
l’erreur. C’est pourquoi la foi vient confirmer et éclairer la
raison dans la juste intelligence de cette vérité : " Par
la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole
de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas
apparent " (He 11, 3).
287 La vérité de la création est si importante
pour toute la vie humaine que Dieu, dans sa tendresse, a voulu révéler
à son Peuple tout ce qui est salutaire à connaître à ce sujet.
Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du Créateur
(cf. Ac 17, 24-29 ; Rm 1, 19-20), Dieu a progressivement révélé
à Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les
patriarches, qui a fait sortir Israël d’Égypte, et qui, en élisant
Israël, l’a créé et formé (cf. Is 43, 1), il se révèle comme
celui à qui appartiennent tous les peuples de la terre, et la terre
entière, comme celui qui, seul, " a fait le ciel et la terre "
(Ps 115, 15 ; 124, 8 ; 134, 3).
288 Ainsi, la révélation de la création est
inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de
Dieu, l’Unique, avec son Peuple. La création est révélée comme le
premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage
de l’amour Tout-Puissant de Dieu (cf. Gn 15, 5 ; Jr 33, 19-26).
Aussi, la vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur
croissante dans le message des prophètes (cf. Is 44, 24), dans la prière
des psaumes (cf. Ps 104) et de la liturgie, dans la réflexion de la
sagesse (cf. Pr 8, 22-31) du Peuple élu.
289 Parmi toutes les paroles de l’Écriture
Sainte sur la création, les trois premiers chapitres de la Genèse
tiennent une place unique. Du point de vue littéraire ces textes
peuvent avoir diverses sources. Les auteurs inspirés les ont placés au
commencement de l’Écriture de sorte qu’ils expriment, dans leur
langage solennel, les vérités de la création, de son origine et de sa
fin en Dieu, de son ordre et de sa bonté, de la vocation de l’homme,
enfin du drame du péché et de l’espérance du salut. Lues à la lumière
du Christ, dans l’unité de l’Écriture Sainte et dans la Tradition
vivante de l’Église, ces paroles demeurent la source principale pour
la catéchèse des mystères du " commencement " :
création, chute, promesse du salut.
II. La création – œuvre de la Sainte Trinité
290 " Au commencement, Dieu créa le
ciel et la terre " (Gn 1, 1) : trois choses sont affirmées
dans ces premières paroles de l’Écriture : le Dieu éternel a
posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul
est créateur (le verbe " créer " – en hébreu bara
– a toujours pour sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé
par la formule " le ciel et la terre ") dépend de
Celui qui lui donne d’être.
291 " Au commencement était le Verbe
(...) et le Verbe était Dieu. (...) Tout a été fait par lui et sans
lui rien n’a été fait " (Jn 1, 1-3). Le Nouveau Testament
révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé.
C’est en lui " qu’ont été créées toutes choses, dans
les cieux et sur la terre (...) tout a été créé par lui et pour lui.
Il est avant toute chose et tout subsiste en lui " (Col 1,
16-17). La foi de l’Église affirme de même l’action créatrice de
l’Esprit Saint : il est le " donateur de vie "
(Symbole de Nicée-Constantinople), " l’Esprit Créateur "
(" Veni, Creator Spiritus "), la " Source
de tout bien " (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de
Pentecôte).
292 Insinuée dans l’Ancien Testament (cf. Ps
33, 6 ; 104, 30 ; Gn 1, 2-3), révélée dans la Nouvelle
Alliance, l’action créatrice du Fils et de l’Esprit, inséparablement
une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi
de l’Église : " Il n’existe qu’un seul Dieu (...) :
il est le Père, il est Dieu, il est le Créateur, il est l’Auteur, il
est l’Ordonnateur. Il a fait toutes choses par lui-même,
c’est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse " (S. Irénée,
hær. 2, 30, 9), " par le Fils et l’Esprit " qui
sont comme " ses mains " (ibid., 4, 20, 1). La création
est l’œuvre commune de la Sainte Trinité.
III. " Le monde a été créé pour la
gloire de Dieu "
293 C’est une vérité fondamentale que l’Écriture
et la Tradition ne cessent d’enseigner et de célébrer : " Le
monde a été créé pour la gloire de Dieu " (Cc. Vatican I :
DS 3025). Dieu a créé toutes choses, explique S. Bonaventure, " non
pour accroître la Gloire, mais pour manifester et communiquer cette
gloire " (sent. 2, 1, 2, 2, 1). Car Dieu n’a pas d’autre
raison pour créer que son amour et sa bonté : " C’est
la clef de l’amour qui a ouvert sa main pour produire les créatures "
(S. Thomas d’A., sent. 2, prol.) Et le premier Concile du Vatican
explique :
Dans sa bonté et par sa force toute-puissante,
non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection,
mais pour la manifester par les biens qu’il accorde à ses créatures,
ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès
le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature,
la spirituelle et la corporelle (DS 3002).
294 La gloire de Dieu c’est que se réalise
cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue
desquelles le monde a été créé. Faire de nous " des fils
adoptifs par Jésus-Christ : tel fut le dessein bienveillant de Sa
volonté à la louange de gloire de sa grâce " (Ep 1,
5-6) : " Car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant,
et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu : si déjà la révélation
de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent
sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe
procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu " (S. Irénée,
hær. 4, 20, 7). La fin ultime de la création, c’est que Dieu, " qui
est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin ‘tout en tous’
(1 Co 15, 28), en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude "
(AG 2).
IV. Le mystère de la création
Dieu crée par sagesse et par amour
295 Nous croyons que Dieu a créé le monde selon
sa sagesse (cf. Sg 9, 9). Il n’est pas le produit d’une nécessité
quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il
procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les
créatures à son être, sa sagesse et sa bonté : " Car
c’est toi qui créas toutes choses ; tu as voulu qu’elles
soient, et elles furent créées " (Ap 4, 11). " Que
tes œuvres sont nombreuses, Seigneur ! Toutes avec sagesse tu les
fis " (Ps 104, 24). " Le Seigneur est bonté envers
tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres " (Ps 145, 9).
Dieu crée " de rien "
296 Nous croyons que Dieu n’a besoin de rien de
préexistant ni d’aucune aide pour créer (cf. Cc. Vatican I : DS
3022). La création n’est pas non plus une émanation nécessaire de
la substance divine (cf. Cc. Vatican I : DS 3023-3024). Dieu crée
librement " de rien " (DS 800 ; 3025) :
Quoi d’extraordinaire si Dieu avait tiré le
monde d’une matière préexistante ? Un artisan humain, quand
on lui donne un matériau, en fait tout ce qu’il veut. Tandis que
la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant
pour faire tout ce qu’il veut (S. Théophile d’Antioche, Autol.
2, 4 : PG 6, 1052).
297 La foi en la création " de rien "
est attestée dans l’Écriture comme une vérité pleine de promesse
et d’espérance. Ainsi la mère des sept fils les encourage au martyre :
Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes
entrailles ; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de
l’esprit et de la vie ; ce n’est pas moi qui ai organisé
les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur
du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de
toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit
et la vie, parce que vous vous méprisez maintenant vous-mêmes pour
l’amour de ses lois (...). Mon enfant, regarde le ciel et la terre
et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu les a faits de
rien et que la race des hommes est faite de la même manière (2 M
7, 22-23. 28).
298 Puisque Dieu peut créer de rien, il peut,
par l’Esprit Saint, donner la vie de l’âme à des pécheurs en créant
en eux un cœur pur (cf. Ps 51, 12), et la vie du corps aux défunts par
la Résurrection, Lui " qui donne la vie aux morts et appelle
le néant à l’existence " (Rm 4, 17). Et puisque, par sa
Parole, il a pu faire resplendir la lumière des ténèbres (cf. Gn 1,
3), il peut aussi donner la lumière de la foi à ceux qui l’ignorent
(cf. 2 Co 4, 6).
Dieu crée un monde ordonné et bon
299 Puisque Dieu crée avec sagesse, la création
est ordonnée : " Tu as tout disposé avec mesure, nombre
et poids " (Sg 11, 20). Créée dans et par le Verbe éternel,
" image du Dieu invisible " (Col 1, 15), elle est
destinée, adressée à l’homme, image de Dieu (cf. Gn 1, 26), appelé
à une relation personnelle avec Dieu. Notre intelligence, participant
à la lumière de l’Intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous
dit par sa création (cf. Ps 19, 2-5), certes non sans grand effort et
dans un esprit d’humilité et de respect devant le Créateur et son œuvre
(cf. Jb 42, 3). Issue de la bonté divine, la création participe à
cette bonté (" Et Dieu vit que cela était bon (...) très
bon " : Gn 1, 4. 10. 12. 18. 21. 31). Car la création
est voulue par Dieu comme un don adressé à l’homme, comme un héritage
qui lui est destiné et confié . L’Église a dû, à maintes
reprises, défendre la bonté de la création, y compris du monde matériel
(cf. DS 286 ; 455-463 ; 800 ; 1333 ; 3002).
Dieu transcende la création et lui est présent
300 Dieu est infiniment plus grand que toutes ses
œuvres (cf. Si 43, 28) : " Sa majesté est plus haute
que les cieux " (Ps 8, 2), " à sa grandeur point de
mesure " (Ps 145, 3). Mais parce qu’Il est le Créateur
souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent
au plus intime de ses créatures : " En Lui nous avons la
vie, le mouvement et l’être " (Ac 17, 28). Selon les
paroles de S. Augustin, Il est " plus haut que le plus haut de
moi, plus intime que le plus intime " (Conf. 3, 6, 11).
Dieu maintient et porte la création
301 Avec la création, Dieu n’abandonne pas sa
créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d’être et
d’exister, il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne
d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète
par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de
joie et de confiance :
Oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de
dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï
quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose
aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment
ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ?
Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la
vie (Sg 11, 24-26).
V. Dieu réalise son dessein : la divine
providence
302 La création a sa bonté et sa perfection
propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des mains du Créateur.
Elle est créée dans un état de cheminement (" in statu
viæ ") vers une perfection ultime encore à atteindre, à
laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les
dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette
perfection :
Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce
qu’Il a créé, " atteignant avec force d’une extrémité
à l’autre et disposant tout avec douceur " (Sg 8, 1).
Car " toutes choses sont à nu et à découvert devant ses
yeux " (He 4, 13), même celles que l’action libre des
créatures produira (Cc. Vatican I : DS 3003).
303 Le témoignage de l’Écriture est unanime :
la sollicitude de la divine providence est concrète et immédiate,
elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands
événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints
affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements :
" Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît,
Il le fait " (Ps 115, 3) ; et du Christ il est dit :
" S’Il ouvre, nul ne fermera, et s’Il ferme, nul
n’ouvrira " (Ap 3, 7) ; " Il y a beaucoup de
pensées dans le cœur de l’homme, seul le dessein de Dieu se réalisera "
(Pr 19, 21).
304 Ainsi voit-on l’Esprit Saint, auteur
principal de l’Écriture Sainte, attribuer souvent des actions à
Dieu, sans mentionner des causes secondes. Ce n’est pas là " une
façon de parler " primitive, mais une manière profonde de
rappeler la primauté de Dieu et sa Seigneurie absolue sur l’histoire
et le monde (cf. Is 10, 5-15 ; 45, 5-7 ; Dt 32, 39 ; Si
11, 14) et d’éduquer ainsi à la confiance en Lui. La prière des
Psaumes est la grande école de cette confiance (cf. Ps 22 ; 32 ;
35 ; 103 ; 138 ; e.a.).
305 Jésus demande un abandon filial à la
providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de sens
enfants : " Ne vous inquiétez donc pas en disant :
qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? (...) Votre
Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez
d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par
surcroît " (Mt 6, 31-33 ; cf. 10, 29-31).
La providence et les causes secondes
306 Dieu est le Maître souverain de son dessein.
Mais pour sa réalisation, Il se sert aussi du concours des créatures.
Ceci n’est pas un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la
bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures
d’exister, il leur donne aussi la dignité d’agir elles-mêmes, d’être
causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à
l’accomplissement de son dessein.
307 Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir
participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité
de " soumettre " la terre et de la dominer (cf. Gn
1, 26-28). Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et
libres pour compléter l’œuvre de la Création, en parfaire
l’harmonie pour leur bien et celui de leur prochains. Coopérateurs
souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément
dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi
par leurs souffrances (cf. Col 1, 24). Ils deviennent alors pleinement
" collaborateurs de Dieu " (1 Co 3, 9 ; 1 Th 3,
2) et de son Royaume (cf. Col 4, 11).
308 C’est une vérité inséparable de la foi
en Dieu le Créateur : Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il
est la cause première qui opère dans et par les causes secondes :
" Car c’est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et
l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins "
(Ph 2, 13 ; cf. 1 Co 12, 6). Loin de diminuer la dignité de la créature,
cette vérité la rehausse. Tirée du néant par la puissance, la
sagesse et la bonté de Dieu, elle ne peut rien si elle est coupée de
son origine, car " la créature sans le Créateur s’évanouit "
(GS 36, § 3) ; encore moins peut-elle atteindre sa fin ultime sans
l’aide de la grâce (cf. Mt 19, 26 ; Jn 15, 5 ; Ph 4, 13).
La providence et le scandale du mal
309 Si Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du
monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses créatures, pourquoi le
mal existe-t-il ? A cette question aussi pressante qu’inévitable,
aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne saura
suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse
à cette question : la bonté de la création, le drame du péché,
l’amour patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses
alliances, par l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de
l’Esprit, par le rassemblement de l’Église, par la force des
sacrements, par l’appel à une vie bienheureuse à laquelle les créatures
libres sont invitées d’avance à consentir, mais à laquelle elles
peuvent aussi d’avance, par un mystère terrible, se dérober. Il
n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit pour une part une
réponse à la question du mal.
310 Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un
monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister ? Selon sa
puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque chose de
meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa
sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde
" en état de voie " vers sa perfection ultime. Ce
devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de
certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi
le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les
destructions. Avec le bien physique existe donc aussi le mal physique,
aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection (cf. S.
Thomas d’A., s. gent. 3, 71).
311 Les anges et les hommes, créatures
intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par
choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En
fait, ils ont péché. C’est ainsi que le mal moral est entré
dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu
n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du
mal moral (cf. S. Augustin, lib. 1, 1, 1 : PL 32, 1221-1223 ;
S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 79, 1). Il le permet cependant, respectant
la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le
bien :
Car le Dieu Tout-puissant (...), puisqu’il est
souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister
dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire
sortir le bien du mal lui-même (S. Augustin, enchir. 11, 3).
312 Ainsi, avec le temps, on peut découvrir que
Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences
d’un mal, même moral, causé par ses créatures : " Ce
n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui m’avez envoyé ici,
c’est Dieu ; (...) le mal que vous aviez dessein de me faire, le
dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de (...) sauver la vie d’un
peuple nombreux " (Gn 45, 8 ; 50, 20 ; cf. Tb 2,
12-18 vulg.). Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le
rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les
hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce (cf. Rm 5, 20), a tiré
le plus grand des biens : la glorification du Christ et notre Rédemption.
Le mal n’en devient pas pour autant un bien.
313 " Tout concourt au bien de ceux qui
aiment Dieu " (Rm 8, 28). Le témoignage des saints ne cesse
de confirmer cette vérité :
Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à " ceux
qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive " :
" Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut
de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but " (dial.
4, 138).
Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console
sa fille : " Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait
voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous
paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous "
(Margarita Roper, Epistula ad Aliciam Alington (mense augusti
1534).
Et Lady Julian of Norwich : " J’appris
donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement
à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses
seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront bonnes ".
" Thou shalt see thyself that all MANNER of thing shall
be well " (rev. 13, 32).
314 Nous croyons fermement que Dieu est le Maître
du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont
souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre
connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu " face à
face " (1 Co 13, 12), que les voies nous seront pleinement
connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché,
Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce Sabbat (cf.
Gn 2, 2) définitif, en vue duquel Il a créé le ciel et la terre.
En bref
315 Dans la création du monde et de l’homme,
Dieu a posé le premier et universel témoignage de son amour
tout-puissant et de sa sagesse, la première annonce de son " dessein
bienveillant " qui trouve sa fin d |